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Le vieillissement de la personnalité selon Jung

vendredi 13 novembre 2009, par Roger Fontaine

in Roger Fontaine, Manuel de psychologie du vieillissement, Dunod, 1999

Jung, en rupture avec Freud, fut le premier à considérer que des changements importants dans la personnalité survenaient après l’adolescence, changements structuraux tout aussi importants que ceux observés durant l’enfance.

Freud a particulièrement contribué à développer l’idée que « tout se jouait » pendant l’enfance dans le cadre de notre relation œdipienne avec notre mère et notre père. Le modèle de développement de la personnalité qu’il a proposé est une succession de stades psycho-sexuels, oral de 0 à 18 mois, anal de 18 à 36 mois, phallique de 3 à 6 ans, de latence de 6 ans à la puberté et enfin génital à partir de la puberté. À l’instar de Piaget, la structure finale apparaît à l’adolescence, le stade génital étant à la personnalité ce que le stade formel est à l’intelligence. Jung fut le créateur, en contradiction avec les idées dominantes de son temps, de ce que l’on appelle maintenant l’approche long life span dans le cadre de laquelle le développement court du berceau jusqu’au tombeau, c’est-à-dire durant toute la vie.

Selon Jung, la personnalité est organisée autour de deux orientations fondamentales et opposées. La première caractérise l’attitude envers le monde extérieur, l’auteur l’appela extraversion, tandis que la seconde est tournée vers le monde intérieur et les expériences mentales subjectives, elle fut dénommée introversion. Ces deux aspects de la personnalité sont présents chez tous les individus de santé mentale « normale ». Ils s’équilibrent afin de permettre à l’individu d’intégrer les contraintes de l’environnement et les désirs et fantasmes de son inconscient. Cette dichotomie rappelle l’opposition célèbre de Freud entre principe de réalité et principe de plaisir. Pour classer un individu dans la catégorie des extravertis ou dans celle des introvertis, il faut que l’une des orientations l’emporte clairement sur l’autre.

L’intérêt fondamental du modèle de Jung au regard de la question du vieillissement est d’avoir postulé l’existence de deux tendances fondamentales déterminant l’évolution de l’individu au cours de sa vie adulte.
- La première est relative au couple extraversion-introversion. Selon Jung, il se produirait une inversion vers le milieu de la vie qui conduirait l’individu vers un nouvel équilibre. La jeunesse se caractériserait par une prédominance de l’extraversion se traduisant par un besoin d’affirmation de soi et de réalisation personnelle, en particulier professionnelle. En revanche, la seconde moité de la vie se traduirait par une forte augmentation de l’introversion, la personne se tournant alors vers l’analyse de ses sentiments personnels, son bilan de vie et la prise de conscience de sa rencontre inéluctable avec la mort. Cette tendance à l’introversion avec l’âge n’est pas clairement établie.
- La seconde tendance est relative au couple féminité-masculinité. Selon Jung, nous possédons une double personnalité, féminine et masculine. Au cours de notre enfance nous développons l’une d’entre elles et inhibons l’autre afin d’intégrer dans nos comportements et nos représentations les stéréotypes sociaux relatifs à chacun des sexes. Le petit garçon adhère progressivement à l’image et au rôle de l’homme et la petite fille à celle de la femme. Cela perdurerait tout au long de la première moitié de notre vie. En revanche, durant la seconde, nous libérerions l’expression de notre féminité ou masculinité refoulée. Il n’y aurait pas inversion des rôles mais meilleur équilibre entre l’expression de notre moi réel et la pression des stéréotypes sociaux. Nous accepterions mieux en quelque sorte ce que nous sommes. La conséquence serait une diminution de la distance entre la personnalité masculine et la personnalité féminine, ce qu’il est convenu d’appeler le phénomène d’androgynie.

L’existence d’une tendance à l’androgynie chez l’âgé a fait l’objet de recherches empiriques [1] et de débats. Il apparaît que les personnes âgées se décrivent entre elles (hommes et femmes) de façon beaucoup plus similaire [2] que les jeunes. Les différences semblent donc s’estomper entre les sexes. Il faut malgré tout souligner que ce phénomène s’exprime au niveau des représentations et beaucoup moins au niveau des comportements pour lesquels les différences sexuelles demeurent importantes. Il apparaît malgré tout une indéniable confirmation de l’idée de Jung.

En conclusion, le modèle de Jung décrit le développement de la personnalité comme un phénomène se déroulant sur toute la vie. Plus précisément, il semble identifier deux stades qualitativement différents. Le jeune adulte serait plus extraverti et conformiste par rapport aux stéréotypes sociaux relatifs à son sexe. En revanche, l’adulte âgé serait plus introverti et aurait tendance à l’androgynie au niveau de ses représentations

[1Haan et al., 1986 ; Livson, 1981

[2Turner, 1982