Onfray dénonce l’imposture Freud
Dans sa préface au livre d'Eli Zaretsky, « LE SIÈCLE DE FREUD », Albin Michel, 2008, Élisabeth Roudinesco écrit : « […] la haine de Freud, véhiculée autant par les héritiers de l'antisémitisme que par de furieux scientistes, adeptes du conditionnement, ou encore par des anti-freudiens radicaux, […] repose sur une ignorance des débats qui divisent, hors de France, les spécialistes du corpus freudien et post-freudien. En témoigne si nécessaire la publication en 2005 de ce monument de sottises que fut Le Livre noir de la psychanalyse (Les Arènes), lequel passait sous silence la totalité des travaux des véritables historiens américains, anglais et allemands afin de mieux opposer une légende noire à une légende dorée, Freud apparaissant comme un anti-héros diabolique, menteur, incestueux, laid, criminel, avide d'argent, comploteur — en un mot, parfaitement répugnant. Les Freud's bashing (destructeurs de Freud, regroupés dans Le Livre noir de la psychanalyse) font partie de l'école américaine dite révisionniste. Après la grande vague dont ils ont bénéficié entre 1985 et 2000, ils sont aujourd'hui minoritaires dans le champ des travaux historiographiques ».Michel Onfray, qui s'exprime — 10 ans plus tard ! — en prosélyte de ces contempteurs de la psychanalyse, semble ne pas voir que, comme le souligne Zaretsky : « La disjonction entre le monde extérieur et la réalité intrapsychique est la prémisse fondatrice de la psychanalyse. »
Or il paraît bien que se rendre attentif à la réalité intrapsychique soit encore une tâche d'actualité de la plus haute importance :
« On peut le voir aujourd'hui comme jamais auparavant ; le danger qui nous menace tous ne vient point de la nature ; il vient des hommes, de l'âme de l'individu et de celle de tous. Le danger, c'est l'altération psychique de l'homme. Tout dépend du fonctionnement bon ou mauvais de notre psyché. Si aujourd'hui certaines gens perdent la tête, c'est une bombe à hydrogène qui explose. » (C. G. Jung, « Ma vie », chapitre IV)
Michel Onfray jette le bébé avec l'eau du bain, semblant oublieux de la recommandation de Nietzsche dans La généalogie de la morale : « on fera bien assurément de séparer à tel point l'artiste de son œuvre qu'il ne sera pas possible de le prendre au sérieux autant que son œuvre. Il n'est en définitive que la condition première de son œuvre, le sein maternel, l'humus, dans certaines circonstances l'engrais, du fumier sur lequel, hors duquel elle pousse, — c'est donc, dans la plupart des cas, quelque chose qu'on doit oublier, si l'on veut prendre plaisir à l'œuvre elle-même. » (Nietzsche, 1887, III 4)
J'ajoute ici la référence à une belle lettre ouverte à M. Onfray, telle que j'aurais aimé l'écrire moi-même !
•�Posté le 12.04.10