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Psychologie et religion

jeudi 24 janvier 2019, par FMEMIER

La montée actuelle des intégrismes religieux, en particulier islamistes, avec la branche complexe des salafistes (salaf, (arabe) = ancêtres) qui préconise un « retour à la tradition d’origine » semble donner raison à la position de C.G. Jung pour lequel la « pulsion religieuse » était à prendre en compte tout autant que la « pulsion sexuelle » défendue par Freud.
« La religion est sans contredit une des manifestations les plus anciennes et les plus générales de l’âme humaine... »
« Comme le dit le mot latin religere, la religion est le fait de prendre en considération, avec conscience et attention, ce que Rudolf Otto a fort heureusement appelé le numinosum, c’est à dire une existence ou un effet dynamique, qui ne trouve pas sa cause dans un acte arbitraire de la volonté. »
Quoique, pour Freud la pulsion religieuse était sans doute à entendre du côté d’une « défense » vis-à-vis de la pulsion sexuelle.
Faudrait-il alors comprendre que l’une ne va pas sans l’autre, comme deux forces antagonistes, deux opposés au sens jungien ?
Le salafisme, pour autant que je le comprenne aujourd’hui, m’apparaît comme un mouvement conservateur de « retour aux sources », ou à une sagesse ancienne et oubliée (Islam originaire), s’opposant aux dévoiements, perversions et injustices du monde moderne. Il semble avant tout séduire les « laissés pour compte » du monde contemporain, les personnes qui ne trouvent pas de sens à leur vie exaspérée par la montée de l’individualisme.

Deux forces antagonistes donc, l’une régressive, tournée vers le passé, et l’autre progressiste, tournée vers l’avenir. La première d’allure mélancolique déplorant un Eden perdu, et la seconde d’allure maniaque comme une folle course en avant vers un avenir meilleur..., mais l’une comme l’autre révélatrices de l’insatisfaction fondamentale de l’être humain.
L’EI est parvenu à s’imposer comme le représentant des communautés arabes sunnites en Irak.

L’État Islamique essaie de faire en France ce qu’il a parfaitement réussi en Irak, en multipliant les violences envers certaines communautés, à savoir finir par convaincre les différentes communautés qu’elles ne pouvaient plus vivre ensemble. Dans les quartiers attaqués le 13 novembre, on peut voir des jeunes, cigarette et verre à la main, sociabiliser avec ceux qui vont à la mosquée rigoriste du quartier. C’est cela que l’EI veut briser, en poussant la société française au repli identitaire et à la peur de l’autre, en suscitant des réactions irrationnelles où l’explication et la réflexion n’ont plus leur place, pour aboutir à ce qu’ils ont réussi à faire au Moyen-Orient, que chacun considère l’autre non plus en fonction de ce qu’il pense et de ce qu’il est, mais en fonction de son appartenance communautaire.

Dans une guerre qui est communautaire, prendre parti pour une communauté contre une autre revient à tomber dans le piège que tend l’EI. Il cherche à apparaître comme le seul défenseur des Arabes sunnites de la région et a tout intérêt à accentuer les divisions et les violences. La Russie est tombée dans ce piège et l’EI a pu décréter le djihad contre la « Russie orthodoxe » alliée aux « renégats chiites ».
On ne peut pas combattre à armes égales des personnes qui sont prêtes au martyre.

La France est porteuse d’un projet universaliste rejeté par Daech, mais c’est aussi le pays colonisateur qui en a le plus renié les valeurs dans ses pratiques coloniales, notamment en Algérie. À la lumière de l’histoire, on ne peut pas s’étonner que les musulmans aient de la laïcité une vision qui n’est pas la nôtre, tant les élites républicaines françaises ont retourné ces valeurs pour défendre une domination impériale.
La France, considérée comme un pionnier idéologique à abattre, est aussi le pays le plus fragile parce que son unité a été obtenue grâce à l’exclusion de la religion, considérée comme source de conflits, alors que dans les autres pays, cela s’est fait plus en douceur. La France a plus de mal que les autres à trouver son identité et à assumer son passé chrétien. Être français ne peut se résumer à une adhésion aux principes républicains. Cette fragilité est très bien perçue par ceux qui veulent nous détruire.

Au sein de la coalition anti-État islamique, la France est davantage menacée que d’autres pays, y compris des pays qui mènent plus de frappes comme la Grande-Bretagne, pour plusieurs raisons. Historiquement, c’est une ancienne puissance coloniale, notamment au Maghreb, or les Maghrébins sont nombreux dans les rangs de l’EI. La France est aussi le pays d’Europe qui compte le plus grand nombre de ressortissants au sein de l’EI. Au sein de l’EI, tous les combattants francophones combattent ensemble – Français, Belges, Maghrébins – et fournissent potentiellement beaucoup plus de volontaires que les anglophones par exemple.

Il existe aussi tout un tas de raisons symboliques qui font que la France est perçue comme l’ennemi de l’islam, avec la laïcité, la loi sur le voile. Enfin, c’est un pays plus facile à frapper que la Grande-Bretagne qui possède, avec la Manche, une barrière naturelle.

Identifiée dans l’Hexagone depuis les années 1990, la présence des salafistes n’a cessé de se développer ces dernières années. Selon les estimations de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), le nombre des fidèles a triplé en cinq ans, passant de 5 000 à 15 000. Entre trente et cinquante mosquées salafistes étaient recensées il y a quatre, cinq ans. Elles sont une centaine aujourd’hui, sur un total de 2 300. En dix ans, leur nombre aurait plus que quintuplé.

La France entière est concernée par la progression de cette doctrine venue d’Arabie saoudite. Les grandes agglomérations ont été les premières à voir déambuler ces hommes imitant la tenue du prophète Mahomet, en se laissant pousser la barbe, en portant une djellaba au-dessus des chevilles et une calotte sur la tête. Les femmes, elles, sont habillées d’un jilbeb, un voile dissimulant le corps à l’exception du visage, ou d’un niqab, totalement couvrant. Ces croyants prônent un retour à l’islam des origines et au mode de vie des « pieux prédécesseurs » – les trois premières générations de musulmans ayant vécu à partir du VIIe siècle. Ils assument une vision de la société où chacun, selon son sexe, occupe une place différenciée (les femmes devant, par exemple, éviter de travailler, obtenir l’autorisation de leur mari pour accomplir diverses tâches ou refuser certaines activités au prétexte que celles-ci seraient mixtes), en porte-à-faux avec le principe républicain d’égalité entre hommes et femmes.

Le manque de données statistiques empêche de dresser un portrait précis du profil de ces musulmans fondamentalistes. Les observations de terrain font toutefois apparaître quelques traits communs. Les trentenaires en quête de sens et d’identité, qu’ils se convertissent ou se reconvertissent à l’islam (selon l’expression désignant les musulmans jusqu’alors non pratiquants), se tourneraient actuellement en priorité vers ce courant. « L’islam ritualiste et hyper normatif accroît son audience partout en Europe. En France, il suscite l’intérêt de jeunes issus de l’immigration, mais pas seulement, exclus du système ou discriminés, mais pas seulement, qui retournent le stigmate en investissant le tropisme du religieux. Dans cette recherche identitaire, ils espèrent trouver des réponses simples à des questions compliquées », indique Samir Amghar, qui note que les fidèles les plus récents, y compris les Français sans filiation musulmane, sont les plus zélés. Les quartiers populaires ne sont pas les seuls à être concernés, comme l’indique Mohamed-Ali Adraoui, chercheur à l’Institut universitaire européen de Florence, qui observe une diffusion dans les classes moyennes.

Pour expliquer comment une pratique rigoriste peut s’inscrire dans un cadre a priori antinomique, Olivier Roy met en avant l’exemple américain. Aux États-Unis, rappelle-t-il dans son ouvrage, la sécularisation n’a pas précédé la démocratisation : « C’est une société religieuse qui s’est démocratisée en assumant totalement la présence du religieux dans sa diversité. » Conséquence : chacun, dans le champ religieux, continue à croire que la vraie souveraineté vient de Dieu et non du peuple, mais cela n’empêche pas que les règles démocratiques sont acceptées par tous. Pour Olivier Roy, les salafistes ressemblent aux fondamentalistes chrétiens américains, qui pratiquent la démocratie, mais n’en font pas un dogme. En France, estime-t-il, où la référence à la République l’emporte, les « laïcs militants » se trompent lorsqu’ils considèrent une « sécularisation autoritaire » comme un préalable à la démocratie.