Le "suicide à deux" est typique des adolescentes entre 14 et 16 ans, selon des psychiatres
LE MONDE | 26.05.07 | 13h18  •  Mis à jour le 26.05.07 | 13h18

'aînée est hors de danger, mais les médecins restaient réservés, samedi 26 mai, sur l'état de la plus jeune des deux adolescentes qui ont tenté de mettre fin à leurs jours, jeudi, à Ajaccio.

Florence et Christine, 14 et 15 ans, se sont jetées par la fenêtre de leur appartement respectif, après un échange téléphonique au cours duquel elles s'étaient mises au défi de sauter (Le Monde du 26 mai). Un acte concerté dont les modalités sont familières aux psychiatres d'adolescents, qui rappellent que le suicide reste, après les accidents de la route, la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans (600 à 650 décès/an).

Clémence et Noémie, 14 et 15 ans, mortes le 25 janvier 2005, dans le nord de la France, pour avoir sauté du haut d'une falaise après un pacte scellé sur Internet ; Marion et Virginie, 14 ans, mortes le 23 septembre 2005, dans le Val-de-Marne, après s'être jetées ensemble du 17e étage de leur immeuble... ce scénario macabre, le "suicide à deux", est typique des adolescentes de 14-16 ans. C'est l'âge auquel une fille "forme avec sa meilleure amie un couple narcissique, pour le meilleur ou pour le pire", souligne le psychiatre Xavier Pommereau (centre Abadie, CHU de Bordeaux). Ce que ne font pas les garçons, moins fusionnels et plus volontiers en bandes.

MOINS FUSIONNELS

Autre caractéristique propre aux jeunes filles : le mode de suicide utilisé. Alors que les garçons ont préférentiellement recours aux moyens violents (pendaison, arme à feu), elles optent en priorité pour l'intoxication médicamenteuse, et en second lieu pour la précipitation dans le vide.

"Contrairement à une idée répandue, la plupart de ces jeunes suicidants, filles ou garçons, ont une vie sociale et des loisirs tout à fait semblables à ceux de leur génération", précise Patrice Huerre, psychiatre des hôpitaux à Anthony (Hauts-de-Seine). Difficile dans ce contexte, pour les parents comme pour les professionnels, de repérer le danger. Une approche plus attentive révèle toutefois que ces jeunes sont presque toujours en souffrance au niveau de leur scolarité, de leur famille ou de leur vie relationnelle. Et que beaucoup d'entre eux, avant de passer à l'acte, expriment leurs idées suicidaires à leurs camarades. Lesquels, trop souvent, ne les prennent pas au sérieux. Ou, pis, les suivent dans leur projet.

Cela a-t-il été le cas pour Florence et Christine ? Les enquêteurs d'Ajaccio, qui ont trouvé chez l'une d'elles des listes de noms, soupçonnent ce "pacte de mort" d'avoir concerné d'autres élèves. Les policiers s'interrogent sur le rôle possible d'Internet, où blogs et chats, très fréquentés par les jeunes, permettent la libre circulation de tous les propos. "Y compris les plus désespérés", déplore M. Pommereau. Une influence dont devra tenir compte la Défenseure des enfants - l'autorité chargée de défendre les droits de l'enfant. Dominique Versini a exprimé sa "vive émotion" et annoncé qu'elle consacrerait son prochain rapport au président de la République à "la souffrance psychique des adolescents".


Catherine Vincent
Article paru dans l'édition du 27.05.07