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		<title>Les nazis et C. G. Jung</title>
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		<description>Bien qu'il soit tentant de voir l'histoire comme un sous-produit des id&#233;es et des actions d'individus puissants et charismatiques, Cocks soutient ici que le contexte historique des attitudes de Jung doit &#234;tre pleinement compris avant de porter un jugement sur ses dires et sur ses actes. Les th&#233;ories de Jung, affirme-t-il, &#233;taient quelque peu ouvertes &#224; certains principes du mouvement nazi, y compris son antis&#233;mitisme, et ne se sont donc pas vues r&#233;server le m&#234;me traitement discriminatoire que (...)

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&lt;a href="http://www.passereve.com/spip/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;Jung et la question juive.&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Bien qu'il soit tentant de voir l'histoire comme un sous-produit des id&#233;es et des actions d'individus puissants et charismatiques, Cocks [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Geoffrey Coks est professeur d'histoire au Albion College dans le Michigan. (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;] soutient ici que le contexte historique des attitudes de Jung doit &#234;tre pleinement compris avant de porter un jugement sur ses dires et sur ses actes. Les th&#233;ories de Jung, affirme-t-il, &#233;taient quelque peu ouvertes &#224; certains principes du mouvement nazi, y compris son antis&#233;mitisme, et ne se sont donc pas vues r&#233;server le m&#234;me traitement discriminatoire que celles de Freud. Quoique cette reconnaissance n'ait probablement pas d&#233;plu &#224; Jung, il ne l'a nullement recherch&#233;e. Jung chercha &#224; utiliser l'influence accrue de sa popularit&#233; pour prot&#233;ger le mouvement psychoth&#233;rapique en Allemagne et m&#234;me pour prot&#233;ger ses praticiens juifs. Mais, en derni&#232;re analyse, l'implication de Jung avec les psychoth&#233;rapeutes en Allemagne entre 1933 et 1940 soul&#232;ve &#233;galement les questions importantes du pr&#233;jug&#233; culturel aussi bien que des r&#244;les sociaux et des devoirs moraux des intellectuels et des professionnels.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans cet essai, je vais explorer certains aspects du contexte historique des dires et des actions de Carl Jung relatifs aux Juifs entre 1933 et 1940. Plus sp&#233;cifiquement, mon but premier est de me concentrer sur les &#233;v&#233;nements dans l'Allemagne nazie afin de compl&#233;ter l'accent habituellement port&#233; sur Jung lui-m&#234;me. C'est pourquoi j'ai intitul&#233; mon article &#171; Les nazis et C. G. Jung &#187;. L'ordre de mots entend transporter l'action des nazis &#224; Jung. Ce n'est pas, comme cela le deviendra bient&#244;t &#233;vident, une tentative pour blanchir Jung ni pour le d&#233;crire comme ayant &#233;t&#233; passif ou comme une victime. Il s'agit de montrer les complexit&#233;s &#224; la fois compromettantes et att&#233;nuantes de cette &#232;re fatale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a chez les psychanalystes et les non-historiens en g&#233;n&#233;ral, une tendance &#224; focaliser sur les individus, sp&#233;cialement sur les grands hommes dans l'histoire. C'&#233;tait particuli&#232;rement vrai &#224; une &#233;poque, la premi&#232;re moiti&#233; du XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, quand le monde &#233;tait apparemment domin&#233; par des figures outranci&#232;res, &#224; la fois bienveillantes et malveillantes. Il est clair que l'importance des individus, comme Freud, Jung &#8212; ou Hitler &#8212; ne doit pas &#234;tre sous-estim&#233;e, mais trop souvent les incursions dans l'histoire r&#233;cente par des psychanalystes en particulier ont manqu&#233; aux exigences de la m&#233;thode historique et ont manifest&#233; &#224; la fois un int&#233;r&#234;t anti-historique pour l'anecdotique et, ce qui est m&#234;me plus inqui&#233;tant, pour les pr&#233;jug&#233;s qui accompagnent l'esprit partisan.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce dernier probl&#232;me est particuli&#232;rement vif quand il s'agit de d&#233;bats entre jungiens et freudiens, deux camps divis&#233;s par de profondes diff&#233;rences philosophiques, diff&#233;rences qui devinrent manifestes en Europe pendant l'entre-deux guerres. En ces temps, l'antis&#233;mitisme occupait bien s&#251;r une place importante dans la vie europ&#233;enne et jouait par cons&#233;quent de fa&#231;on in&#233;vitable un r&#244;le dans l'affrontement interne au sein du mouvement psychanalytique. Ces diff&#233;rences philosophiques g&#233;n&#233;rales et la tradition sp&#233;cifique de l'antis&#233;mitisme ont aussi jou&#233; un r&#244;le dans la r&#233;ception et l'utilisation de Jung et de la psychologie jungienne en Allemagne entre 1933 et 1940.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En premier lieu, je voudrais offrir un bref aper&#231;u de l'implication de Jung dans les affaires allemandes pendant ces ann&#233;es et des r&#233;actions contemporaines et post&#233;rieures que cette implication &#224; suscit&#233;es. Je le fais pour mettre en relief ce que je pense &#234;tre les d&#233;fauts majeurs des deux c&#244;t&#233;s du d&#233;bat sur les dires et les actes de Jung pendant l'&#232;re fasciste. Cela me donnera aussi l'occasion de pr&#233;senter certaines de mes propres id&#233;es sur cette question.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le 21 juin 1933, Jung a pris au psychiatre allemand Ernst Kretschmer la pr&#233;sidence de la Soci&#233;t&#233; M&#233;dicale G&#233;n&#233;rale de Psychoth&#233;rapie. Kretschmer, qui n'&#233;tait pas ami des nazis et &#233;tait un opposant &#224; toute psychoth&#233;rapie ou psychanalyse ind&#233;pendante du contr&#244;le m&#233;dical, avait d&#233;missionn&#233; des fonctions qu'il occupait depuis le 6 avril 1930. Le 15 septembre, une soci&#233;t&#233; allemande &#233;tait fond&#233;e sous la direction du psychoth&#233;rapeute Matthias Heinrich G&#246;ring &#224; titre de partie de ce qui allait devenir une soci&#233;t&#233; internationale pr&#233;sid&#233;e par Jung, soci&#233;t&#233; internationale qui fut formellement constitu&#233;e en mai 1934. Jung avait &#233;t&#233; vice-pr&#233;sident de l'ancienne soci&#233;t&#233;, fond&#233;e en 1926, depuis 1930. Il n'est donc pas exact de dire, comme Nathaniel Lehrman l'a fait au printemps 1988 dans une lettre au &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt;, que Jung et G&#246;ring ont pr&#233;sid&#233; conjointement la m&#234;me organisation. Pour la tentative de comprendre les mobiles de Jung, l'exactitude historique est vitale. Que les intentions et les attitudes de tous ceux qui sont concern&#233;s &#233;taient surd&#233;termin&#233;es, c'est ce que montre l'exemple de Kretschmer lui-m&#234;me qui, contrairement &#224; la supposition courante qui veut qu'il ait purement et simplement rejet&#233; le r&#233;gime, continua de travailler tranquillement dans l'Allemagne d'Hitler, publiant tardivement, en 1944, dans la presse populaire, un article sur l'importance de sa th&#233;orie des types constitutionnels pour augmenter la production de guerre [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Ernst Kretschmer, &#171; Konstitution und Leistung &#187;, Westfdlische Landezeitung, (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]. Comme pr&#233;sident de la Soci&#233;t&#233; Internationale, Jung devint aussi l'&#233;diteur de la revue de la soci&#233;t&#233;, le &lt;i&gt;Zentralblatt f&#252;r Psychotherapie&lt;/i&gt;, qui fut publi&#233; en Allemagne par Hirzel Verlag de Leipzig. La revue, comme la Soci&#233;t&#233; Internationale toute enti&#232;re, &#233;tait domin&#233;e par le grand (et r&#233;cemment agressif) groupe allemand qui avait constitu&#233; la majeure partie et le centre de l'ancienne soci&#233;t&#233;. Ce fut dans cette revue que Jung publia ses observations sur les distinctions entre psychologie juive et allemande dans un texte qui voisinait avec l'appel de G&#246;ring &#224; rallier les couleurs nazies. Bien que les termes de Jung dans ce texte trahissent des habitudes de pens&#233;e que je vais examiner de fa&#231;on critique dans un instant, les opposants de Jung ont souvent r&#233;duit ces d&#233;clarations &#224; une preuve de pur antis&#233;mitisme et de collaboration sans r&#233;serve avec les nazis. Une telle vision ignore pourtant la d&#233;saffection croissante de Jung pour les nazis et son d&#233;sir de prot&#233;ger les psychoth&#233;rapeutes en Allemagne contre la dangereuse assimilation nazie &#224; la psychanalyse soi-disant &#171; juive &#187;. Par cons&#233;quent, toute dissection des mobiles et des actions de Jung ne peut &#234;tre simplement fond&#233;e sur une r&#233;citation de ses mots dans le &lt;i&gt;Zentralblatt&lt;/i&gt;, comme cela a &#233;t&#233; tent&#233; tout r&#233;cemment par Jeffrey Mason. D&#232;s avant 1940, en tout cas, Jung avait d&#233;missionn&#233; de sa pr&#233;sidence d'une soci&#233;t&#233; internationale rendue moribonde par la guerre et avait de plus abandonn&#233; l'&#233;dition de la revue &#224; un G&#246;ring avec lequel il &#233;tait maintenant brouill&#233; et aux collaborateurs de celui-ci.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien que les critiques de Jung doivent &#234;tre plus attentifs au d&#233;tail historique et aux mobiles multiples et &#233;volutifs de la part de Jung, ses d&#233;fenseurs doivent &#234;tre plus francs au sujet des ambigu&#239;t&#233;s g&#234;nantes de sa pens&#233;e. Comme Paul Roazen l'a observ&#233; avec justesse, &#171; &lt;i&gt; tout comme Jung partageait des pr&#233;jug&#233;s sexistes vis-&#224;-vis des femmes, il ne serait pas surprenant de sa part qu'il ait adopt&#233; sans critique mains st&#233;r&#233;otypes traditionnels au sujet des juifs. &lt;/i&gt; &#187; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Paul Roazen, Freud and His Followers (Albany : New York University Press, (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]. Il y a eu deux fa&#231;ons interd&#233;pendantes dont les admirateurs insuffisamment critiques de Jung ont tent&#233; de rendre inoffensives ses expressions de telles id&#233;es &#224; propos du Troisi&#232;me Reich. La premi&#232;re est de citer les r&#233;flexions que Jung a faites apr&#232;s-guerre sur le nazisme et de retracer ses doutes &#224; partir de son essai &#171; Wotan &#187; en 1936. Le second moyen (et le moins connu) de rendre les affirmations de Jung moins ambigu&#235;s et moins louches consiste &#224; les alt&#233;rer dans la traduction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par exemple, dans son essai de 1934 publi&#233; dans le &lt;i&gt;Zentralblatt&lt;/i&gt;, Jung utilise deux fois l'adjectif &lt;i&gt;arisch&lt;/i&gt; en discutant de la psychologie &#171; aryenne &#187;. Dans la traduction anglaise de R.F.C. Hull au sein de la Bollingen Series des &lt;i&gt;Collected Works&lt;/i&gt; de Jung, l'adjectif allemand arisch est mis en majuscules et entre guillemets [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='C.G. Jung, &#171; The State of Psychotherapy Today &#187;,CW 10, pp. 135-136.' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]. Le traducteur pourrait soutenir que l'usage courant demande les guillemets ou que ceux-ci indiquent ce que Jung voulait r&#233;ellement dire ou aurait dit ult&#233;rieurement, mais une v&#233;ritable recherche historique exige la fid&#233;lit&#233; aux sources originaires. &#192; l'&#233;poque, certes, le mot &#171; aryen &#187; &#233;tait souvent utilis&#233; sans guillemets. Le mot appara&#238;t r&#233;guli&#232;rement, par exemple, dans la correspondance de Freud, comme Peter Gay l'a montr&#233; dans sa r&#233;cente biographie [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Peter Gay, Freud : A Life for Our Times (New York : Norton, 1988), pp. (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]. Bien s&#251;r, la question importante est celle de savoir ce que le mot signifiait pour ses utilisateurs, et dans le cas des &lt;i&gt;Collected Works&lt;/i&gt; de Jung, il semble probable que le choix &#233;ditorial fut con&#231;u &#224; des fins cosm&#233;tiques pour retoucher le tableau historique. La m&#234;me chose est vraie de la traduction d'une note d'un discours fait par Jung &#224; Vienne en novembre 1932, publi&#233; en 1934 comme partie d'un livre intitul&#233; &lt;i&gt;Wirklichkeit der Seele&lt;/i&gt;. La note se rapporte au texte suivant :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; The great liberating ideas of world history have sprung from leading personalities and never from inert mass&#8230; The huzzahs of the Italian nation go forth to the personality of the Duce, and the dirges of other nations lament the absence of strong leaders. &lt;/i&gt; &#187; [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='C.G. Jung, &#171; The Development of Personality &#187;, CW 17, pp. 167-168 (Le devenir (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La note elle-m&#234;me telle qu'elle est donn&#233;e dans le texte allemand original est :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Seitdem dieser Satz geschrieben wurde, hat auch Deutschland seinem F&#252;hrer gefunden. &lt;/i&gt; &#187; [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='C.G. Jung, &#171; Vom Werden der Pers&#246;nlichkeit &#187;, in idem, Wirklichkeit der Seele (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La traduction anglaise lit, de fa&#231;on incorrecte : &#171; &lt;i&gt; After this was written, Germany also turned to a F&#252;hrer. &lt;/i&gt; &#187; Le dernier syntagme implique une neutralit&#233; ou m&#234;me un d&#233;nigrement du c&#244;t&#233; de Jung, et une r&#233;signation ou une d&#233;sesp&#233;rance du c&#244;t&#233; des Allemands, qui ne sont pas exprim&#233;es par le texte original. La traduction devrait &#234;tre : &#171; &lt;i&gt; Depuis que cette phrase a &#233;t&#233; &#233;crite, l'Allemagne aussi a trouv&#233; son chef. &lt;/i&gt; &#187; La sp&#233;cificit&#233; culturelle jungienne du pronom possessif manque dans la traduction de Hull, tout comme la connotation positive de la trouvaille dans &#171; &lt;i&gt; a trouv&#233; &lt;/i&gt; &#187; qui correspond &#224; l'approbation donn&#233;e dans le texte &#224; des chefs forts, un th&#232;me sur lequel Jung est revenu en 1933 dans une interview &#224; Radio Berlin avec son disciple allemand Adolf von Weizs&#228;cker [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='footnote' title='C.G. Jung parle, p. 59' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toutefois, Jung ne s'est pas lui-m&#234;me impliqu&#233; unilat&#233;ralement dans les affaires domestiques de l'Allemagne nazie. En fait, il &#233;tait recherch&#233; par les psychoth&#233;rapeutes allemands qui sentaient que son association et son approbation ajouteraient de l'&#233;clat &#224; leur demande d'autonomie professionnelle &#224; l'&#233;gard de la psychiatrie nosologique dominante, et qu'elles les distingueraient de Freud aux yeux du r&#233;gime nazi. Les jungiens allemands, en particulier, furent enthousiastes &#224; promouvoir Jung &#224; des fins de d&#233;fense g&#233;n&#233;rale aussi bien qu'&#224; des fins sp&#233;cifiquement partisanes. Ce fut pr&#233;cis&#233;ment le th&#232;me, par exemple, d'un article concernant le travail d'un membre jungien du dit G&#246;ring Institute, Gustav Schmaltz, qui paru dans le plus grand journal de Cologne en 1937 [&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Die Sprache des Unbewussten &#187;,K&#246;lnische Zeitung, 9 octobre 1937 ;REM 2954 ; (...)' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;]. Ainsi, bien que Jung ait pu difficilement r&#233;pugner &#224; l'avancement de son &#233;cole de pens&#233;e aux d&#233;pens de celle de Freud, il &#233;tait impliqu&#233; dans un projet dont il pouvait &#224; bon droit pr&#233;tendre qu'il &#233;tait au service de la survie de la psychoth&#233;rapie en g&#233;n&#233;ral. Aurait-il d&#251; anticiper jusqu'&#224; quel point la psychoth&#233;rapie pouvait servir aux vis&#233;es r&#233;pressives du national-socialisme ? Comme Jung avait de toute fa&#231;on peu d'influence sur les op&#233;rations du G&#246;ring Institute, c'est une question sur laquelle je ne vais pas m'appesantir ici. Je vais plut&#244;t me concentrer sur la r&#233;ception et l'utilisation sp&#233;cifiques de la psychologie jungienne dans l'Allemagne nazie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'accent que Jung a constamment mis sur les exp&#233;riences propres et les souvenirs collectifs des cultures, nations et races du monde, a fourni leur inspiration &#224; divers individus et groupes en Allemagne nazie. Alors que Freud et ses th&#233;ories &#233;taient officiellement d&#233;sapprouv&#233;s et donc, quand elles &#233;taient utilis&#233;es, &#233;taient d&#233;guis&#233;es sous un langage digne d'&#201;sope, les id&#233;es de Jung &#233;taient souvent positivement &#233;valu&#233;es dans la litt&#233;rature nazie. Un article dans la revue &lt;i&gt;Rasse&lt;/i&gt; en 1939 assimilait la notion jungienne d'inconscient collectif au concept nazi d'h&#233;r&#233;dit&#233; et de race [&lt;a href='#nb10' class='spip_note' rel='footnote' title='Alfred A. Krauskopf, &#171; Tiefenpsychologische Beitr&#228;ge zur Rassenseelenforschung &#187;,' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;]. Et cet article fut inscrit sur la liste de la bibliographie officielle du parti nazi. Ceci, non pas pour dire qu'en fait les id&#233;es de Jung et celles des nazis &#233;taient identiques, mais, simplement, que de telles identifications pouvaient &#234;tre faites et ont &#233;t&#233; faites. Et bien que, comme Robert Proctor l'a not&#233; dans son livre r&#233;cent sur la m&#233;decine en Allemagne nazie, Jung ne soit jamais pass&#233; de la diff&#233;renciation au d&#233;nigrement dans son relativisme culturel, les &#171; anthropologues raciaux &#187; nazis et les m&#233;decins ont cherch&#233; a &#233;lucider les particularit&#233;s de la science et de la culture &#171; juives &#187; [&lt;a href='#nb11' class='spip_note' rel='footnote' title='Robert Proctor, Racial Hygiene (Cambridge : Harvard University Press, (...)' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;G&#246;ring et d'autres avaient originairement esp&#233;r&#233; utiliser Jung et ses partisans &#224; l'institut &#224; Berlin (des gens comme G.R. Heyer, Wolfgang Kranefeldt, et Olga von K&#246;nig-Fachsenfeld) comme ressource majeure pour la construction d'une &#171; psychoth&#233;rapie allemande &#187; non freudienne. Bien que cet esprit fasciste se soit r&#233;pandu dans l'institut, ni une &#171; psychoth&#233;rapie allemande &#187;, ni les th&#233;ories de Jung par elles-m&#234;mes n'ont en fait jou&#233; de r&#244;le pr&#233;dominant dans les activit&#233;s des psychoth&#233;rapeutes. Les diverses exigences pratiques dont se sont charg&#233;s les psychoth&#233;rapeutes en appliquant et en faisant la promotion de leur comp&#233;tence th&#233;rapeutique dans les domaines de la soci&#233;t&#233;, de l'industrie et de l'arm&#233;e allemandes ont pris le pas sur les caract&#233;ristiques plus abstraites et moins pragmatiques de la psychologie jungienne. Certes, ces th&#232;mes jungiens ont continu&#233; d'&#234;tre appliqu&#233;s aux &#233;v&#233;nements et aux rigueurs de l'&#233;poque. En 1943, par exemple, le &lt;i&gt;Zentralblatt&lt;/i&gt; a publi&#233; un article louant le pouvoir curatif affirm&#233; des symboles de la terre-m&#232;re et du ciel-p&#232;re, issus de l'ancienne religion allemande de la nature, pouvoirs pr&#233;tendument efficaces du fait de leur renforcement de la sph&#232;re &#171; f&#233;minine &#187; au foyer comme refuge pour le retour du soldat. [&lt;a href='#nb12' class='spip_note' rel='footnote' title='Frederik Adama van Scheltema, &#171; Mutter Erde und Vater Himmel in der (...)' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le r&#233;gime lui-m&#234;me manifestait peu d'int&#233;r&#234;t scientifique pour Jung ou ses partisans. Mais il contr&#244;la leurs activit&#233;s m&#234;me hors d'Allemagne. C'est ce que montrent les dossiers du l'ancien ministre de l'&#233;ducation du Reich, conserv&#233;s au Zentrales Staatsarchiv de Postdam, en Allemagne. De 1935 &#224; 1939, diverses agences gouvernementales ont rassembl&#233; des informations sur les colloques annuels d'Eranos &#224; Ascona, en Suisse. En 1936, le ministre refusa aux allemands la permission d'y assister. L'ann&#233;e suivante, G&#246;ring arrangea pour la secr&#233;taire d'Eranos, Olga Fr&#246;be-Kapteyn, un rendez-vous avec le ministre afin de faciliter la participation des allemands. Cette intervention s'av&#233;ra fructueuse, mais d&#232;s 1938 la Nazi Auslands-Organisation objectait qu'il y avait beaucoup de Juifs aux rencontres, que certains th&#232;mes &#233;taient &#171; politiquement conflictuels &#187;, et qu'en g&#233;n&#233;ral toute l'organisation semblait &#171; myst&#233;rieuse &#187;. Pour dissiper ces doutes, un officier minist&#233;riel demanda &#224; G&#246;ring de pr&#233;parer un rapport sur la rencontre de cette ann&#233;e l&#224;. Le 23 ao&#251;t 1938, Olga von K&#246;nig-Fachsenfeld fit comme pr&#233;vu un rapport dans lequel elle dit qu'elle n'avait rien entendu de politique au colloque, que les Suisses en particulier semblaient avoir renonc&#233; &#224; critiquer l'Allemagne, et que, bien qu'il y e&#251;t de nombreux Juifs dans l'assistance, aucun ne figurait sur le programme. Permission fut donn&#233; aux Allemands de participer au colloque de 1939, et en d&#233;cembre de cette ann&#233;e, le consulat allemand de Locarno fit remarquer que, bien que les participants &#224; la rencontre fussent certainement diff&#233;rents, le colloque ne semblait pas servir les int&#233;r&#234;ts de puissances &#233;trang&#232;res, Juifs ou francs-ma&#231;ons, et donc que les Allemands devaient &#234;tre autoris&#233;s &#224; y assister. La seule restriction devait &#234;tre qu'ils ne pouvaient pas assister aux s&#233;ances o&#249; des Juifs &#233;taient pr&#233;sents [&lt;a href='#nb13' class='spip_note' rel='footnote' title='REM 2797 ; Zentrales Staatsarchiv.' id='nh13'&gt;13&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s 1939, Jung, ses id&#233;es, et ses partisans, n'&#233;taient plus un enjeu important pour les nazis. D&#232;s cette &#233;poque, aussi bien, Jung et G&#246;ring s'&#233;taient brouill&#233;s au sujet de la domination allemande de la soci&#233;t&#233; internationale, et Jung jetait maintenant un regard critique sur le ph&#233;nom&#232;ne nazi. L'importance des attitudes, actions et exp&#233;riences de Jung pendant ces ann&#233;es, je pense, r&#233;side moins dans le probl&#232;me des pr&#233;jug&#233;s manifestes de sa part que dans les diverses dynamiques supra-personnelles que ses dires et ses actes impliquaient. L'antis&#233;mitisme &#233;tait end&#233;mique dans la soci&#233;t&#233; europ&#233;enne [&lt;a href='#nb14' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans une lettre &#224; Abraham dat&#233;e du 23 juillet 1908, Freud &#233;crivait : &#171; Je (...)' id='nh14'&gt;14&lt;/a&gt;], mais particuli&#232;rement dans les r&#233;gions allemandes o&#249; un nationalisme fort &#233;tait aggrav&#233; par la proximit&#233; du monde slave et par la migration d'Ostjuden en Allemagne et en Autriche. L'&#233;lite traditionnelle en Allemagne, par exemple, restait proche des Juifs. Comme l'historien Fritz Stern l'a dit en d&#233;crivant l'homog&#233;n&#233;it&#233; du corps des officiers &#171; &lt;i&gt; en Allemagne, il n'y eut pas d'affaire Dreyfus parce qu'il n'y avait pas de Dreyfus. &lt;/i&gt; &#187; [&lt;a href='#nb15' class='spip_note' rel='footnote' title='Fritz Stern, &#171; The Burden of Success : Reflections on German Jewry &#187;, in (...)' id='nh15'&gt;15&lt;/a&gt;] La profession m&#233;dicale &#233;tait particuli&#232;rement antis&#233;mite &#224; cause de la propagation du darwinisme social, de th&#233;ories eug&#233;niques et racistes et, apr&#232;s 1918, par suite des pressions &#233;conomiques qui ont accru la jalousie et le ressentiment &#224; l'&#233;gard de beaucoup de m&#233;decins juifs importants et prosp&#232;res &#224; Berlin et dans d'autres grandes villes. C'est pourquoi les nazis purent s&#233;duire les docteurs et maints autres professionnels en s'appuyant sur un mixte de nationalisme, d'int&#233;r&#234;t personnel et d'antis&#233;mitisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Habituellement, l'antis&#233;mitisme europ&#233;en n'&#233;tait pas raciste au sens nazi ; il faut plut&#244;t dire que le mouvement fasciste de l'entre-deux guerre a tir&#233; profit d'un mouvement culturel plus g&#233;n&#233;ral anti-mat&#233;rialiste qui caricaturait souvent les Juifs comme manquant de &#171; spiritualit&#233; &#187;. L'historien George Mosse a montr&#233; combien cette caricature &#233;tait r&#233;pandue, citant comme exemple l'historien Suisse de la fin du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle Jacob Burckhardt qui, quoiqu'il ne f&#251;t pas li&#233; au mouvement &lt;i&gt;v&#246;lkisch&lt;/i&gt; naissant, fulminait contre le d&#233;clin de l'esth&#233;tique et de la civilisation dont t&#233;moignent entre autres les machinations de Juifs v&#233;naux. [&lt;a href='#nb16' class='spip_note' rel='footnote' title='George Mosse, Germans and Jews (New York : Fertig, 1970), pp. (...)' id='nh16'&gt;16&lt;/a&gt;] Jung ne s'est lui-m&#234;me jamais exprim&#233; de cette fa&#231;on, mais il partageait cet int&#233;r&#234;t pour la d&#233;t&#233;rioration des valeurs spirituelles qui, entre autres choses, le conduisit &#224; voir dans les mouvements de masse des ann&#233;es 20 et 30 des &#233;l&#233;ments qu'il appela une lib&#233;ration. Cette position philosophique cultivait des degr&#233;s de l'antis&#233;mitisme h&#233;rit&#233; de la culture, dont l'intensit&#233; variait selon l'&#233;poque et les &#233;v&#233;nements. Il faut dire que Jung abandonna ces notions d'une fa&#231;on qui sugg&#232;re la pr&#233;sence en lui d'une dialectique entre pr&#233;jug&#233;s et tol&#233;rance, qui fut ultimement r&#233;solue en faveur du dernier terme. Ce qui ne signifie cependant pas qu'on doive &#234;tre d'accord avec l'argument de Wolfgang Giegerich pour qui, d&#232;s le d&#233;but, Jung engagea d&#233;lib&#233;r&#233;ment le combat avec l'ombre du pr&#233;jug&#233; racial pour l'extirper. [&lt;a href='#nb17' class='spip_note' rel='footnote' title='Wolfgang Giegerich, &#171; Postscript to Cocks &#187;, Spring 10 (1979) : (...)' id='nh17'&gt;17&lt;/a&gt;] Un tel jugement ignore na&#239;vement la pluralit&#233; des mobiles et des contradictions pr&#233;sents en toute action humaine, dont nous avons examin&#233; un certain nombre dans le cas en cause. Une telle rationalisation ferme &#233;galement les yeux sur les effets n&#233;gatifs du manque de critique vigoureuse et suffisamment pr&#233;coce de Hitler par Jung, et sur la possible l&#233;gitimit&#233; pour le r&#233;gime qu'a cr&#233;&#233;, dans l'esprit de beaucoup ou de certains, l'association de Jung avec lui, peu importe la capacit&#233; de protection professionnelle qu'il a r&#233;alis&#233;e ou vis&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La perspective philosophique de Jung s'est aussi av&#233;r&#233;e probl&#233;matique d'une fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale. Bien que les nazis aient exploit&#233; des techniques et des ressources mat&#233;rielles modernes, y compris la m&#233;decine et la psychoth&#233;rapie, ils ont aussi &#233;difi&#233; leur puissance sur des aspirations au myst&#233;rieux et au transcendant. Ce faisant, ils ont r&#233;v&#233;l&#233; les dangers de la fascination parmi les sommit&#233;s intellectuelles qui, plus que quiconque, doivent maintenir une distance critique, rationnelle et &#233;thique vis-&#224;-vis des enthousiasmes destructeurs, reconnaissant la diff&#233;rence cruciale entre dire &#171; c'est stup&#233;fiant &#187; et &#171; c'est faux &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Geoffrey Coks est professeur d'histoire au Albion College dans le Michigan. Il est l'auteur de &lt;i&gt;Psychotherapy in the Third Reich : The G&#246;ring Institute&lt;/i&gt; (1985) et le co&#233;diteur de &lt;i&gt;Psycho/History : Readings in the Method of Psychology, Psychoanalysis and History&lt;/i&gt; (1987) et &lt;i&gt;German Professions : 1800-1950&lt;/i&gt; (1990).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Ernst Kretschmer, &#171; Konstitution und Leistung &#187;, &lt;i&gt;Westfdlische Landezeitung&lt;/i&gt;, 20 ao&#251;t 1944 ; microcopie T7/8 rouleau 190, cadre 1866-67, National Archives, Washington, DC.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Paul Roazen, &lt;i&gt;Freud and His Followers&lt;/i&gt; (Albany : New York University Press, 1985), p. 292.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] C.G. Jung, &#171; The State of Psychotherapy Today &#187;,&lt;i&gt;CW 10&lt;/i&gt;, pp. 135-136.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Peter Gay, Freud : A Life for Our Times (New York : Norton, 1988), pp. 205-239.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6' id='nb6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] C.G. Jung, &#171; The Development of Personality &#187;, &lt;i&gt;CW 17&lt;/i&gt;, pp. 167-168 (Le devenir de la personnalit&#233; in C.G. Jung &lt;i&gt;Probl&#232;mes de l'&#226;me moderne&lt;/i&gt;, trad. Yves Le Lay : &#171; &lt;i&gt; Les grandes actions lib&#233;ratrices, dans l'Histoire universelle, ont pour point de d&#233;part des personnalit&#233;s de premier plan, jamais la masse &#8212; toujours secondaire et paresseuse [&#8230;] Le cri d'all&#233;gresse de la nation italienne va &#224; la personnalit&#233; du Duce et les chants de d&#233;tresse d'autres nations d&#233;plorent l'absence de grands chefs &lt;/i&gt; &#187; p. 245)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7' id='nb7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] C.G. Jung, &#171; Vom Werden der Pers&#246;nlichkeit &#187;, in idem, &lt;i&gt;Wirklichkeit der Seele&lt;/i&gt; (Zurich : Rascher Verlag, 1934), p. 18 ff. (Yves Le Lay traduit : &#171; &lt;i&gt; Depuis que j'&#233;crivais ces lignes (en 1932) l'Allemagne, elle aussi, s'est trouv&#233; son pr&#233;tendu F&#252;hrer &lt;/i&gt; &#187; trad cit&#233;e, p. 245).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8' id='nb8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;i&gt;C.G. Jung parle&lt;/i&gt;, p. 59&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh9' id='nb9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] &#171; Die Sprache des Unbewussten &#187;,&lt;i&gt;K&#246;lnische Zeitung&lt;/i&gt;, 9 octobre 1937 ;REM 2954 ; Zentrales Staatsarchiv, Postdam. Cf &#233;galement Paul Feldkeller, &#171; Geist der Psychotherapie &#187;, &lt;i&gt;Deutsche Allgemeine Zeitung&lt;/i&gt;, 5 octobre 1937 ; REM 2954.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh10' id='nb10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] Alfred A. Krauskopf, &#171; Tiefenpsychologische Beitr&#228;ge zur Rassenseelenforschung &#187;, &lt;i&gt;Rasse&lt;/i&gt; 5 (1939) : 362-368.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh11' id='nb11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] Robert Proctor, &lt;i&gt;Racial Hygiene&lt;/i&gt; (Cambridge : Harvard University Press, 1988), pp. 162-163.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh12' id='nb12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] Frederik Adama van Scheltema, &#171; Mutter Erde und Vater Himmel in der germanischen Naturreligion &#187;, &lt;i&gt;Zentralblatt f&#252;r Psychotherapie&lt;/i&gt; 14 (1943) : 257-277.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh13' id='nb13' class='spip_note' title='Notes 13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] REM 2797 ; Zentrales Staatsarchiv.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh14' id='nb14' class='spip_note' title='Notes 14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] Dans une lettre &#224; Abraham dat&#233;e du 23 juillet 1908, Freud &#233;crivait : &#171; &lt;i&gt; Je veux simplement dire que nous devons, en tant que Juifs, si nous voulons, o&#249; que ce soit, &#234;tre de la partie, d&#233;velopper un brin de masochisme, &#234;tre dispos&#233;s &#224; nous laisser faire un peu de tort. Sans quoi &#231;a ne colle pas. Soyez assur&#233; que, si je m'appelais Oberhuber, mes innovations auraient, en d&#233;pit de tout, rencontr&#233; une r&#233;sistance bien moindre. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh15' id='nb15' class='spip_note' title='Notes 15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] Fritz Stern, &#171; The Burden of Success : Reflections on German Jewry &#187;, in idem, &lt;i&gt;Dreams and Delusions&lt;/i&gt; (New York : Knopf, 1987), p. 108.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh16' id='nb16' class='spip_note' title='Notes 16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;] George Mosse, &lt;i&gt;Germans and Jews&lt;/i&gt; (New York : Fertig, 1970), pp. 57-60.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh17' id='nb17' class='spip_note' title='Notes 17' rev='footnote'&gt;17&lt;/a&gt;] Wolfgang Giegerich, &#171; &lt;i&gt; Postscript to Cocks &lt;/i&gt; &#187;, Spring 10 (1979) : 228-231.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Jung et l'antis&#233;mitisme.</title>
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		<description>Roazen remarque dans cet article que Jung n'a pas eu la reconnaissance qu'il m&#233;ritait pour ses contributions &#224; la pens&#233;e du XXe si&#232;cle. En tant qu'historien, en tant que non-jungien et en tant que juif, il conclut que les vues politiques de Jung ont &#233;t&#233; responsables d'une r&#233;sistance g&#233;n&#233;rale &#224; ses id&#233;es, et insiste sur le fait que Jung doit &#234;tre tenu pour responsable de ses affirmations. Le th&#232;me de Jung et l'antis&#233;mitisme n'en est pas un que j'aborde avec enthousiasme. Dans la mesure o&#249; je suis moi-m&#234;me (...)

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&lt;a href="http://www.passereve.com/spip/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;Jung et la question juive.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Roazen&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Roazen&lt;/a&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Paul Roazen est professeur de Sciences sociales et politiques &#224; l'Universit&#233; (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;] remarque dans cet article que Jung n'a pas eu la reconnaissance qu'il m&#233;ritait pour ses contributions &#224; la pens&#233;e du XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. En tant qu'historien, en tant que non-jungien et en tant que juif, il conclut que les vues politiques de Jung ont &#233;t&#233; responsables d'une r&#233;sistance g&#233;n&#233;rale &#224; ses id&#233;es, et insiste sur le fait que Jung doit &#234;tre tenu pour responsable de ses affirmations.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le th&#232;me de Jung et l'antis&#233;mitisme n'en est pas un que j'aborde avec enthousiasme. Dans la mesure o&#249; je suis moi-m&#234;me Juif, quoiqu'un Juif fort peu pratiquant, je suis contraint d'avoir un int&#233;r&#234;t particulier pour le destin du peuple juif dans ce si&#232;cle terrible entre tous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autre part, j'&#233;tudie &#233;galement l'histoire de la psychanalyse et suis convaincu que la stature de Jung dans l'histoire du d&#233;veloppement de la psychologie des profondeurs a &#233;t&#233; tr&#232;s mal comprise. Peut-&#234;tre une anecdote peut-elle servir &#224; illustrer le probl&#232;me historiographique auquel je crois que nous sommes confront&#233;s. Jadis, au cours d'une de ces discussions de table que j'eus il y a quelques ann&#233;es avec Paul Ric&#339;ur &#224; Toronto, nous en sommes venus &#224; parler de son livre &lt;i&gt;Freud and Philosophy&lt;/i&gt;. Comme Ric&#339;ur &#233;tait &#224; la fois modeste et critique, dans la mesure o&#249; il pensait avoir &#233;chou&#233; &#224; atteindre son objectif dans cet ouvrage, j'&#233;voquai Jung. Il me semblait, et c'est ce que je dis &#224; Ric&#339;ur, que s'il voulait accomplir le but philosophique qu'il avait en t&#234;te, il aurait &#233;t&#233; mieux avis&#233; de prendre Jung comme penseur central plut&#244;t que Freud. Car la vision jungienne de l'inconscient me semblait beaucoup plus proche de la pens&#233;e de Ric&#339;ur que celle de Freud. Quoi qu'il en soit, la mention du nom de Jung rendit Ric&#339;ur particuli&#232;rement perplexe. Car selon Ric&#339;ur, on ne pouvait pas, &#224; Paris, lire Jung : il &#233;tait &#171; &#224; l'index &#187; des livres interdits parmi les intellectuels fran&#231;ais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ric&#339;ur est lui-m&#234;me protestant, et l'un de ses fils pratique la psychanalyse en France. J'ai trouv&#233; Ric&#339;ur tr&#232;s bien inform&#233; des luttes &#224; l'int&#233;rieur du champ psychanalytique &#224; Paris, o&#249; tant de choses sont publi&#233;es ces temps-ci &#224; propos de Freud, et pourtant Ric&#339;ur semblait tout ignorer des &#233;crits de Jung. Et l&#224;, moi qui avait &#233;crit sur Freud, je sugg&#233;rais &#224; Ric&#339;ur l'importance de Jung, sur laquelle il avait fait l'impasse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et pourtant, en tant qu'historien et sp&#233;cialiste de l'histoire intellectuelle, je crois qu'il est impossible de couper la psychologie de Jung de sa politique. Quand j'aborde les &#339;uvres de Dosto&#239;evsky et de Nietzsche &#224; mon universit&#233;, une question classique que je pose est celle savoir si, et &#224; quel degr&#233;, leur psychologie est interconnect&#233;e &#224; leur politique. De m&#234;me que Freud lui-m&#234;me admirait Dosto&#239;evsky sans aucunement accepter l'ensemble des croyances politiques qui &#233;taient les siennes, de m&#234;me il est possible, je pense, de dire de Jung qu'il a fait une grande et durable contribution &#224; la psychologie, sans ignorer la nature de sa collaboration avec les nazis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il me faut expliquer plus concr&#232;tement pourquoi je consid&#232;re que Jung est si important dans l'histoire des id&#233;es. Tout d'abord, je pense que Freud n'a jamais eu de meilleur critique que Jung. On a souvent dit que Freud a lui-m&#234;me vu certains de ses pires &#233;checs, et il y a une bonne dose de v&#233;rit&#233; dans cette proposition ; toutefois, habituellement Freud s'arrange pour r&#233;pondre &#224; toutes les objections qui peuvent &#234;tre faites &#224; son propre syst&#232;me de pens&#233;e, et ce, de fa&#231;on si magistrale, que les lecteurs ont &#233;t&#233; enclins &#224; le suivre dans son rejet de l'id&#233;e que sa psychologie pourrait avoir des d&#233;fauts.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toutefois, &#224; ma connaissance, Jung fut le premier a souligner que l'autoritarisme &#233;tait implicite dans la technique th&#233;rapeutique de Freud. Jung fut aussi, sans doute en partie &#224; cause de son contact personnel avec Freud, le tout premier &#224; sugg&#233;rer que tous les analystes futurs soient oblig&#233;s de se soumettre &#224; des analyses didactiques. Je dois dire que je ne suis pas vraiment s&#251;r que &#231;'ait &#233;t&#233; une si bonne id&#233;e que cela ; le concept d'analyse didactique a eu certaines cons&#233;quences secondaires malheureuses, en infantilisant les candidats par exemple, et en assurant leur endoctrinement &#224; la fa&#231;on de faire propre &#224; un professeur. C'est bien s&#251;r &#224; d'autres que moi, puisque ne n'ai jamais &#233;t&#233; clinicien, de peser le pour et le contre de cette institution de l'analyse didactique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je crois n&#233;anmoins, en me fondant sur ma propre recherche historique, qu'on n'a pas suffisamment pr&#234;t&#233; attention &#224; toute cette &#233;pineuse question de la formation analytique. Les psychanalyses de contr&#244;le ont justement &#233;t&#233; invent&#233;es comme un dispositif pour contr&#244;ler le pouvoir qu'un analyste didacticien plus ancien est contraint d'avoir. Mais on trouve tant de sectarisme en psychanalyse jusqu'&#224; aujourd'hui qu'il ne semble pas que les dispositifs ant&#233;rieurs aient r&#233;ussi &#224; &#234;tre aussi efficaces qu'ils l'auraient d&#251;. La litt&#233;rature continue de r&#233;inventer la roue ; on trouve des gens de diff&#233;rentes &#233;coles de pens&#233;e qui n'ont pas connaissance de ce que les autres ont fait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deux vignettes peuvent illustrer ce &#224; quoi je pense. Autrefois, lors d'une interview avec Jolande Jacobi en Suisse en 1966, j'ai soulev&#233; le concept, alors &#224; la mode en psychanalyse orthodoxe, de &#171; r&#233;gression au service du moi &#187;. Bien que le D&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;r&lt;/sup&gt; Jacobi ait connu personnellement Ernst Kris &#224; Vienne et qu'elle ait imm&#233;diatement compris la teneur de ce que je d&#233;crivais par cette notion, elle n'en &#233;tait pas famili&#232;re ; elle tomba d'accord avec moi pour reconna&#238;tre qu'elle avait des similarit&#233;s frappantes avec la propre approche de Jung.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour donner un autre exemple, je me souviens d'Antony Storr me disant, apr&#232;s qu'il fut rest&#233; un temps &#224; Chicago, que les analystes freudiens de cette ville semblaient avoir emprunt&#233; &#224; Jung certaines de ses id&#233;es sur la fa&#231;on de faire des psychoth&#233;rapies &#224; court terme. L'Institut Psychanalytique de Chicago a &#233;t&#233; fond&#233; par Franz Alexander et, bien que je sois s&#251;r que le D&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;r&lt;/sup&gt; Alexander n'a pas &#233;t&#233; directement influenc&#233; par Jung, il a &#233;labor&#233; dans les ann&#233;es 40 des id&#233;es qui lui sont propres et qui soutiennent maintes analogies avec celles que Jung avait eues une g&#233;n&#233;ration plus t&#244;t. Des ennemis id&#233;ologiques de Franz Alexander, comme l'orthodoxe Kurt Eissler, seraient sans nul doute ravis de trouver des parall&#232;les jungiens dans l'&#339;uvre d'Alexander, mais j'&#233;voque l'analogie du point de vue de l'histoire intellectuelle plut&#244;t qu'&#224; titre d'aspect de la politique partisane des disputes sectaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les diff&#233;rentes &#233;coles de psychanalyse ne font que se croiser sans se rencontrer. Bien qu'il puisse sembler que les deux exemples que je viens de donner sont des cas de gens qui ont grandi au sein de l'horizon jungien sans &#234;tre suffisamment au fait des contributions freudiennes, je suis certain que l'ignorance g&#233;n&#233;rale marche beaucoup plus dans l'autre sens. Selon mon exp&#233;rience, ceux qui ont &#233;t&#233; form&#233;s comme analystes freudiens sont beaucoup moins susceptibles d'avoir lu Jung que les jungiens ne le sont d'&#234;tre familiaris&#233;s avec Freud.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'exemple le plus frappant que j'ai pu en avoir dans mes propres recherches s'est peut-&#234;tre produit au cours d'une interview que j'ai men&#233;e avec Ren&#233; Spitz en Suisse. &#171; Vous ne croirez pas, &#187; me dit-il, ce que Jung &#171; pr&#233;tendit &#187; un jour : Jung avait dit au Dr Spitz qu'il avait invent&#233; l'id&#233;e d'analyse didactique. Spitz trouvait cela absurde, et pour autant que je sache les freudiens seraient, aujourd'hui encore, d'accord avec lui. Il y a quelques ann&#233;es, j'ai pourtant trouv&#233; un passage dans l'&#339;uvre de Freud o&#249; il cr&#233;dite sp&#233;cifiquement &#171; l'&#233;cole de Zurich &#187;, c'est-&#224;-dire Jung, de cette suggestion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Puisque j'ai indiqu&#233; certaines de mes r&#233;serves concernant l'inconv&#233;nient que je pense avoir &#233;t&#233; associ&#233;s aux analyses didactiques, il me faut aussit&#244;t faire la liste de certaines des contributions les plus incontestablement positives que Jung a &#233;t&#233; capable de faire, selon moi. Il a compris, cinquante ans avant les analystes orthodoxes, que le mat&#233;riel clinique infantile pouvait &#234;tre utilis&#233; comme d&#233;fense. L'id&#233;e qu'une pr&#233;occupation pour l'enfance pass&#233;e puisse devenir une &#233;vasion n'a &#233;t&#233; &#233;nonc&#233;e que plus tard par Max Schur comme &#171; r&#233;sistance par en dessous &#187;. Jung savait aussi que les r&#234;ves n'&#233;taient pas seulement des expressions des d&#233;sirs et qu'ils avaient &#224; voir avec le propre soi du r&#234;veur, et pas seulement avec les autres dans notre vie. Jung a consid&#233;r&#233; l'inconscient de fa&#231;on plus constructive et avec moins de soup&#231;on que Freud, et par l&#224; Jung a pu, d'apr&#232;s sa th&#233;orie du moins, adopter une attitude plus positive &#224; l'&#233;gard de la pr&#233;sence de sympt&#244;mes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, bien s&#251;r, en d&#233;pit de la diff&#233;rence d'&#226;ge entre les deux hommes, Jung et Freud ont beaucoup en commun. Si l'on lit certains textes de philosophie sociale de Jung, cela ressemble de fa&#231;on frappante &#224; celle de Freud lui-m&#234;me, m&#234;me si les deux hommes ont &#233;crits leurs ouvrages respectifs longtemps apr&#232;s la fin de leur association. Dans &lt;i&gt;Mo&#239;se et le monoth&#233;isme&lt;/i&gt;, par exemple, Freud d&#233;veloppe certaines id&#233;es sur la nature du symbole qui me paraissent tr&#232;s proches de celles de Jung. Bien que je n'aie pas la place de d&#233;velopper ce point ici, je suis pratiquement s&#251;r que, dans leur pratique clinique concr&#232;te, Jung et Freud, malgr&#233; leur dispute, ont continu&#233; &#224; avoir plus de choses en commun qu'on ne pourrait s'y attendre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais je crains qu'en indiquant mon respect pour la stature de Jung au sein de l'histoire intellectuelle je ne me sois trop &#233;loign&#233; du sujet qui nous occupe : l'antis&#233;mitisme. C'est &#233;videmment un tr&#232;s bon signe que les jungiens soient capables de se confronter publiquement &#224; ce probl&#232;me. Je me trouve pourtant moi-m&#234;me pris dans un grand conflit int&#233;rieur en abordant ce th&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'antis&#233;mitisme est un vaste sujet, qui traverse toute la pens&#233;e occidentale, et la vari&#233;t&#233; des pr&#233;jug&#233;s sur les Juifs constitue un th&#232;me sur lequel je ne peux esp&#233;rer &#234;tre expert. Avec Jung, toutefois, nous avons affaire &#224; un probl&#232;me sp&#233;cifique qui est propre aux intellectuels de la mi-XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Henry Adams, par exemple, est mort trop t&#244;t pour que quiconque s'excite sur les d&#233;tails de ce qu'il a pens&#233; concernant les Juifs. Il serait anachronique de consid&#233;rer ses id&#233;es &#224; la lumi&#232;re d'&#233;v&#233;nements ult&#233;rieurs. L'antis&#233;mitisme est une partie de la culture occidentale qui a de profondes racines et il a touch&#233; maints penseurs par ailleurs admirables. Hannah Arendt a jadis &#233;crit que la venue des nazis avait finalement mis un terme aux remarques sur les Juifs qui &#233;taient autrefois consid&#233;r&#233;es comme culturellement permises : car d&#232;s qu'il est devenu possible de voir que l'antis&#233;mitisme pouvait conduire aux chambres &#224; gaz, aucune personne respectable ne pouvait plus se permettre de faire sur les Juifs ces blagues qu'autrefois on aurait pu trouver tout &#224; fait banales et acceptables.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autres &#233;minentes figures de la moiti&#233; de notre si&#232;cle, &#224; part Jung, ont eu le m&#234;me tort d'avoir exprim&#233; sur les Juifs des choses moralement compromettantes qui ont un statut particulier &#224; cause de l'&#233;poque o&#249; elles ont &#233;t&#233; &#233;nonc&#233;es. Je tiens, en m'appuyant sur les dires de ceux qui ont autorit&#233; en la mati&#232;re, que Martin Heidegger &#233;tait un grand philosophe : il est peut-&#234;tre l'exemple de plus extr&#234;me qui vienne &#224; l'esprit de la trahison de l'&#233;thique d'un intellectuel, parce qu'il a vraiment ralli&#233; le parti nazi ; bien qu'il n'ait pas &#233;nonc&#233; de g&#233;n&#233;ralit&#233; concernant les Juifs, il s'est permis au moins une r&#233;f&#233;rence n&#233;gative &#224; un certain universitaire Juif en tant que tel, qui a frapp&#233;e les nazis de fa&#231;on si pernicieuse que cela s'est retourn&#233; contre lui. La po&#233;sie d'Ezra Pound est, m'a-t-on dit, une grande &#339;uvre de la litt&#233;rature mondiale ; pourtant Pound a fait des centaines d'&#233;missions tout &#224; fait &#233;pouvantables en faveur du r&#233;gime de Mussolini, des programmes qui furent parfois retransmis depuis Berlin. Et de m&#234;me, on a r&#233;cemment d&#233;couvert comment Paul Man, l'&#233;minent critique litt&#233;raire, a &#233;crit des articles antis&#233;mites dans sa jeunesse pendant l'occupation allemande de la Belgique lors de la seconde guerre mondiale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De tous ces hommes, Jung est le seul au sujet duquel je me sens suffisamment comp&#233;tent pour le d&#233;fendre, en ce qui concerne la grande contribution qu'il a faite &#224; la psychologie. Toutefois, si j'&#233;tais fran&#231;ais, et si ma famille avait subi la seconde guerre mondiale, je pourrais fort bien me trouver dans la position qui est celle de Ric&#339;ur, de n'avoir jamais lu Jung. Plus on est proche de l'Holocauste, plus il devient difficile de prendre de la distance par rapport aux id&#233;es politiques auxquelles Jung s'&#233;tait associ&#233;. N&#233;anmoins, faisant partie des plus chanceux, je suis n&#233; sur ce continent [am&#233;ricain] ; mais l'accident de la g&#233;ographie et de l'histoire ne me d&#233;livre pas de l'obligation de penser les implications &#233;thiques contenues dans les engagements politiques de Jung.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il me faudrait &#234;tre plus explicite. Il n'est pas correct de compartimenter psychologie et politique. En m&#234;me temps, il ne faudrait pas que nous tombions dans l'autre extr&#234;me en &#233;valuant tout &#224; l'aune du jugement politique ; ce sont les r&#233;gimes totalitaires qui ont asservi toute la r&#233;alit&#233; &#224; la politique. Et pourtant, sans exag&#233;rer les implications de ce que Jung a &#233;crit et fait dans les ann&#233;es 30, c'est effectivement important pour une appr&#233;ciation globale de sa position.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les d&#233;tails de la controverse au sujet de Jung et l'antis&#233;mitisme sont d&#233;j&#224; bien connus. N&#233;anmoins, bien que j'admire beaucoup les romans de Robertson Davies, j'ai lu une fois un article de lui dans le cahier litt&#233;raire du New York Times o&#249; il r&#233;pudiait tout net l'id&#233;e que Jung &#233;tait antis&#233;mite. Assez curieusement, &#224; mes yeux au moins, ce fut Freud lui-m&#234;me qui porta le premier cette accusation contre Jung, dans son &#233;crit pol&#233;mique &lt;i&gt;Sur l'histoire du mouvement psychanalytique.&lt;/i&gt; Tel que j'en avais gard&#233; le souvenir pour avoir &#233;tudi&#233; la correspondance Freud-Jung, je n'avais pas d&#233;tect&#233; de signes qu'un tel pr&#233;jug&#233; de la part de Jung se f&#251;t exprim&#233; dans leurs &#233;changes. Mais je ne doute pas que, du c&#244;t&#233; de Freud, son enthousiasme pour Jung comme disciple soit provenu en partie de la forme sp&#233;ciale d'antis&#233;mitisme propre &#224; Freud, de son souci que la psychanalyse ne devienne pas exclusivement une affaire juive et que le mouvement soit conduit par un Gentil. L'amertume de la d&#233;ception de Freud &#224; l'&#233;gard de Jung, et la d&#233;sillusion de Freud vis-&#224;-vis de lui-m&#234;me en tant que leader, peuvent &#234;tre retrouv&#233;s dans les th&#232;mes qui le pr&#233;occupaient dans &lt;i&gt;Mo&#239;se et le monoth&#233;isme.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'est pas facile pour moi de citer toutes les occurrences de ce que Jung a &#233;crit sur les Juifs. En 1934, il soutient :
&#171; Le Juif, qui est relativement nomade, n'a jamais cr&#233;&#233; et ne cr&#233;era vraisemblablement jamais une forme de civilisation qui lui soit propre, du fait que l'&#233;panouissement de ses instincts et dons naturels requiert l'existence d'un peuple d'accueil plus ou moins civilis&#233;. [&#8230;] L'inconscient aryen a un potentiel plus &#233;lev&#233; que celui du Juif ; c'est l&#224; l'avantage et l'inconv&#233;nient d'une jeunesse qui n'est pas encore compl&#232;tement d&#233;tach&#233;e de la barbarie. &#192; mon avis ce fut une grave erreur de la psychologie m&#233;dicale jusqu'&#224; nos jours que d'appliquer inconsid&#233;r&#233;ment des cat&#233;gories juives, qui ne sont m&#234;me pas pertinentes pour tous les Juifs, &#224; des Germains et &#224; des Slaves chr&#233;tiens. Elle a ainsi expliqu&#233; le plus pr&#233;cieux secret de l'homme germanique, c'est-&#224;-dire le fond de son &#226;me, plein de pressentiments cr&#233;ateurs, comme un mar&#233;cage banal et infantile, cependant que mes mises en garde &#233;taient, depuis des ann&#233;es, suspect&#233;es d'antis&#233;mitisme. Cette suspicion est partie de Freud. Il ne connaissait pas l'&#226;me germanique, pas plus que ses &#233;pigones germaniques. La puissante apparition du national-socialisme, sur lequel le monde entier porte un regard &#233;tonn&#233;, leur est-elle une meilleure le&#231;on ? [&#8230;] C'est pourquoi je dis que l'inconscient germanique contient des tensions et des possibilit&#233;s que la psychologie m&#233;dicale se doit de prendre en compte pour &#233;valuer ce qu'il en est de l'inconscient. [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='La situation actuelle de la psychoth&#233;rapie, &#167;&#167; 353-354, traduit par Alix (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;] &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne doute pas que beaucoup de ce que Jung avait &#224; dire a une certaine validit&#233; ; je pense que la v&#233;rit&#233; en la mati&#232;re est que la psychologie de Freud est de fa&#231;on caract&#233;ristique une psychologie juive, et que cela explique certaines de ses qualit&#233;s aussi bien que ses d&#233;fauts, qui doivent &#234;tre corrig&#233;s [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf Roazen, Freud and His Followers, particul&#232;rement pp. 22 et (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]. Mais le probl&#232;me, et l&#224; je parle en tant que sp&#233;cialiste en science politique, c'est que ce que Jung a &#233;crit de pire l'a &#233;t&#233; au tout d&#233;but de l'arriv&#233;e au pouvoir des nazis en Allemagne. Pire encore, Jung y est all&#233; pour d&#233;livrer son message ; il a entrepris de faire des choix politiques dont il doit historiquement &#234;tre tenu pour responsable. C'&#233;tait un temps o&#249;, si l'on s'en souvient, les psychoth&#233;rapeutes juifs avaient &#233;t&#233; forc&#233;s de fuir &#224; l'&#233;tranger ou souffraient en Allemagne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jung semble avoir &#233;t&#233; politiquement na&#239;f, et m&#234;me stupide ; mais je dois dire que souvent ce qui ressemble &#224; de la stupidit&#233; peut masquer des pr&#233;jug&#233;s et des convictions. Dans le cas de Jung, ce n'est pas comme si d'autres dans le m&#234;me domaine n'avaient pas essay&#233; de lui faire remarquer &#224; temps ce qui n'allait pas. Wilhelm Reich fit partie de ceux qui d&#233;nonc&#232;rent Jung, comme le fit Gustav Bally de Zurich, suscitant la &#8220;R&#233;ponse au D&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;r&lt;/sup&gt; Bally&#8221;. Ce fut Erich Fromm, un homme de gauche, qui me conseilla de consulter le Dr Bally &#224; Zurich sur la politique de Jung. (Malheureusement, Bally mourut avant que j'aie pu le voir.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jung a toujours pr&#233;tendu qu'il avait entrepris d'accepter la direction de la Soci&#233;t&#233; M&#233;dicale Allemande de Psychoth&#233;rapie en juin 1933 afin de prot&#233;ger la profession, et les Juifs qui la pratiquaient, de l'inutile souffrance pendant les ravages du r&#233;gime nazi. Je ne doute pas que Jung ait aid&#233; de nombreux r&#233;fugi&#233;s juifs venant d'Allemagne &#224; se r&#233;installer &#224; l'&#233;tranger. Mais quand, en 1935, les membres hollandais de la soci&#233;t&#233; internationale reconstitu&#233;e par Jung refus&#232;rent pour des raisons politiques d'accueillir le congr&#232;s, Jung leur &#233;crivit qu'ils compromettaient la neutralit&#233; de la science.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'est tout simplement pas vrai, cependant, que quand on parle des nazis il soit possible d'en appeler de la sorte &#224; la neutralit&#233; de la science. Les Hollandais, je pense, avaient moralement raison de refuser de r&#233;pondre &#224; la demande de Jung. Les intellectuels qui, parmi nous, pendant la guerre au Vietnam, sentaient passionn&#233;ment que la guerre &#233;tait immorale, on eux-m&#234;mes exp&#233;riment&#233; cette immense frustration pendant des ann&#233;es ; il n'est facile d'&#233;voquer plus que que quelques modestes actes de protestation de notre part. Je ne pr&#233;tends pas &#234;tre une esp&#232;ce de h&#233;ros politique. Mais je ne crois qu'il soit n&#233;cessaire de passer sur ce que Jung a fait. Je ne peux m'emp&#234;cher d'appeler un chat un chat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s la seconde guerre mondiale, Jung aurait pu mieux faire amende honorable pour ce qui s'&#233;tait pass&#233;. Selon l'Index des articles du minist&#232;re britannique des Affaires &#201;trang&#232;res, en 1946 une &#8220;brochure&#8221; existait qui avait pour titre &#8220;Le cas du D&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;r&lt;/sup&gt; Carl G. Jung &#8212; pseudo-savant auxiliaire nazi.&#8221; &#233;crit par Maurice L&#233;on, qui soulignait la &#171; liaison du Dr Jung avec les nazis et les plans nazis &#187;. &#201;videmment, il y avait des minutes des Affaires &#201;trang&#232;res sur une &#171; proposition de proc&#232;s comme criminel de guerre &#187;. Je n'ai pas r&#233;ussi &#224; obtenir cette documentation qui, comme je le rappelle, &#233;tait encore couverte par une r&#232;gle limitant l'acc&#232;s aux papiers d'&#201;tat. M&#234;me si ce dossier particulier s'est av&#233;r&#233; &#234;tre inoffensif, il est encore frappant pour moi qu'&#224; ma connaissance, Jung n'a jamais convenablement reconnu l'immoralit&#233; de la moindre de ses conduites. Il lui &#233;tait logiquement possible d'avouer avoir fait une erreur de jugement ; mais il resta sur ses positions et fit un argumentaire consistant pour sa propre d&#233;fense.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Politiquement, nous ne parlons pas de bagatelles. Ce n'est pas comme si nous &#233;valuions pourquoi un dirigeant politique quelconque n'aurait pas d&#233;missionn&#233;, par exemple, d'un gouvernement faisant affaire avec Hitler ; la compromission est vraiment tout autre chose que d'&#234;tre un compagnon de route. Nous ne parlons m&#234;me pas de la question de l'acceptation d'un gouvernement qui suit un cours que nous d&#233;sapprouvons ou m&#234;me dont nous pr&#233;f&#232;rerions nous dissocier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Selon moi, l'arriv&#233;e des nazis est l'&#233;v&#233;nement politique le plus important du XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Il est &#233;pouvantable de voir Jung, en juin 1933, remarquer avec approbation : &#171; comme Hitler l'a dit r&#233;cemment&#8230; &#187; . Dans la m&#234;me interview &#224; Radio Berlin il parle de la &#171; conversation sans fin des d&#233;lib&#233;ration parlementaires &#187; qui &#171; ronronne &#187;. [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf C.G. Jung parle, p. 60.' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;] Et, comme Edward Glover l'a not&#233; il y a fort longtemps, en 1936 Jung disait : &#171; Les SS sont en train de devenir une caste de chevaliers &#224; la t&#234;te de soixante millions d'habitants. &#187; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf C.G. Jung parle, p. 79.' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;] Je n'ai pas tent&#233; de faire &#8212; et je ne pourrais supporter de le faire &#8212; une revue compl&#232;te de tous les commentaires politiques de Jung.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hitler n'a pas pris le pouvoir par la force, mais a &#233;t&#233; &#233;lu dans les r&#232;gles &#224; ses fonctions ; et le r&#233;gime qu'il a supplant&#233; &#233;tait d&#233;mocratique. L'un des aspects les plus p&#233;nibles de toute cette affaire, c'est qu'un peuple a volontairement choisi Hitler en connaissant &#224; l'avance son programme. Ceux d'entre nous qui aiment croire dans les processus d&#233;mocratiques et en l'&#233;dification que nous associons &#224; une plus haute &#233;ducation, ont &#224; se confronter au fait que le nazisme a exist&#233; dans une telle communaut&#233; hautement cultiv&#233;e. Freud lui-m&#234;me, quand il fut averti du danger de l'hitl&#233;risme en Allemagne, est r&#233;put&#233; avoir en un certain sens &#233;cart&#233; le risque de menaces au motif que &#171; la nation de G&#339;the ne pourrait jamais mal tourner. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Personne ne peut appr&#233;cier &#224; leur juste mesure toutes les horreurs des nazis. Mais ceux qui se consacrent &#224; l'histoire intellectuelle s'interrogent &#224; bon droit sur les &#233;l&#233;ments de la culture occidentale qui peuvent avoir nourri les sources &#224; long terme de l'hitl&#233;risme. Se peut-il qu'un accent mis sur la l&#233;gitimit&#233; de l'irrationnel en psychologie puisse ainsi, une fois pr&#233;sent&#233; au monde de la politique, encourager des mouvements semblables au nazisme ? Ce ne serait pas trop sp&#233;culatif, je pense, que de supposer que certaines des id&#233;es de Jung avaient eu assez d'&#233;cho dans ce qu'il avait entendu de l'Allemagne d&#232;s 1933 &#224; son sujet pour penser que son &#339;uvre pourrait y trouver un certain succ&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La plupart d'entre vous connaissent d&#233;j&#224; l'histoire des enfants, dans une &#233;cole internationale &#224; Paris, &#224; qui l'on demanda un jour de faire une r&#233;daction sur l'&#233;l&#233;phant. Le petit anglais &#233;crivit quelque chose sur la chasse de l'&#233;l&#233;phant en Afrique. L'allemand &#233;crivit un texte intitul&#233; &#8220;Souffrances du jeune &#233;l&#233;phant&#8221;. Le fran&#231;ais fit sa r&#233;daction &#8220;Sur les coutumes amoureuses de l'&#233;l&#233;phant&#8221;. Et le juif intitula sa contribution : &#8220;L'&#233;l&#233;phant et la question juive&#8221;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La question de l'antis&#233;mitisme, n&#233;anmoins, ne me semble pas sp&#233;cialement pertinente pour la pens&#233;e de Jung prise dans son ensemble. Je sais que j'aurais pu choisir d'aborder plus &#233;vasivement le sujet du colloque &#8220;Ombres persistantes&#8221; qui s'est tenu &#224; New York au printemps 1989 &#224; la New York School for Social Research. Mais j'ai initialement accept&#233; de parler de la question de Jung et l'antis&#233;mitisme. Il m'a fallu un temps fou avant que je r&#233;ussisse &#224; m'asseoir et &#224; &#233;crire le peu que j'avais &#224; dire ; j'ai m&#233;dit&#233; la question pendant des mois, gardant &#224; chaque fois la question en t&#234;te, et plus d'une fois je me suis &#233;cri&#233; au supplice : &#171; Qu'est-ce que je vais dire ! &#187; Je n'aime pas me d&#233;filer, et pourtant j'esp&#232;re qu'il est clair que je n'ai pas trait&#233; le sujet avec un esprit pol&#233;mique. Je crois que ce que j'ai dit ne semblera pas, vu les circonstances, offensant. Mais j'ai fait de mon mieux pour traiter le sujet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chacun de nous fait des choix, et ces d&#233;cisions deviennent des actes. Nous, en Am&#233;rique du nord, savons peu de choses des probl&#232;mes moraux torturants qui ont tenaill&#233; des soci&#233;t&#233;s moins fortun&#233;es. L'hitl&#233;risme est la pire forme de mal que je puisse me repr&#233;senter ; et par cons&#233;quent, &#224; cause de la politique de Jung et du lien de celle-ci avec les nazis, ses vraiment grandes contributions &#224; la psychologie ne peuvent &#234;tre pleinement appr&#233;ci&#233;es et &#233;valu&#233;es qu'une fois qu'elles sont comprises en prenant en compte ses id&#233;es sociales, et cependant, d'une certaine mani&#232;re, en fin de compte, d&#233;tach&#233;es de la politique du r&#233;gime hitl&#233;rien. Tout comme il est, je pense, possible de s&#233;parer la psychologie de Dosto&#239;evski de sa politique, de m&#234;me j'esp&#232;re que la psychologie de Jung restera en d&#233;pit de sa marque d'antis&#233;mitisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Paul Roazen est professeur de Sciences sociales et politiques &#224; l'Universit&#233; York de Toronto. Il est l'auteur de six livres sur l'histoire de la psychanalyse, dont &lt;i&gt;Freud : Political and Social Thought&lt;/i&gt; (1986), &lt;i&gt;Freud and his Followers&lt;/i&gt; (1986), et &lt;i&gt;Encountering Freud : The Politics and Histories of Psychoanalysis&lt;/i&gt; (1990), et l'&#233;diteur de plusieurs volumes collectifs, comme &lt;i&gt;Sigmund Freud&lt;/i&gt; (1987)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;i&gt;La situation actuelle de la psychoth&#233;rapie,&lt;/i&gt; &#167;&#167; 353-354, traduit par Alix Gaillard-Dermigny dans le num&#233;ro 96 des &lt;i&gt;Cahiers jungiens de psychanalyse &lt;/i&gt; (automne 1999), pp. 50-51, trad.mod.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Cf Roazen, &lt;i&gt;Freud and His Followers&lt;/i&gt;, particul&#232;rement pp. 22 et suivantes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Cf &lt;i&gt;C.G. Jung parle&lt;/i&gt;, p. 60.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Cf &lt;i&gt;C.G. Jung parle&lt;/i&gt;, p. 79.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le vieillissement de la personnalit&#233; selon Jung</title>
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		<description>in Roger Fontaine, Manuel de psychologie du vieillissement, Dunod, 1999 Jung, en rupture avec Freud, fut le premier &#224; consid&#233;rer que des changements importants dans la personnalit&#233; survenaient apr&#232;s l'adolescence, changements structuraux tout aussi importants que ceux observ&#233;s durant l'enfance. Freud a particuli&#232;rement contribu&#233; &#224; d&#233;velopper l'id&#233;e que &#171; tout se jouait &#187; pendant l'enfance dans le cadre de notre relation &#339;dipienne avec notre m&#232;re et notre p&#232;re. Le mod&#232;le de d&#233;veloppement de la (...)

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&lt;a href="http://www.passereve.com/spip/spip.php?rubrique4" rel="directory"&gt;Miscellanea&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;in Roger Fontaine, Manuel de psychologie du vieillissement, Dunod, 1999&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jung, en rupture avec Freud, fut le premier &#224; consid&#233;rer que des changements importants dans la personnalit&#233; survenaient apr&#232;s l'adolescence, changements structuraux tout aussi importants que ceux observ&#233;s durant l'enfance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Freud a particuli&#232;rement contribu&#233; &#224; d&#233;velopper l'id&#233;e que &#171; tout se jouait &#187; pendant l'enfance dans le cadre de notre relation &#339;dipienne avec notre m&#232;re et notre p&#232;re. Le mod&#232;le de d&#233;veloppement de la personnalit&#233; qu'il a propos&#233; est une succession de stades psycho-sexuels, oral de 0 &#224; 18 mois, anal de 18 &#224; 36 mois, phallique de 3 &#224; 6 ans, de latence de 6 ans &#224; la pubert&#233; et enfin g&#233;nital &#224; partir de la pubert&#233;. &#192; l'instar de Piaget, la structure finale appara&#238;t &#224; l'adolescence, le stade g&#233;nital &#233;tant &#224; la personnalit&#233; ce que le stade formel est &#224; l'intelligence. Jung fut le cr&#233;ateur, en contradiction avec les id&#233;es dominantes de son temps, de ce que l'on appelle maintenant l'approche &lt;i&gt;long life span&lt;/i&gt; dans le cadre de laquelle le d&#233;veloppement court du berceau jusqu'au tombeau, c'est-&#224;-dire durant toute la vie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Selon Jung, la personnalit&#233; est organis&#233;e autour de deux orientations fondamentales et oppos&#233;es. La premi&#232;re caract&#233;rise l'attitude envers le monde ext&#233;rieur, l'auteur l'appela &lt;i&gt;extraversion&lt;/i&gt;, tandis que la seconde est tourn&#233;e vers le monde int&#233;rieur et les exp&#233;riences mentales subjectives, elle fut d&#233;nomm&#233;e &lt;i&gt;introversion&lt;/i&gt;. Ces deux aspects de la personnalit&#233; sont pr&#233;sents chez tous les individus de sant&#233; mentale &#171; normale &#187;. Ils s'&#233;quilibrent afin de permettre &#224; l'individu d'int&#233;grer les contraintes de l'environnement et les d&#233;sirs et fantasmes de son inconscient. Cette dichotomie rappelle l'opposition c&#233;l&#232;bre de Freud entre principe de r&#233;alit&#233; et principe de plaisir. Pour classer un individu dans la cat&#233;gorie des extravertis ou dans celle des introvertis, il faut que l'une des orientations l'emporte clairement sur l'autre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t fondamental du mod&#232;le de Jung au regard de la question du vieillissement est d'avoir postul&#233; l'existence de deux tendances fondamentales d&#233;terminant l'&#233;volution de l'individu au cours de sa vie adulte.&lt;/p&gt; &lt;ul class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt; La premi&#232;re est relative au couple extraversion-introversion. Selon Jung, il se produirait une inversion vers le milieu de la vie qui conduirait l'individu vers un nouvel &#233;quilibre. La jeunesse se caract&#233;riserait par une pr&#233;dominance de l'extraversion se traduisant par un besoin d'affirmation de soi et de r&#233;alisation personnelle, en particulier professionnelle. En revanche, la seconde moit&#233; de la vie se traduirait par une forte augmentation de l'introversion, la personne se tournant alors vers l'analyse de ses sentiments personnels, son bilan de vie et la prise de conscience de sa rencontre in&#233;luctable avec la mort. Cette tendance &#224; l'introversion avec l'&#226;ge n'est pas clairement &#233;tablie.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La seconde tendance est relative au couple f&#233;minit&#233;-masculinit&#233;. Selon Jung, nous poss&#233;dons une double personnalit&#233;, f&#233;minine et masculine. Au cours de notre enfance nous d&#233;veloppons l'une d'entre elles et inhibons l'autre afin d'int&#233;grer dans nos comportements et nos repr&#233;sentations les st&#233;r&#233;otypes sociaux relatifs &#224; chacun des sexes. Le petit gar&#231;on adh&#232;re progressivement &#224; l'image et au r&#244;le de l'homme et la petite fille &#224; celle de la femme. Cela perdurerait tout au long de la premi&#232;re moiti&#233; de notre vie. En revanche, durant la seconde, nous lib&#233;rerions l'expression de notre f&#233;minit&#233; ou masculinit&#233; refoul&#233;e. Il n'y aurait pas inversion des r&#244;les mais meilleur &#233;quilibre entre l'expression de notre moi r&#233;el et la pression des st&#233;r&#233;otypes sociaux. Nous accepterions mieux en quelque sorte ce que nous sommes. La cons&#233;quence serait une diminution de la distance entre la personnalit&#233; masculine et la personnalit&#233; f&#233;minine, ce qu'il est convenu d'appeler le ph&#233;nom&#232;ne d'&lt;i&gt;androgynie&lt;/i&gt;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt; &lt;p&gt;L'existence d'une tendance &#224; l'androgynie chez l'&#226;g&#233; a fait l'objet de recherches empiriques [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Haan et al., 1986 ; Livson, 1981' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;] et de d&#233;bats. Il appara&#238;t que les personnes &#226;g&#233;es se d&#233;crivent entre elles (hommes et femmes) de fa&#231;on beaucoup plus similaire [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Turner, 1982' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;] que les jeunes. Les diff&#233;rences semblent donc s'estomper entre les sexes. Il faut malgr&#233; tout souligner que ce ph&#233;nom&#232;ne s'exprime au niveau des repr&#233;sentations et beaucoup moins au niveau des comportements pour lesquels les diff&#233;rences sexuelles demeurent importantes. Il appara&#238;t malgr&#233; tout une ind&#233;niable confirmation de l'id&#233;e de Jung.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En conclusion, le mod&#232;le de Jung d&#233;crit le d&#233;veloppement de la personnalit&#233; comme un ph&#233;nom&#232;ne se d&#233;roulant sur toute la vie. Plus pr&#233;cis&#233;ment, il semble identifier deux stades qualitativement diff&#233;rents. Le jeune adulte serait plus extraverti et conformiste par rapport aux st&#233;r&#233;otypes sociaux relatifs &#224; son sexe. En revanche, l'adulte &#226;g&#233; serait plus introverti et aurait tendance &#224; l'androgynie au niveau de ses repr&#233;sentations&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Haan et al., 1986 ; Livson, 1981&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Turner, 1982&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La psychologie analytique</title>
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		<description>Jung pensait aussi que les pr&#233;dispositions irrationnelles de l'analyste lui-m&#234;me jouaient un r&#244;le significatif dans le traitement psychoth&#233;rapique. Son int&#233;r&#234;t pour l'importance de la propre n&#233;vrose de l'analyste a peut-&#234;tre commenc&#233; avec sa d&#233;couverte des limites de Freud ; en 1912, il aboutit &#224; la conclusion que l'auto-analyse &#233;tait impossible, et que tout analyste devait donc subir une analyse personnelle. Du point de vue de la psychanalyse orthodoxe, Jung n'avait sembl&#233; &#171; rien d'autre qu'une sorte de (...)

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&lt;a href="http://www.passereve.com/spip/spip.php?rubrique3" rel="directory"&gt;C. G. Jung, le &#171; prince h&#233;ritier &#187;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Jung pensait aussi que les pr&#233;dispositions irrationnelles de l'analyste lui-m&#234;me jouaient un r&#244;le significatif dans le traitement psychoth&#233;rapique. Son int&#233;r&#234;t pour l'importance de la propre n&#233;vrose de l'analyste a peut-&#234;tre commenc&#233; avec sa d&#233;couverte des limites de Freud ; en 1912, il aboutit &#224; la conclusion que l'auto-analyse &#233;tait impossible, et que tout analyste devait donc subir une analyse personnelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Du point de vue de la psychanalyse orthodoxe, Jung n'avait sembl&#233; &#171; rien d'autre qu'une sorte de pr&#233;freudien d'abord entra&#238;n&#233; dans le courant de la pens&#233;e psychanalytique et qui, ensuite, n'avait cess&#233; de faire la paix avec la psychologie consciente. &#187;
Le danger qui mena&#231;ait la position de Freud &#233;tait que &#171; Jung n'utilis&#226;t la terminologie freudienne pour la d&#233;tourner de sa signification originelle, et n'embobin&#226;t le lecteur non avis&#233; &#187;. Il manquait aux &#233;crits de Jung la clart&#233; exceptionnelle de la prose freudienne. En 1914, celui-ci &#233;crivit : &#171; La modification introduite par Jung [&#8230;] a [&#8230;] rompu les liens qui existent entre les ph&#233;nom&#232;nes et la vie instinctive ; elle est d'ailleurs, et c'est ce qu'ont d&#233;j&#224; relev&#233; ses critiques (Abraham, Ferenczi, Jones), tellement confuse, obscure, embrouill&#233;e, qu'il n'est pas facile de savoir quelle attitude on doit adopter &#224; son &#233;gard. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quoiqu'il en soit, Freud fut frapp&#233; par un concept de Jung &#8212; le &#171; &lt;i&gt;complexe&lt;/i&gt; &#187; &#8212; puisqu'il &#233;tait int&#233;gr&#233; depuis si longtemps au vocabulaire de la psychanalyse. Le commentateur de l'&#233;dition anglaise de Freud, James Strachey, fit remonter &#224; 1906 &#171; les d&#233;buts dans les &#233;crits de Freud, du terme zurichois de &#8220;complexe&#8221; &#187;.
Pendant un certain temps, en 1912, Freud qui se d&#233;gageait d&#233;j&#224; de Jung, tenta de pr&#233;tendre que le terme &#233;tait superflu en psychanalyse, mais c'&#233;tait d&#233;j&#224; trop tard. Par la suite, Jones essaya de priver Jung de la paternit&#233; du terme en &#233;voquant un psychiatre berlinois &#171; qui avait un droit de propri&#233;t&#233; sur le mot &#8220;complexe&#8221; cr&#233;&#233; par lui [&#8230;] &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Auparavant, la psychanalyse se polarisait sur les conflits. Depuis la mort de Freud, les auteurs d'ouvrages psychanalytiques se sont davantage int&#233;ress&#233;s aux zones &#171; d&#233;nu&#233;es de conflits &#187; de la psych&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jung m&#233;prisait autant le travail d'Heinz Hartmann sur le moi &#8220;autonome&#8221; qu'il &#233;tait convaincu de l'inutile n&#233;gativit&#233; des concepts de Freud. Pour Jung, la psychanalyse orthodoxe ne demeurait qu'un r&#233;cit h&#233;doniste du dilemme humain. Malgr&#233; toutes les diff&#233;rences entre sa propre position et celle d'Adler, Jung aurait pu marquer son accord &#224; l'id&#233;e que &#171; la th&#233;orie de l'&#339;dipe universalise les exp&#233;riences d&#233;cevantes de l'enfant choy&#233;, comme celle de la libido universalise sa propension &#224; rechercher le plaisir. &#187;
Et, comme Adler, &lt;a name=&quot;direct&quot;&gt;&lt;/a&gt;Jung voulait se d&#233;gager de l'int&#233;r&#234;t exclusif de Freud pour les causes tir&#233;es du pass&#233; : &#171; Aucun fait psychologique ne peut jamais &#234;tre expliqu&#233; de mani&#232;re exhaustive en seuls termes de causalit&#233; ; en tant que ph&#233;nom&#232;ne vivant, il est toujours indissolublement rattach&#233; &#224; la continuit&#233; d'un processus vital, de sorte qu'il s'agit de quelque chose qui non seulement a &#233;volu&#233;, mais est aussi cr&#233;atif et en continuelle &#233;volution &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t de Freud pour la condition de conflit interne propre &#224; l'homme, son empathie &#224; l'&#233;gard de la souffrance, son jugement sur l'in&#233;luctable trag&#233;die, tout cela transpara&#238;t dans le dualisme permanent de ses id&#233;es.
Dans ses premiers &#233;crits, il pensait en termes de pulsions libidinales d'une part, de normes de conscience de l'autre, et, dans ses derni&#232;res ann&#233;es, &#233;mit l'hypoth&#232;se d'un pulsion de vie oppos&#233;e &#224; une pulsion de mort ; malgr&#233; d'occasionnelles allusions &#224; une entit&#233; psychique, c'est le dualisme des &#233;motions de l'homme &#8212; ce que Bleuler avait appel&#233; leur &#171; &lt;i&gt;ambivalence&lt;/i&gt; &#187; &#8212; qui se mit &#224; int&#233;resser principalement Freud.
Jones rapporte : &#171; Je rappellerai ici ce que dit un jour Freud &#224; Jung, &#224; savoir que s'il devait jamais &#234;tre atteint d'une n&#233;vrose, elle serait de type professionnel. Ce qui signifie [&#8230;] une profonde ambivalence entre l'amour et la haine [&#8230;] &#187;. Jones savait qu'il y avait en Freud &#171; une d&#233;termination presque obsessionnelle &#224; se cantonner &#224; deux esp&#232;ces d'instincts seulement &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jung s'&#233;carta de la th&#233;orie de Freud en &#233;mettant l'hypoth&#232;se que la libido &#233;tait une force psychologique d'une port&#233;e beaucoup plus &#233;tendue que ne l'avait augur&#233; Freud. La th&#233;orie de la libido de Freud pr&#244;nait que la sublimation r&#233;sultait d'un r&#233;fr&#232;nement de la sexualit&#233;. Pour Jung, &#224; ne voir la cr&#233;ativit&#233; que comme l'effet du d&#233;ni d'autres capacit&#233;s humaines, Freud ne faisait qu'exprimer ses inhibitions sexuelles.
Le point de vue de Freud sur la libido &#233;tait plus exclusivement sexuel, quoique, pour lui, le sexe ait toujours englob&#233; les &#233;motions rattach&#233;es &#224; la sexualit&#233; infantile. Jung lui objectait : &#171; L'id&#233;e que Freud se fait de la sexualit&#233; est incroyablement &#233;lastique et si vague que l'on peut y inclure presque n'importe quoi &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans l'esprit de Freud, la libido &#233;tait, pour les hommes comme pour les femmes, de caract&#232;re intrins&#232;quement masculin ; et il se servait de termes militaires pour d&#233;crire le d&#233;veloppement des stades libidinaux &#8212; parlant d'esprit qui abandonnait des troupes pr&#232;s de diverses forteresses le long du chemin de la croissance, par exemple.
Il essayait d'&#233;tablir qu'il n'&#233;tait pas jusqu'&#224; l'&#233;go&#239;sme qui ne f&#251;t un probl&#232;me libidinal, et son essai &quot;&lt;i&gt;Pour introduire le narcissisme&lt;/i&gt;&quot; avait pour but de fonder l'autre branche de l'alternative, face &#224; la libido asexu&#233;e de Jung (comme &#224; la notion adl&#233;rienne de protestation virile). Mais Freud fit entrer tant de choses dans son concept de narcissisme que, pour le lecteur actuel, il peut &#234;tre difficile de comprendre en quoi il diff&#232;re r&#233;ellement du monisme dont il accusait Jung.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais les perspectives que finirent par repr&#233;senter Freud et Jung abritaient un conflit in&#233;luctable. Freud, par exemple, consid&#233;rait avec une immense m&#233;fiance la capacit&#233; de r&#233;gression chez l'homme ; Jung, quant &#224; lui, penchant &#224; voir dans l'irrationnel une composante profonde de la vision humaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il arrivait &#224; Freud de parler en termes romantiques, et il fit un jour l'&#233;loge d'une nouvelle &#233;crite par un patient en disant : &#171; Eh bien, ce que fait l'inconscient, d'habitude il le fait bien &#187;. Mais dans l'ensemble, son travail de th&#233;rapeute et son propre temp&#233;rament rationaliste l'amen&#232;rent &#224; se m&#233;fier de ce que l'on ne pouvait expliquer rationnellement et, en ce qui concerne ses patients ou sa propre vie, il &#233;tait circonspect &#224; l'&#233;gard d'apparentes d&#233;faillances de maturit&#233; ou de ma&#238;trise de soi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jung rapporta que Freud lui avait dit un jour : &#171; Je me demande seulement ce que feront les n&#233;vros&#233;s &#224; l'avenir, quand tous leurs symboles seront d&#233;masqu&#233;s. Il sera impossible alors de souffrir de n&#233;vrose &#187;. &#171; Il attendait tout de la lumi&#232;re faite &#187;. Selon le point de vue d&#233;velopp&#233; par Jung en 1934 : &#171; Nous ne devrions pas tenter de nous d&#233;barrasser d'une n&#233;vrose, mais bien plut&#244;t de voir ce qu'elle signifie, ce qu'elle a &#224; nous enseigner, quel est son but. Une n&#233;vrose n'est v&#233;ritablement supprim&#233;e que lorsqu'elle a supprim&#233; les fausses attitudes du moi. Nous ne la gu&#233;rissons pas ; c'est elle qui nous soigne. Un homme est malade, mais la maladie est la tentative de la nature pour le gu&#233;rir &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jung pensait que &#171; l'esprit conscient est encore plus d&#233;moniaque et pervers que l'inconscient avec son naturel &#187;, et il repoussait &#171; la supposition totalement erron&#233;e que l'inconscient soit un monstre &#187;.
Pour lui, les r&#233;gressions pouvaient avoir des fonctions positives et pas uniquement n&#233;vrotiques ; cette perspective allait finir par s'int&#233;grer aux travaux des psychanalystes orthodoxes, &#224; travers les &#233;crits d'Ernst Kris notamment. Un analyste plus r&#233;cent, Ronald D. Laing, ira jusqu'&#224; souligner les aspects positifs de la psychose elle-m&#234;me, et &#224; montrer comment le malade mental peut avoir une perception plus fine que les gens dits sains d'esprit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La diff&#233;rence entre l'attitude de Jung et celle de Freud quant &#224; la r&#233;gression s'&#233;tendit &#224; leur conception de la fonction de l'inconscient m&#234;me. Pour Freud, l'inconscient &#233;tait originellement r&#233;gressif ; lorsque Jung contesta ce point de vue, Freud estima qu'il se refusait donc &#224; accepter le concept d'inconscient tout court.
Mais il &#233;tait &#233;galement possible de dire que Jung n'avait qu'une conception diff&#233;rente de l'inconscient ; il pla&#231;ait plus haut ses potentialit&#233;s cr&#233;atrices et voyait, dans l'inconnu, au moins autant de forces de vie que de forces de mort.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La diff&#233;rence entre les points de vue de Freud et de Jung sur l'inconscient se refl&#232;te dans le contraste de leurs attitudes par rapport au fantasme.
Freud avait estim&#233; pouvoir &#171; poser qu'une personne heureuse ne fantasme jamais, seule une personne insatisfaite fantasme &#187;. Jung au contraire &#233;crivait : &#171; Je suis loin d'avoir une pi&#232;tre opinion du fantasme. Pour moi, c'est la face maternelle cr&#233;atrice de l'homme [&#8230;] Comme le dit Schiller, l'homme n'est compl&#232;tement humain que lorsqu'il joue &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jung soutenait qu'&#171; entre le conscient et l'inconscient, il existe une relation compensatoire [&#8230;] l'inconscient essaye toujours de compl&#233;ter la part consciente de la psych&#233; en lui ajoutant des parties manquantes, et tente ainsi de pr&#233;venir une dangereuse rupture d'&#233;quilibre &#187;. Aussi, pour lui, la psych&#233; &#233;tait-elle &#171; un syst&#232;me autor&#233;gulateur qui maintient son &#233;quilibre tout comme le corps [&#8230;] Un d&#233;ficit d'un c&#244;t&#233; se traduit par un exc&#232;s de l'autre. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jung sentit la m&#233;fiance de Freud &#224; l'&#233;gard de l'inconscient dans sa th&#233;orie des r&#234;ves. Freud pensait qu'il &#171; serait absolument incorrect d'assigner un quelconque travail &#8220;&lt;i&gt;cr&#233;ateur&lt;/i&gt;&#8221; au travail mental du r&#234;ve &#187;. L'exp&#233;rience de Jung le conduisait &#224; &#171; tenir les [&#8230;] r&#234;ves pour des fonctions compensatrices &#187; et non comme l'accomplissement d'un d&#233;sir. La notion d'accomplissement d'un d&#233;sir soulignait la gratification obtenue lorsque se lib&#232;rent les pulsions instinctuelles, la compensation impliquant qu'&#224; travers le r&#234;ve le patient pourrait &#234;tre en qu&#234;te d'une ligne de direction &#233;thique.
Selon Jung, Freud &#171; aussi assigne un r&#244;le compensatoire aux r&#234;ves, dans la mesure o&#249; ils pr&#233;servent le sommeil. &#187; Jung rejetait la distinction de Freud entre contenu manifeste et contenu latent des r&#234;ves, soutenant que le premier &#8212; celui qui n'apparaissait &#224; Freud que comme la surface du r&#234;ve &#8212;, renfermait tout autant le message du r&#234;ve : &#171; Je n'ai jamais pu adh&#233;rer &#224; l'opinion de Freud, pour qui le r&#234;ve est une &#8220;&lt;i&gt;fa&#231;ade&lt;/i&gt;&#8221; qui camoufle sa signification &#8212; une signification d&#233;j&#224; connue mais m&#233;chamment retenue, pour ainsi dire, en dehors de la conscience. Pour moi, les r&#234;ves participent de la nature qui ne rec&#232;le nulle intention de tromper, mais exprime quelque chose de son mieux, exactement comme une plante pousse ou un animal cherche sa nourriture du mieux qu'il peut [&#8230;] Lorsque Freud affirme que le r&#234;ve signifie autre chose que ce qu'il dit, cette interpr&#233;tation est en fait une &#8220;&lt;i&gt;pol&#233;mique&lt;/i&gt;&#8221; contre la repr&#233;sentation naturelle et spontan&#233;e du r&#234;ve ; aussi est-elle nulle et non avenue &#187;. Jung pensait que &#171; les r&#234;ves peuvent renfermer des v&#233;rit&#233;s in&#233;luctables, des d&#233;clarations philosophiques, des allusions, de violents fantasmes, des souvenirs, des projets, des anticipations, des exp&#233;riences irrationnelles, voire des visions t&#233;l&#233;pathiques, et Dieu sait quoi d'autre encore &#187;.
Alphonse Maeder, l'un des coll&#232;gues suisses de Jung, aborda le probl&#232;me de la &#171; tendance prospective des r&#234;ves &#187; qui, comme la notion adl&#233;rienne d'&#233;l&#233;ments masculins et f&#233;minins dans les r&#234;ves, repr&#233;sentait une d&#233;viation par rapport &#224; la premi&#232;re th&#233;orie freudienne de l'accomplissement de d&#233;sir. Freud estima devoir r&#233;futer l'utilit&#233; des th&#233;ories rivales sur les r&#234;ves. Attribuant &#224; ces soi-disant &#8220;&lt;i&gt;d&#233;couvertes&lt;/i&gt;&#8221; une pr&#233;tention d'universalit&#233; (ce que Jung avait pris soin de ne pas faire), il tenta de les r&#233;futer : &#171; Je mentionne toutes ces d&#233;couvertes de nouveaux caract&#232;res g&#233;n&#233;raux des r&#234;ves afin de vous mettre en garde contre elles ou, tout au moins, afin de ne pas vous laisser le moindre doute quant &#224; mon opinion &#224; leur sujet &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jung apporta au moins une innovation g&#233;n&#233;ralement accept&#233;e par les analystes d'aujourd'hui dans la psychologie du r&#234;ve ; &#224; savoir sa suggestion que l'on peut interpr&#233;ter les personnages des r&#234;ves comme repr&#233;sentant des aspects du moi propre du r&#234;veur. Un homme qui r&#234;ve d'une fille tr&#232;s triste exprime peut-&#234;tre sa propre tristesse ; et il &#233;tait typique de Jung de croire qu'un homme puisse avoir perdu le contact avec sa f&#233;minit&#233; (&#8220;&lt;i&gt;anima&lt;/i&gt;&#8221;), tout comme beaucoup de femmes souffrent d'avoir insuffisamment acc&#232;s &#224; leur face masculine (&#8220;&lt;i&gt;animus&lt;/i&gt;&#8221;). &#171; En l'homme, l'inconscient poss&#232;de des traits f&#233;minins, chez les femmes, des traits masculins [&#8230;] &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour Freud, les personnages du r&#234;ve repr&#233;sentaient, une fois interpr&#233;t&#233;s dans leurs significations latentes, des personnes de la vie pass&#233;e du r&#234;veur. Si aujourd'hui, de nombreux psychanalystes seraient d'accord avec Jung et parleraient m&#234;me, comme Erikson de symboles du moi dans l'onirisme, Freud rejetait avec intransigeance cet aspect de ce qu'il jugeait &#234;tre la voie erron&#233;e de Jung : &#171; Je devrais rejeter comme sp&#233;culation d&#233;nu&#233;e de sens et injustifiable l'id&#233;e que &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt; les personnages qui apparaissent dans un r&#234;ve doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des fragments et des repr&#233;sentations du moi propre du r&#234;veur. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'insistance de Jung sur la n&#233;cessit&#233; de comprendre la &#171; &lt;i&gt;t&#226;che vitale&lt;/i&gt; &#187; du r&#234;veur, et son int&#233;r&#234;t pour les conflits actuels (plut&#244;t que ceux cach&#233;s ou d&#233;guis&#233;s) de ses patients, d&#233;coulait peut-&#234;tre d'une particularit&#233; originale de sa pratique clinique. Car, si &#171; l'un des principes essentiels de la psychoth&#233;rapie jungienne &#187; devint de &#171; ramener le patient &#224; la r&#233;alit&#233; &#187;, au lieu d'encourager, &#224; l'instar de Freud, un d&#233;tour par le pass&#233; pour comprendre le pr&#233;sent, cela tenait &#224; ce que Jung, bien plus que Freud, &#233;tait en contact avec les malades mentaux les plus gravement atteints.
Freud consid&#233;rait comme acquis que ses patients poss&#233;daient un moi plus ou moins indemne, alors que des patients plus perturb&#233;s projettent tr&#232;s souvent sur d'autres des parts d'eux-m&#234;mes. De par sa position &#224; l'h&#244;pital en Suisse, Jung avait observ&#233; des cas que Freud n'aurait pas eu l'occasion d'examiner ; et Jung &#233;tait plus tol&#233;rant envers la psychose que Freud n'en fut jamais capable. Durant ses premi&#232;res ann&#233;es de travail, Jung traita des cas de psychose et la schizophr&#233;nie le fascinait davantage que les n&#233;vroses obsessionnelles. Jung se d&#233;fendait moins que Freud par rapport &#224; la psychose, et ceci explique peut-&#234;tre maints aspects de leurs divergences. Face &#224; une personne atteinte de schizophr&#233;nie, l'analyste ne peut pas compter sur le sens de la r&#233;alit&#233; quotidienne du patient, et peut avoir &#224; intervenir pour assurer l'accomplissement des t&#226;ches journali&#232;res les plus usuelles (se laver, s'habiller, etc.).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En outre, ceux qui ont travaill&#233; avec des malades mentaux graves sont plus sensibles &#224; l'&#233;ventuelle apparition de troubles biochimiques, et donc moins dispos&#233;s &#224; respecter la comp&#233;tence particuli&#232;re du m&#233;decin dans le champ de la psychoth&#233;rapie. Sans &#234;tre oppos&#233; &#224; la pratique de l'analyse profane, Jung fut amen&#233; &#224; pr&#233;tendre, du fait de sa crainte de psychoses latentes chez les patients :&#171; L'analyste devrait [&#8230;] toujours travailler avec un m&#233;decin. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du temps o&#249; il faisait toujours partie du cercle de Freud, Jung accepta son image de l'analyste, chirurgien du mental, et en 1913 il &#233;crivit : &#171; Je me mentirais &#224; moi-m&#234;me si je disais &#234;tre un praticien. Je suis avant tout un chercheur. &#187; Mais en 1942, il pensait que &#171; l'important, ce n'est pas la n&#233;vrose, mais l'homme qui en est afflig&#233;. Nous devons entreprendre un travail sur l'&#234;tre humain, et devons &#234;tre &#224; m&#234;me de lui rendre justice en tant qu'&#234;tre humain. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Freud marqua &#224; plusieurs reprises son d&#233;saccord avec ceux qui s'int&#233;ressaient au plus haut point aux cas de psychose. C'est sous l'influence de son association avec Jung qu'il r&#233;digea un rapport du cas Schreber (un psychotique), m&#234;me s'il travailla sur un recueil de m&#233;moires plut&#244;t que sur un mat&#233;riel clinique de son cru. Freud s'attendait &#224; ce que cet essai lui vaille &#171; soit des rires m&#233;prisants, soit l'immortalit&#233;, soit les deux. &#187;
Selon certains avis, la &#171; contribution la plus vitale de Jung &#224; la psychanalyse fut de relever que &#171; Freud avait omis de distinguer les ph&#233;nom&#232;nes n&#233;vrotiques des ph&#233;nom&#232;nes psychotiques dans le cas Schreber. &#187; Freud reconnu les &#171; frappantes explications de tr&#232;s obscurs sympt&#244;mes observ&#233;s dans la d&#233;mence pr&#233;coce, explications publi&#233;es par Jung ajouta-t-il, &#171; toutefois &#224; l'&#233;poque o&#249; cet auteur n'&#233;tait encore que psychanalyste et ne pr&#233;tendait pas au r&#244;le de proph&#232;te [&#8230;] &#187;
Lui-m&#234;me pourtant arborait aussi un c&#244;t&#233; proph&#233;tique, comme le montre sa d&#233;nonciation de la croyance religieuse et sa critique de la morale religieuse traditionnelle. Mais dans les expos&#233;s actuels de la psychologie des profondeurs on a trop souvent pass&#233; sous silence les grandes r&#233;ussites th&#233;rapeutiques pratiques de Jung.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les premi&#232;res exp&#233;riences de Jung et son int&#233;r&#234;t pour la compr&#233;hension de la psychose allaient, paradoxalement, avec sa fascination du supranormal, du g&#233;nie. Le th&#232;me du h&#233;ros fut central dans la pens&#233;e de Jung, et afin d'enrichir son intelligence de la mythologie, il se tourna vers l'&#233;tude compar&#233;e des religions.
En 1912, Freud pensait que Jung avait &#171; d'excellentes raisons d'affirmer que les forces mythopo&#239;&#233;tiques de l'humanit&#233; ne sont pas &#233;teintes, mais jusqu'&#224; ce jour donnent naissance, dans les n&#233;vroses, aux m&#234;mes produits psychiques qu'aux &#226;ges les plus recul&#233;s du pass&#233;. &#187;
Mais en 1914, Freud se plaignit de ce que dans les nouvelles th&#233;ories de Jung, &#171; on renon&#231;ait &#224; l'exploration individuelle et on cherchait &#224; formuler des conclusions d'apr&#232;s les donn&#233;es fournies par l'exploration ethnologique. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors que dans &lt;i&gt;Totem et tabou&lt;/i&gt;, Freud utilisait la pr&#233;histoire pour r&#233;affirmer toute l'importance du complexe d'&#339;dipe, Jung trouva dans l'ethnologie mati&#232;re &#224; utiliser la religion, le symbolisme et la mythologie des peuples sans &#233;criture pour promouvoir ses propres int&#233;r&#234;ts.
Dans les ann&#233;es suivantes, il rendit visite aux Indiens du sud-ouest am&#233;ricain et fit des voyages en Inde, en &#201;gypte, en Am&#233;rique du nord et au Sahara, pour parfaire sa connaissance de l'homme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour s'en tenir &#224; l'orientation religieuse de Jung, il voyait &#171; la vie comme une succession de m&#233;tamorphoses, la m&#233;tamorphose centrale &#233;tant le tournant de la vie aux environs de trente-cinq ans. &#187;
Au cours des m&#233;tamorphoses de l'individu, c'est la seconde moiti&#233; de la vie, soutenait-il, qui, pour l'&#233;lite hors du commun, &#233;tait &#171; une p&#233;riode de confrontation avec l'arch&#233;type de l'esprit et du soi. &#187; Le concept jungien d'arch&#233;type &#171; n'a rien &#224; voir avec des id&#233;es h&#233;r&#233;ditaires, mais bien avec des modes de comportement. &#187; Freud avait op&#233;r&#233; &#224; la base une distinction entre l'enfance et l'&#226;ge adulte, interpr&#233;tant ce dernier en fonction des caract&#233;ristiques sp&#233;cifiques de la pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Contrairement &#224; Freud qui s'&#233;tait montr&#233; tr&#232;s r&#233;ticent &#224; analyser des patients &#226;g&#233;s, Jung s'int&#233;ressa tout sp&#233;cialement &#224; leurs probl&#232;mes. Les difficult&#233;s des gens &#226;g&#233;s &#233;taient diff&#233;rentes de celles des jeunes ; ils &#233;taient moins pr&#233;occup&#233;s des vicissitudes de la sexualit&#233; et davantage du sens des choses. [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='cf Le vieillissement de la personnalit&#233; selon Jung' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En abordant les attitudes fondamentales d'une personne envers l'existence, Jung avait r&#233;int&#233;gr&#233; le royaume religieux que Freud avait essay&#233; de supplanter. Celui-ci conc&#233;da &#224; Jung la l&#233;gitimit&#233; de sa direction de pens&#233;e, tout au moins par son allusion au &#171; fantasme d'une seconde naissance, sur lequel Jung a r&#233;cemment attir&#233; l'attention en lui attribuant une importance pr&#233;dominante dans la vie imaginaire des n&#233;vros&#233;s &#187;. Mais, ajoutait-il d'un ton critique, &#171; tout ceci serait bien si le r&#233;cit &#233;tait complet &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un demi-si&#232;cle plus tard, cependant, les analystes traitent non seulement des patients plus &#226;g&#233;s que ceux que Freud consid&#233;rait comme accessibles &#224; l'influence th&#233;rapeutique, mais suivent aussi (sans toujours le savoir) le sillage de Jung en abordant la psychologie &#224; d'autres stades de la vie que ceux qui int&#233;ressaient sp&#233;cifiquement Freud.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En pleine qu&#234;te philosophique, Jung devait &#233;videmment se retrouver en d&#233;saccord avec Freud. Il soutenait que le th&#233;rapeute doit &#234;tre pr&#233;par&#233; &#224; rencontrer le patient &#224; tous les niveaux, y compris celui de la morale. Tout conformiste qu'il f&#251;t, sous bien des rapports dans la vie quotidienne, Freud &#233;tait cynique &#224; propos de la morale traditionnelle ; en 1921 encore, il pr&#233;tendait : &#171; Nous avons dit, il y a longtemps, que c'est l'&lt;i&gt;&#8220;angoisse sociale&#8221;&lt;/i&gt; qui forme le noyau de ce qu'on appelle la conscience morale &#187;. Il croyait que nous ma&#238;trisions nos pulsions instinctuelles inconscientes, &#171; o&#249; sont emmagasin&#233;s les germes de tout de qu'il y a de mauvais dans l'&#226;me humaine &#187;, par peur du monde ext&#233;rieur. En 1930, il donna sa version la plus vaste des origines de la conscience dans &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt; ; mais auparavant, il avait rejet&#233; l'id&#233;e d'un &#171; instinct de perfection &#224; l'&#339;uvre chez les &#234;tres humains &#187; en la qualifiant de &#171; bienveillante illusion &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jung essayait de s'attaquer directement aux dimensions philosophiques de la psychologie des profondeurs, et &#233;tait plus dispos&#233; que Freud &#224; aborder les implications de ces id&#233;es dans une conception moderne de l'individualisme. Chacun, pensait Jung a une &lt;i&gt;persona&lt;/i&gt;, une mani&#232;re de se pr&#233;senter au monde ext&#233;rieur. Mais du point de vue de Jung, il arrive que ce que l'on consid&#232;re comme une personnalit&#233; bien adapt&#233;e ne soit qu'un masque. Pour qu'un patient brise le masque qu'il s'est fabriqu&#233; &#224; seule fin de plaire &#224; d'autres, Jung pensait qu'il devait entrer en contact avec son &lt;i&gt;ombre&lt;/i&gt; qui se cache derri&#232;re la &lt;i&gt;persona&lt;/i&gt;. Par &lt;i&gt;ombre&lt;/i&gt;, il &#171; entendait face &#8220;n&#233;gative&#8221; de la personnalit&#233;, la somme de tous les attributs d&#233;plaisants que nous aimons cacher, de m&#234;me que les fonctions insuffisamment d&#233;velopp&#233;es et la contenus de l'inconscient personnel &#187;.
Dans ses concepts de &lt;i&gt;persona&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;d'ombre&lt;/i&gt;, Jung poussait &#224; nouveau plus loin que ne le voulait Freud un aspect de l'&#339;uvre m&#234;me de celui-ci. Sans utiliser la terminologie jungienne, Donald Winnicott d&#233;signait des entit&#233;s philosophiques (autant que cliniques) semblables lorsqu'il distinguait le &lt;i&gt;vrai&lt;/i&gt; du &lt;i&gt;faux moi&lt;/i&gt;, ce dernier &#233;tant b&#226;ti &#171; sur les r&#233;actions &#224; des stimuli ext&#233;rieurs &#187;. La fonction d&#233;fensive de &lt;i&gt;faux moi&lt;/i&gt;, pensait Winnicott, &#171; est de cacher et de prot&#233;ger le vrai moi, quel qu'il soit &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jung pensait aussi que les pr&#233;dispositions irrationnelles de l'analyste lui-m&#234;me jouaient un r&#244;le significatif dans le traitement psychoth&#233;rapique. Son int&#233;r&#234;t pour l'importance de la propre n&#233;vrose de l'analyste a peut-&#234;tre commenc&#233; avec sa d&#233;couverte des limites de Freud ; en 1912, il aboutit &#224; la conclusion que l'auto-analyse &#233;tait impossible, et que tout analyste devait donc subir une analyse personnelle. En 1912, Jung dit : &#171; Il est absolument impossible, f&#251;t-ce par l'analyse la plus subtile, d'emp&#234;cher le patient de reprendre instinctivement &#224; son compte la fa&#231;on dont l'analyste s'attaque aux probl&#232;mes de la vie &#187; ; afin d'&#233;viter &#171; les demandes infantiles inavou&#233;es de l'analyste &#187; qui &#171; s'identifie aux demandes parall&#232;les du patient &#187;, l'analyste devrait &#171; se soumettre &#224; une rigoureuse analyse entre les mains d'un autre &#187;.
La m&#234;me ann&#233;e, Freud &#233;crivit : &#171; C'est, &#224; mon avis, l'un des grands services que nous a rendu l'&#233;cole de Zurich, que d'avoir fait ressortir la n&#233;cessit&#233; pour toute personne voulant pratiquer l'analyse de se soumettre auparavant elle-m&#234;me &#224; cette &#233;preuve chez un analyste qualifi&#233;. &#187; Ce n'est qu'en 1918 que Freud encouragea l'un de ses &#233;l&#232;ves, Herman Nunberg, &#224; introduire &#224; titre de proposition la r&#232;gle que chaque analyste soit analys&#233; ; la motion fut finalement adopt&#233;e en 1926 comme politique officielle de l'Association Internationale de Psychanalyse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus que Freud cependant, Jung consid&#233;rait &#171; la personnalit&#233; du m&#233;decin &#187; comme &#171; le grand facteur de gu&#233;rison en th&#233;rapie &#187;. En 1934, il exprima sa d&#233;sapprobation par rapport &#224; une rigidit&#233; artificielle de la technique th&#233;rapeutique, &#224; propos de l'analyse des analyste ; il &#233;crivit : &#171; Si Freud appuya cette exigence, c'est &#233;videmment parce qu'il ne pouvait se d&#233;faire de la conviction que le patient serait confront&#233; &#224; un m&#233;decin et non &#224; une technique. Il est certainement tr&#232;s louable qu'un m&#233;decin essaye d'&#234;tre aussi objectif et impersonnel que possible, et se garde d'intervenir dans la psychologie de son patient tel un sauveur d&#233;ployant trop de z&#232;le. Mais si cette attitude porte &#224; d'artificielles longueurs, elle a des cons&#233;quences malheureuses. Le m&#233;decin d&#233;couvrira qu'il ne peut impun&#233;ment outrepasser les bornes du naturel. Autrement, il offrirait un mauvais exemple au patient qui n'est certainement pas tomb&#233; malade d'un exc&#232;s de naturel. En outre, ce serait dangereusement sous-estimer les patients que de se figurer qu'ils sont tous trop stupides pour remarquer les artifices du m&#233;decin, ses mesures de s&#233;curit&#233; et son petit jeu de prestige. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par l'int&#233;r&#234;t tr&#232;s ancien qu'il accordait aux interf&#233;rences entre l'inconscient de l'analyste et les progr&#232;s de ses patients, la technique th&#233;rapeutique de Jung se distinguait nettement de l'id&#233;al freudien plus antiseptique et fait de conseils &#233;crits de technique analytique. Comme il l'&#233;crivit en 1935, &#224; propos de la r&#233;action d'un analyste &#224; son patient (en termes que l'on peut imaginer remportant l'adh&#233;sion de Freud) : &#171; Si j'ai le moindre d&#233;sir de traiter psychologiquement un autre individu, je dois, pour le meilleur ou pour le pire, abandonner toute pr&#233;tention &#224; un savoir sup&#233;rieur, toute autorit&#233; et tout d&#233;sir d'influencer. Je dois &#224; toute force adopter une proc&#233;dure dialectique consistant &#224; comparer nos d&#233;couvertes mutuelles. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le psychoth&#233;rapeute ne devrait plus &#339;uvrer dans l'illusion que le traitement de la n&#233;vrose n'exige rien de plus qu'un savoir ou une technique ; il devrait &#234;tre absolument clair dans son esprit que le traitement psychologique du malade est une &lt;i&gt;relation&lt;/i&gt; qui engage le m&#233;decin tout autant que le patient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour Jung, la m&#233;thode de traitement de Freud semblait encourager le d&#233;sir n&#233;vrotique de retourner au pass&#233;, ce que Jung consid&#233;rait comme une &#233;vasion du pr&#233;sent : &#171; Il est, en pratique, extr&#234;mement diff&#233;rent d'interpr&#233;ter quelque chose de mani&#232;re r&#233;gressive ou progressive. &#187; Jung pensait &#171; M&#234;me aujourd'hui, il importe peu que l'opinion pr&#233;vale partout que l'analyse consiste principalement &#224; &#8220;&lt;i&gt;d&#233;terrer&lt;/i&gt;&#8221; un complexe de la premi&#232;re enfance afin d'arracher le mal &#224; la racine. Ce ne sont que les suites de la vieille th&#233;orie du traumatisme de la naissance. &#187; Il consid&#233;rait que nous ne pouvons simplement extraire cette morbidit&#233; [du patient] comme un corps &#233;tranger, &#224; moins de supprimer aussi quelque chose d'essentiel et destin&#233; &#224; vivre. Cette chose qui cro&#238;t, notre t&#226;che n'est pas de la fl&#233;trir mais de la cultiver et de la transformer pour qu'elle puisse jouer son r&#244;le dans la totalit&#233; de la psych&#233;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Freud &#233;mit l'objection que la d&#233;marche de Jung repr&#233;sentait, comme autrefois celle d'Adler, une r&#233;gression scientifique, &#171; en se h&#226;tant de revenir au conflit actuel dans lequel [&#8230;] ce qui est accidentel et personnel dispara&#238;t, pour faire place &#224; l'&#233;l&#233;ment g&#233;n&#233;rique, essentiel : le non-accomplissement de la t&#226;che vitale &#187;. La conception qu'avait Jung du &#8220;&lt;i&gt;conflit actuel&lt;/i&gt;&#8221;, insistait-il toutefois, ne renvoyait pas &#224; la &#171; mesquine vexation du moment &#187; mais &#171; au probl&#232;me de l'adaptation &#187;. Selon Freud : &#171; La premi&#232;re r&#233;alit&#233; avec laquelle le m&#233;decin ait &#224; compter est pr&#233;cis&#233;ment sa maladie. Le m&#233;decin qui s'efforcerait de le d&#233;tourner de cette t&#226;che r&#233;v&#233;lerait son inaptitude &#224; aider le malade et &#224; vaincre ses r&#233;sistances ou prouverait qu'il recule devant les r&#233;sultats possibles de ce travail. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour Freud, la diff&#233;rence de technique de Jung d&#233;coulait de son incapacit&#233; &#224; adopter ce qui &#233;tait alors le cadre psychanalytique agr&#233;&#233;. Il se d&#233;solait car, pour Jung, le complexe d'&#339;dipe a re&#231;u une signification &lt;i&gt;symbolique&lt;/i&gt;, la m&#232;re symbolisant l'inaccessible auquel, dans l'int&#233;r&#234;t de la civilisation on doit renoncer, tandis que le p&#232;re qui, dans le mythe d'&#339;dipe, est victime d'un meurtre, repr&#233;senterait le p&#232;re &lt;i&gt;int&#233;rieur&lt;/i&gt; dont on doit s'&#233;manciper pour gagner ind&#233;pendance et libert&#233;. Freud en venait &#224; conclure que les th&#233;ories d'ind&#233;pendance de Jung trouvaient leur origine biographique dans son besoin d'&#234;tre lib&#233;r&#233; de lui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jung finit par croire que les patients avaient non seulement besoin d'une analyse, mais aussi d'une synth&#232;se ; un domaine o&#249; les doctrines religieuses et philosophiques pouvaient avoir une certaine pertinence. Mais, pour Freud, l'analyse entra&#238;nait automatiquement la synth&#232;se, et il tenait pour acquise l'aptitude du patient &#224; d&#233;cider pour lui-m&#234;me quel genre de vie mener. Du point de vue psychanalytique, &#171; quiconque s'aventure &#224; endoctriner ou &#224; guider ses patients a, &#224; son insu ou non, usurp&#233; les privil&#232;ges d'un ministre du Culte &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De si pr&#232;s qu'il se f&#251;t approch&#233; de la religion traditionnelle, Jung aussi fit marche arri&#232;re comme il l'&#233;crivait en 1935, j'&#171; ai surtout affaire &#224; des gens en qui je ne puis implanter nulle valeur ni conviction&#8230; De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, le pasteur des &#226;mes ne se trouve naturellement pas dans cette position ; il a affaire &#224; des gens qui exigent express&#233;ment qu'on les r&#232;gle spirituellement de haut en bas &#187;. Tout le soin que mit Jung &#224; souligner combien il &#233;tait important d'aider les n&#233;vros&#233;s &#224; r&#233;soudre leur probl&#232;me de la d&#233;couverte d'un sens philosophique ne l'emp&#234;cha de corriger l'exc&#232;s de z&#232;le d'un disciple : &#171; Vous voulez &lt;i&gt;aider&lt;/i&gt;, ce qui empi&#232;te sur la volont&#233; des autres. Votre attitude devrait &#234;tre celle de celui qui offre une occasion que l'on peut saisir ou rejeter &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme Adler, Jung renon&#231;a &#224; l'usage du divan analytique et ne s'en remit pas &#224; la neutralit&#233; de l'analyste pour susciter des transferts. En fait, il n'aurait permis qu'avec r&#233;ticence les r&#233;actions transf&#233;rentielles que Freud consid&#233;rait comme l'essence du traitement analytique. En 1935, Jung se contentait d'un &#171; maximum de quatre consultations par semaine. Au d&#233;but du traitement synth&#233;tique, il est int&#233;ressant de multiplier les consultations. Je les r&#233;duis g&#233;n&#233;ralement ensuite &#224; une ou deux heures par semaine, car le patient doit apprendre &#224; aller son propre chemin &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fid&#232;le &#224; son premier principe selon lequel la psychanalyse n'&#233;tait &#171; qu'un moyen de supprimer les obstacles qui entravent l'&#233;volution&#8230; &#187;, Jung croyait justifi&#233; d'interrompre le traitement toutes les dix semaines, &#224; peu pr&#232;s, afin de replacer&#8230;le patient dans son milieu normal.
Ainsi, il n'est pas ali&#233;n&#233; par rapport &#224; son monde, souffrant r&#233;ellement de sa tendance &#224; vivre aux d&#233;pens d'un autre. Dans une telle proc&#233;dure, le temps peut agir comme facteur de gu&#233;rison, sans que le patient ait &#224; payer pour celui du m&#233;decin. Fournir une aide th&#233;rapeutique &#224; court terme, au lieu d'une analyse de longue haleine, ce n'&#233;tait pas abuser des patients, cela pouvait parfois &#234;tre le meilleur traitement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La r&#233;alisation supr&#234;me de Freud fut le d&#233;veloppement de sa technique de l'&lt;i&gt;association libre&lt;/i&gt;, car c'&#233;tait une chose qu'il pouvait transmettre &#224; d'autres ; m&#234;me s'il refusait, sans raison, de traiter certains types de cas, ses disciples furent pourtant en mesure d'adapter cette d&#233;marche &#224; un &#233;ventail plus large de patients. En tant que th&#233;rapeute, Jung fut plus ouvert, plus d&#233;sireux de traiter certains cas que Freud pouvait consid&#233;rer comme &#8220;indignes&#8221; d'une analyse, et plus souple quant au type d'interventions possibles ou d&#233;sirables dans la vie du malade. Pourtant, il &#233;tait si int&#233;ress&#233; par l'interaction qui s'op&#233;rait entre son patient et lui-m&#234;me que jamais il ne d&#233;veloppa de panoplie de principes th&#233;rapeutiques aussi rigides que Freud, ce qui lui valut, d&#232;s le d&#233;but, d'avoir moins de disciples. En cons&#233;quence, les cercles jungiens portent une certaine marque d'indiscipline, et la rigidit&#233; de Freud fut payante pour le succ&#232;s de son mouvement. Malgr&#233; le &#171; consensus qui veut que Jung ait &#233;t&#233; un psychoth&#233;rapeute d'un savoir-faire peu commun, dont l'approche s'adaptait &#224; chaque patient suivant sa personnalit&#233; et ses besoins &#187;, son exemple ne suffit pas pour briser l'&#233;lan des disciples de Freud.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans une perspective historique, la plupart des observateurs d'aujourd'hui d&#233;couvriraient que, sur bien des questions de technique, Jung avait souvent raison par rapport &#224; Freud. Si celui-ci l'accusa de l&#226;chet&#233; face &#224; la sexualit&#233;, il est &#233;galement vrai que certains analystes du d&#233;but &#233;taient d'irr&#233;pressibles avocats de la licence sexuelle. Dans le cas d'Otto Gross, qui mourut plus tard d'inanition, il est hors de doute que Jung fit preuve de bon sens lorsqu'il &#233;crivit en 1909 : &#171; L'attitude extr&#234;me repr&#233;sent&#233;e par Gross est d&#233;cid&#233;ment mauvaise et dangereuse pour le mouvement tout entier... Avec mes &#233;l&#232;ves comme avec mes patients, j'ai &#233;t&#233; plus loin en &#233;vitant de placer au premier plan le th&#232;me de la sexualit&#233; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Freud et ses premiers disciples &#233;taient trop enclins &#224; chercher des interpr&#233;tations profondes au m&#233;pris des conflits actuels, et l'on ne peut pas se contenter de dire que Jung confondait le b&#233;n&#233;fice secondaire d'une maladie (l'&#233;vitement d'une t&#226;che vitale) avec sa source premi&#232;re (les affres de la vie instinctuelle). Car les jungiens avaient raison de penser que Freud envisageait le &#8220;primaire&#8221; comme plus r&#233;el que le &#8220;secondaire&#8221; en somme, alors que la plupart des th&#233;rapeutes actuels consid&#232;rent parfois les interpr&#233;tations en profondeur comme conjecturales et d'une port&#233;e th&#233;rapeutique limit&#233;e. Freud ignora la contribution jungienne comme il avait &#233;cart&#233; la contribution adl&#233;rienne, avec un d&#233;dain royal : &#171; Nous savons aujourd'hui, et c'est l&#224; une des plus anciennes acquisitions de la psychanalyse, que nous devons mettre au premier rang, au cours de l'analyse, le conflit actuel et la cause d&#233;terminante de la maladie. Or c'est exactement ce que nous faisions, Breuer et moi, d&#233;s nos premi&#232;res applications de la m&#233;thode cathartique &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand Breuer et Freud cherchaient &#224; faire dispara&#238;tre les sympt&#244;mes en faisant revivre le pass&#233; par hypnose, Jung s'int&#233;ressait, lui, aux moyens (mis en &#339;uvre par le patient) d'utiliser en analyse le pass&#233; dans un but d&#233;fensif, &#224; moins que le th&#233;rapeute ne pr&#238;t l'initiative d'examiner la vie de son patient. Freud craignait que cette d&#233;marche ne conduise &#224; des questions &#8220;philosophiques&#8221; dont il ne voulait pas entendre parler en psychanalyse. En 1932, il reformula ses objections &#224; l'encontre des id&#233;es de Jung.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque les divergences d'opinion en vinrent &#224; d&#233;passer une certaine mesure, le mieux fut de se s&#233;parer et de suivre chacun sa voie, d'autant que ces d&#233;saccords th&#233;oriques entra&#238;naient une modification du traitement pratique. Supposez, par exemple, qu'un analyste nie l'influence des &#233;v&#233;nements pass&#233;s et qu'il attribue les n&#233;vroses exclusivement aux facteurs actuels et &#224; l'attente des faits &#224; venir. Cet analyste n&#233;gligera l'analyse de l'enfance, se servira d'une technique diff&#233;rente et se verra forc&#233; de substituer aux &#233;v&#233;nements de l'enfance son influence, son enseignement ; en agissant de fa&#231;on plus directe, il devra alors nettement indiquer aux patients le but qu'il leur faut viser dans la vie. Peut-&#234;tre est-ce une &#233;cole de sagesse, mais non plus une psychanalyse. La volont&#233; de Freud d'autoriser ses patients &#224; se poser leurs propres objectifs dans la vie &#233;tait admirable. Il &#233;tait juste et bien d'insister sur le fait que les patients devaient assumer la responsabilit&#233; de toute chose dans leur vie, et devaient non incriminer les autres mais s'occuper de leur autocritique. Freud soutint que, m&#234;me si une faute incombait &#224; un autre, c'est ce que le patient &#233;tait en mesure de faire devant cette situation qui comptait. Dans des cas plus graves pourtant &#8212; ou dans le traitement des enfants &#8212;, il &#233;tait insuffisant de se contenter d'analyser les probl&#232;mes du patient en lui laissant le soin de les r&#233;soudre lui-m&#234;me. Le patient a parfois besoin du soutien affectif continuel de l'analyste. M&#234;me en 1930, dit-on, les &#233;l&#232;ves de Freud infligeaient un fardeau trop lourd aux enfants en cure. Bien que les analystes d'enfants aient aujourd'hui modifi&#233; leur technique, au d&#233;but, ils ignoraient souvent les r&#233;alit&#233;s de la situation familiale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jung, cependant, s'&#233;tait servi de sa notion d'inconscient collectif pour souligner que l'individu existe toujours dans le contexte d'un environnement. Il pensait que &#171; l'on ne peut jamais expliquer la psychologie d'un individu en partant uniquement de lui-m&#234;me ; il faut bien voir dans quelle mesure il est aussi conditionn&#233; par des circonstances historiques et relatives au milieu &#187;. Il consid&#233;rait qu'&#171; une n&#233;vrose est plus un ph&#233;nom&#232;ne psycho-social qu'une maladie au sens strict &#187;, et proposait d'envisager &#171; le n&#233;vros&#233; comme un syst&#232;me de relations sociales malades &#187;. Ces id&#233;es menaient &#224; une d&#233;marche &#224; l'oppos&#233; de la d&#233;marche freudienne du d&#233;but &#224; l'&#233;gard du traitement des enfants, car Jung attribuait la responsabilit&#233; du bien-&#234;tre de l'enfant &#224; ses parents ou &#224; leurs substituts.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par la suite, les th&#233;rapeutes s'accord&#232;rent &#224; dire non seulement qu'on ne peut tenir pour allant de soi l'aptitude du patient &#224; assimiler de nouvelles perspectives, mais aussi qu'il est impossible de n&#233;gliger sans danger l'environnement de l'adulte ou de l'enfant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] cf &lt;a href=&quot;http://www.passereve.com/spip/spip.php?article1&quot; class='spip_in'&gt;Le vieillissement de la personnalit&#233; selon Jung&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le p&#232;re originel</title>
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		<description>Si le sujet principal de Totem et tabou avait contribu&#233; &#224; saper les sentiments de Freud &#224; l'&#233;gard de son h&#233;ritier, Jung ne le consid&#233;rait pas plus sereinement &#171; Il est bien g&#234;nant pour moi que vous apparaissiez aussi sur le terrain de la mythologie de la religion. Vous &#234;tes un concurrent dangereux... &#187; L'accent mis par Freud sur l'h&#233;ritage phylog&#233;n&#233;tique de l'homme est au moins aussi suspect ; car il soutenait la transmission par h&#233;ritage d'un caract&#232;re acquis - la culpabilit&#233; du meurtre du p&#232;re primitif. (...)

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&lt;a href="http://www.passereve.com/spip/spip.php?rubrique3" rel="directory"&gt;C. G. Jung, le &#171; prince h&#233;ritier &#187;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Si le sujet principal de Totem et tabou avait contribu&#233; &#224; saper les sentiments de Freud &#224; l'&#233;gard de son h&#233;ritier, Jung ne le consid&#233;rait pas plus sereinement &#171; Il est bien g&#234;nant pour moi que vous apparaissiez aussi sur le terrain de la mythologie de la religion. Vous &#234;tes un concurrent dangereux... &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'accent mis par Freud sur l'h&#233;ritage phylog&#233;n&#233;tique de l'homme est au moins aussi suspect ; car il soutenait la transmission par h&#233;ritage d'un caract&#232;re acquis - la culpabilit&#233; du meurtre du p&#232;re primitif.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il se peut que l'accueil fait &#224; Jung en Am&#233;rique ait renforc&#233; certaines de ses premi&#232;res h&#233;sitations quant aux id&#233;es de Freud. Celui-ci approuva le voyage de Jung aux &#201;tats-Unis, mais le Congr&#232;s d'analystes pr&#233;vu pour 1912 dut &#234;tre report&#233; en raison de son absence. En septembre cette ann&#233;e l&#224;, Jung donna une s&#233;rie de conf&#233;rences &#224; l'universit&#233; Fordham &#224; New-York, lesquelles marqu&#232;rent un important virage par rapport &#224; son adh&#233;sion aux id&#233;es de Freud.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne semble pas qu'il ait consciemment d&#233;sir&#233; une rupture avec Freud, et apr&#232;s leur ultime s&#233;paration, il lui envoya un exemplaire de l'un de ses livres avec une modeste d&#233;dicace. &#192; l'instar de Freud, Jung soutenait qu'en philosophie des sciences il y avait moyen d'op&#233;rer une distinction tranch&#233;e entre les &#171; &lt;i&gt;faits&lt;/i&gt; &#187; et les &#171; &lt;i&gt;th&#233;ories&lt;/i&gt; &#187;, et tant qu'il eut l'impression d'admettre les &#171; &lt;i&gt;faits&lt;/i&gt; &#187; psychanalytiques, il put croire qu'il n'&#233;tait pas infid&#232;le aux objectifs essentiels de Freud.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; Fordham, Jung estima parler &#224; la d&#233;fense de Freud ; on a cependant du mal &#224; croire qu'il ait pu penser, surtout apr&#232;s la querelle toute r&#233;cente avec Adler, que Freud accepterait le type d'id&#233;es qu'il proposait &#224; pr&#233;sent. Il soutenait, par exemple, que le fantasme de l'inceste &#233;tait d'importance secondaire et ne constituait pas une cause, la cause premi&#232;re &#233;tant la r&#233;sistance de la nature humaine aux efforts de toute sorte. &#171; Je pense, disait-il alors, qu'il n'y a rien d'autre &#224; faire que d'abandonner la d&#233;finition sexuelle de la libido, &#224; moins de perdre ce qui fait la valeur de la th&#233;orie de la libido, &#224; savoir le point de vue &#233;nerg&#233;tique... Les freudiens auraient tort de ne pas pr&#234;ter l'oreille aux critiques qui accusent notre th&#233;orie de la libido d'&#234;tre mystique et inintelligible... Telle quelle, il me semble impossible de transposer la th&#233;orie de la libido &#224; la d&#233;mence pr&#233;coce, car cette maladie t&#233;moigne d'une perte de la r&#233;alit&#233; inexplicable par la seule perte de l'investissement &#233;rotique &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Auparavant, au printemps 1912, Jung avait &#233;crit &#224; Freud [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Lettre du 17 mai 1912' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;] : &#171; L'inceste est interdit : &lt;strong&gt;non parce qu'il est d&#233;sir&#233;&lt;/strong&gt; ; mais parce que l'angoisse flottante ravive du mat&#233;riel infantile r&#233;gressif... L'interdiction de l'inceste avec sa signification &#233;tiologique doit &#234;tre directement compar&#233;e &#224; ce qu'on appelle le traumatisme sexuel, qui ne doit en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale son r&#244;le &#233;tiologique qu'&#224; un r&#233;investissement r&#233;gressif &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; Fordham, Jung rendit hommage &#224; l'ancienne unilat&#233;ralit&#233; de Freud : &#171; Nous devons nous r&#233;jouir qu'il existe des gens assez courageux pour &#234;tre immod&#233;r&#233;s et unilat&#233;raux &#187;. Mais Jung soutenait que &#171; l'obtention du plaisir ne se confond nullement avec la sexualit&#233; &#187;. Aussi r&#233;prouva-t-il la &#171; terminologie incorrecte et l'expansion sans bornes du concept de sexualit&#233; &#187; dans l'&#339;uvre de Freud : &#171; ce qu'il nomme une disparition n'est autre que le &lt;strong&gt;r&#233;el d&#233;but de la sexualit&#233;&lt;/strong&gt;, tout ce qui pr&#233;c&#232;de n'&#233;tant qu'un stade pr&#233;liminaire auquel on ne peut attribuer aucun caract&#232;re sexuel &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour Jung, &#171; l'inexactitude de la conception de la sexualit&#233; infantile &#187;, ne d&#233;rivait pas d'une &#171; erreur d'observation... L'erreur g&#238;t dans la conception m&#234;me... &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'orientation de Jung vis-&#224;-vis du pass&#233; du patient &#233;tait &#233;galement diff&#233;rente de celle de Freud. Jung trouvait &#171; tr&#233;s douteux [...] que les patients aient souvent une tendance prononc&#233;e &#224; expliquer leurs maux par quelque exp&#233;rience d'un lointain pass&#233;, en d&#233;tournant ing&#233;nieusement l'attention de l'analyste du pr&#233;sent au profit d'une fausse piste du pass&#233; &#187;. Il observa la &#171; tendance de nos patients &#224; nous entra&#238;ner, par s&#233;duction, aussi loin que possible du moment pr&#233;sent en question &#187;, et conclut : &#171; La cause du conflit pathog&#232;ne r&#233;side principalement dans le moment pr&#233;sent &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En m&#234;me temps, Jung respectait la r&#233;gression consid&#233;r&#233;e comme &#171; la condition de base de l'acte cr&#233;atif &#187;, et pensait que &#171; nous c&#233;dons trop &#224; la crainte ridicule d'&#234;tre, au fond, des &#234;tres absolument impossibles, que si chacun devait appara&#238;tre tel qu'il est r&#233;ellement il s'ensuivrait une effroyable catastrophe sociale &#187;. Ce sont ces vues qu'il pr&#233;senta comme les contributions des &#171; travaux de l'&#201;cole de Zurich &#187;...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certains critiques de Freud ont, d'un bout &#224; l'autre, rejet&#233; son &#339;uvre en all&#233;guant qu'il avait exag&#233;r&#233;ment accentu&#233; le r&#244;le de la sexualit&#233;. Et Jung disait &#224; pr&#233;sent que &#171; l'expression de &lt;i&gt;pervers polymorphe&lt;/i&gt; avait &#233;t&#233; emprunt&#233;e &#224; la psychologie de la n&#233;vrose et reprojet&#233;e dans la psychologie de l'enfant o&#249; elle est &#233;videmment tout &#224; fait d&#233;plac&#233;e &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Freud avait &#233;tendu la signification commune de la sexualit&#233; &#224; toute une diversit&#233; de sph&#232;res allant de l'enfance &#224; la maladie mentale, o&#249; la science n'avait pas largement reconnu le r&#244;le de l'&#233;rotique ; et c'&#233;tait justement cette extension op&#233;r&#233;e par Freud que Jung r&#233;prouvait maintenant. D&#232;s le d&#233;but, il avait tent&#233; de persuader Freud d'employer une autre mot que &#171; &lt;i&gt;sexuel&lt;/i&gt; &#187;, mais celui-ci s'en tenait fermement &#224; ses premi&#232;res options.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Freud semblait &#224; Jung inutilement r&#233;ductionniste ; mais du point de vue de ce dernier, les argument de Jung &#224; propos du r&#244;le des fantasmes incestueux, par exemple, avaient &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;s par l'&#233;viction d'Adler.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La conviction de Jung que les patients inventent souvent des traumatismes sexuels infantiles, en guise de fuite face aux t&#226;ches de la vie quotidienne, a fait son chemin dans l'orthodoxie psychanalytique un demi-si&#232;cle plus tard ; on reconna&#238;t &#224; pr&#233;sent qu'un conflit infantile pass&#233; repr&#233;sente potentiellement un moyen de n&#233;gliger la signification d'un probl&#232;me actuel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me si la plupart des cliniciens et de nombreux analystes sont aujourd'hui d'accord avec Jung sur le fait qu'il est souvent plus confortable de vivre dans le pass&#233; que d'affronter l'avenir, &#224; une &#233;poque o&#249; les id&#233;es de Freud n'&#233;taient pas encore universellement accept&#233;es, celui-ci craignait que tout ce pour quoi il avait combattu ne f&#251;t pr&#233;matur&#233;ment englouti dans un r&#233;visionnisme du type de celui de Jung.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une fois embarqu&#233; dans la t&#226;che de r&#233;interpr&#233;ter la signification du complexe d'&#339;dipe de Freud, la voie &#233;tait ouverte au d&#233;saveu global des conclusions de ce dernier. Freud avait tent&#233; d'obliger l'homme &#224; affronter la face pulsionnelle de sa nature. Comme Adler quand il mettait l'accent sur le moi, Jung &#233;tait en &#8220;retrait&#8221; par rapport &#224; Freud, puisqu'il soulignait l'importance clinique de la t&#226;che &#8220;sup&#233;rieure&#8221; d'auto-r&#233;alisation de soi sur laquelle les patients pouvaient buter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Freud voyait, dans ces nouvelles envol&#233;es de Jung, une &#8220;r&#233;sistance&#8221; &#224; l'inconscient, et un d&#233;sir de d&#233;truire le p&#232;re. Comme celui-ci l'&#233;crivit &#224; Freud en 1912 : &#171; Je regrette extraordinairement que vous pensiez que seules des r&#233;sistances contre vous me d&#233;terminent &#224; certaines modifications &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jung pensait que, par son approche litt&#233;rale du complexe d'&#339;dipe, Freud n&#233;gligeait des aspects plus nuanc&#233;s de la psychologie humaine ; l'expos&#233; du lien sexuel unissant le petit gar&#231;on &#224; sa m&#232;re, par exemple, ne devrait pas se substituer &#224; la reconnaissance du besoin l&#233;gitime de d&#233;pendance d'un fils vis-&#224;-vis de sa m&#232;re. Et dans l'&#339;uvre de Jung, &#171; la m&#232;re est envisag&#233;e comme une figure protectrice et nourrici&#232;re, et non comme l'objet de d&#233;sirs incestueux &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme Erich Fromm et d'autres l'ont relev&#233; depuis, voir la relation entre une m&#232;re et son fils en termes sexuels, c'est en un sens &#234;tre extr&#234;mement rationaliste et outrepasser la sp&#232;re moins rationnelle o&#249; une premi&#232;re diff&#233;renciation entre soi et le monde ext&#233;rieur fait d&#233;faut &#224; l'enfant. Tout &#224; l'&#233;laboration de ses id&#233;es, Jung fut incapable de terminer la troisi&#232;me partie de &lt;strong&gt;Symboles de transformation&lt;/strong&gt; ; Freud tenta finalement de le convaincre de ne pas publier cet ouvrage ; Jung en conclut que ses difficult&#233;s &#224; achever le manuscrit provenaient de son angoisse &#224; s'&#233;carter de certaines opinions de Freud.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jung revint d'Am&#233;rique plus d&#233;termin&#233; &#224; affirmer son ind&#233;pendance : &#171; J'ai bien entendu fait place &#233;galement &#224; des conceptions qui divergent par endroit d'avec les conceptions admises ant&#233;rieurement &#187;, reconnaissait-il. Mais il refusait d'&#234;tre, pour ses id&#233;es, &#171; jug&#233; comme un idiot complex&#233; &#187;. Il se faisait, bien plut&#244;t, l'avocat d'une politique de &lt;i&gt;&#8220;lib&#233;ralisme&#8221;&lt;/i&gt; : &#171; Je propose de laisser r&#233;gner la tol&#233;rance au &lt;i&gt;Jahrbuch&lt;/i&gt;, pour que chacun puisse se d&#233;velopper selon sa nature. C'est alors seulement, si on nous laisse la libert&#233;, que l'on accomplit le meilleur. Nous ne devons pas oublier que l'histoire des v&#233;rit&#233;s humaines et aussi l'histoire des erreurs humaines. Faisons donc place aussi &#224; l'erreur qui part d'une bonne intention &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le 24 novembre 1912, Jung rencontra Freud &#224; une conf&#233;rence psychanalytique &#224; Munich ; Freud eut la syncope dont nous avons parl&#233; ci-dessus. Dans sa premi&#232;re lettre &#224; Jung apr&#232;s cette rencontre, il admit que &#171; l'on se f&#226;che toujours un peu quand l'autre veut avoir sa propre opinion &#187;. Quant &#224; sa syncope, il fit allusion &#224; &#171; un petit morceau de n&#233;vrose, dont il faudrait en effet s'occuper &#187;. [&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Lettre du 29 novembre 1912' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jung saisit cette occasion pour sugg&#233;rer : &#171; Ce &#8220;morceau&#8221; doit &#224; mon avis &#234;tre pris tr&#232;s au s&#233;rieux [...] J'ai souffert de ce morceau chez vous, bien que vous ne l'ayez pas vu et ne l'ayez pas bien reconnu quand j'ai voulu expliquer mon attitude &#224; votre &#233;gard &#187;. Il essayait de parler en ami, mais poursuivit par des objections : &#171; Une assez grande partie des psychanalystes abuse de la psychanalyse &#224; la fin d'&#244;ter leur valeur aux autres et aux progr&#232;s de ces derniers par les insinuations complexes bien connues &#187;. En fin de compte il rench&#233;rit : &#171; Le psychanalyste utilise sa psychanalyse tr&#232;s malheureusement comme un lit de paresse, comme nos adversaires font de leur croyance &#224; l'autorit&#233;. Ce qui pourrait les faire penser est conditionn&#233; par le complexe. Cette fonction de protection de la psychanalyse &#233;tait encore &#224; d&#233;couvrir &#187;. [&lt;a href='#nb2-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Lettre du 3 d&#233;cembre 1912' id='nh2-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Freud maintenait toujours la paix. En r&#233;ponse &#224; Jung, il sugg&#233;ra : &#171; Je ne puis momentan&#233;ment conseiller contre eux que cette petite recette domestique : que chacun de nous s'occupe plus activement de sa propre n&#233;vrose que de celle du prochain &#187;. Mais avec l'objection : &#171; Ma n&#233;vrose ne vous a pas caus&#233; de tort, comme vous le croyez &#187;. [&lt;a href='#nb2-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Lettre du 5 d&#233;cembre 1912' id='nh2-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; Jones, Freud &#233;crivit, en commentant sa syncope &#224; Munich : &#171; Il y a, au fond de toute cette affaire, un probl&#232;me homosexuel non r&#233;solu &#187;. Puis il pr&#233;cipita la rupture de ses relations avec Jung en relevant un lapsus dans une de ses lettres : le 14 d&#233;cembre 1912, Jung avait voulu &#233;crire &#224; sa d&#233;fense : &#171; M&#234;me les complices d'Adler ne veulent pas me reconna&#238;tre comme un des leurs &#187; &#8212; mais par l'adjonction erron&#233;e d'une majuscule, transforma &quot;&lt;i&gt;leurs&lt;/i&gt;&quot; en &quot;&lt;i&gt;v&#244;tres&lt;/i&gt;&quot;. [&lt;a href='#nb2-5' class='spip_note' rel='footnote' title='Ihrigen [v&#244;tres] pour ihrigen [leurs]' id='nh2-5'&gt;5&lt;/a&gt;] Freud avait r&#233;cemment &#233;crit &#224; Jung : &#171; Je pense que dans le commerce interne des analystes comme dans l'analyse elle-m&#234;me, toute forme de sinc&#233;rit&#233; est permise &#187;. Mais Jung qui, dans ses lettres, s'&#233;tait retenu d'interpr&#233;ter les &#233;vanouissements de Freud, r&#233;pondit sur un ton &#233;tonnament incisif &#224; l'&#233;nonc&#233; de ce lapsus :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Puis-je vous dire quelques paroles s&#233;rieuses ? Je reconnais mon peu de s&#233;curit&#233; en face de vous, mais j'ai tendance &#224; prendre la situation d'une mani&#232;re sinc&#232;re et absolument honn&#234;te. Si vous en doutez, la faute en retombe sur vous. J'aimerais cependant vous rendre attentif au fait que votre technique de traiter vos &#233;l&#232;ves comme vos patients est une fausse man&#339;uvre. Vous produisez par l&#224; des fils-esclaves ou des gaillards insolents (Adler-Steckel et toute la bande insolente qui s'&#233;tale &#224; Vienne). Je suis assez objectif pour percer votre &lt;i&gt;truc&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb2-6' class='spip_note' rel='footnote' title='en fran&#231;ais dans le texte' id='nh2-6'&gt;6&lt;/a&gt;] &#224; jour. Vous montrez du doigt autour de vous tous les actes symptomatiques, par l&#224; vous rabaissez tout l'entourage au niveau du fils ou de la fille, qui avouent en rougissant l'existence de penchants fautifs. Entre-temps vous restez toujours bien tout en haut comme le p&#232;re. Dans leur grande soumission, aucun d'entre eux n'arrive &#224; tirer la barbe du proph&#232;te et &#224; s'informer une fois de ce que vous dites &#224; un patient qui a tendance &#224; analyser l'analyste au lieu de s'analyser lui m&#234;me ? Vous lui demandez pourtant bien : &#171; Qui donc a la &lt;i&gt;n&#233;vrose&lt;/i&gt; ? &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voyez-vous, mon cher Professeur, aussi longtemps que vous op&#233;rez avec ce truc, mes actes symptomatiques ne m'importent pas du tout, car ils ne signifient absolument rien &#224; c&#244;t&#233; de la poutre consid&#233;rable qu'il y a dans l'&#339;i de mon fr&#232;re Freud. &#8212; Je ne suis en effet pas n&#233;vros&#233; du tout &#8212; bien heureux ! Je me suis en effet fait analyser &lt;i&gt;lege artis&lt;/i&gt; et tout humblement, ce qui m'a fort bien convenu. Vous savez bien jusqu'o&#249; peut aller le patient dans son auto-analyse, il ne sort pas de sa n&#233;vrose &#8212; comme vous. Quand vous serez un jour tout &#224; fait lib&#233;r&#233; de complexes et que vous ne jouerez plus du tout le p&#232;re envers vos fils, dont vous visez constamment les points faibles, que vous vous mettrez vous-m&#234;me en joue &#224; cet endroit, alors je veux bien revenir sur moi et exterminer d'un coup le p&#233;ch&#233; de mon d&#233;saccord avec vous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Aimez&lt;/i&gt;-vous donc &#224; ce point les &lt;i&gt;n&#233;vros&#233;s&lt;/i&gt; que vous &#234;tes toujours enti&#232;rement d'accord avec vous-m&#234;me ? Vous &lt;i&gt;ha&#239;ssez&lt;/i&gt; peut-&#234;tre les n&#233;vros&#233;s ; comment pouvez-vous alors vous attendre &#224; ce que vos efforts d'agir avec le plus de m&#233;nagements et de la mani&#232;re la plus aimante possible avec vos patients ne soient pas accompagn&#233;s de sentiments quelque peu m&#234;l&#233;s ? Adler et Steckel se sont laiss&#233;s prendre &#224; votre truc et sont devenus pu&#233;rilement insolents. Je me tiendrai publiquement de votre c&#244;t&#233;, en gardant mes opinions, et je me mettrai en secret &#224; vous dire toujours dans mes lettres ce que je pense vraiment de vous. Je tiens cette voie pour la voie honn&#234;te.
Vous maudirez peut-&#234;tre cet &#233;trange service d'amiti&#233;, mais peut-&#234;tre cela vous fera-t-il quand m&#234;me du bien &#187;. [&lt;a href='#nb2-7' class='spip_note' rel='footnote' title='Lettre du 18 d&#233;cembre 1912' id='nh2-7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Se donnant une peine peu commune pour r&#233;diger, en retard, une r&#233;ponse aux &#171; r&#233;criminations &#187; de Jung, Freud finit par pr&#233;tendre : celui qui, en se conduisant anormalement, crie sans arr&#234;t qu'il est normal, &#171; &#233;veille le soup&#231;on qu'il lui manque l'intuition de sa maladie. Je vous propose donc que nous rompions tout &#224; fait nos relations priv&#233;es. &#187; [&lt;a href='#nb2-8' class='spip_note' rel='footnote' title='Lettre du 3 janvier 1913' id='nh2-8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout &#233;tait donc pr&#234;t pour une confrontation publique entre Freud et Jung au Congr&#232;s d'analystes qui se tint &#224; Munich au d&#233;but du mois de septembre 1913. Ce devait &#234;tre la derni&#232;re rencontre des deux hommes. Tout au long du printemps 1913, Freud avait song&#233; &#224; la rupture ouverte imminente avec Jung, lequel lui avait &#233;t&#233; de si &#171; peu d'utilit&#233; &#187; qu'il &#171; avait du mal &#224; s'imaginer rester avec lui dans les m&#234;mes termes qu'autrefois &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si le groupe de Zurich surestimait &#224; pr&#233;sent son importance pour la cause de Freud, il reconnut que sa propre pr&#233;f&#233;rence d'antan pour les Suisses portait, la premi&#232;re, la responsabilit&#233; de cette situation. Le 27 mars 1913, Freud &#233;crivit : &#171; Je ne suis naturellement pas indiff&#233;rent aux d&#233;fauts de ma psychanalyse &#187;, alors qu'il tentait de s&#233;parer les travaux r&#233;cents de Jung de son &#339;uvre propre. Le m&#234;me jour, Freud &#233;crivit &#224; un autre &#233;l&#232;ve, Karl Abraham : Jung est en Am&#233;rique, mais pour cinq semaines seulement, ce qui veut dire qu'il doit rentrer bient&#244;t. Dans tous les cas, il travaille plus pour lui que pour la psychanalyse. &#171; Je suis terriblement revenu de lui, et je n'ai plus pour lui de pens&#233;es amicales. Ses mauvaises th&#233;ories ne sont pas faites pour me d&#233;dommager de son caract&#232;re d&#233;sagr&#233;able. Il prend la suite d'Adler, sans &#234;tre aussi cons&#233;quent que cet animal nuisible. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Freud acheva le manuscrit de &lt;i&gt;Totem et tabou&lt;/i&gt; au cours de ce printemps, et jugea utile de prendre ses distances vis-&#224;-vis de Jung. Il esp&#233;rait que le livre para&#238;trait avant la r&#233;union de Munich et &#171; qu'il servirait &#224; &#233;tablir une nette division entre nous et toute la religiosit&#233; aryenne. &#187; Dans &lt;i&gt;Totem et tabou&lt;/i&gt;, la th&#232;se de Freud portait avant tout sur les origines de la soci&#233;t&#233; humaine ; le complexe d'&#339;dipe, avait-il d&#233;couvert, &#171; a pris une importance jusqu'ici insoup&#231;onn&#233;e pour la compr&#233;hension de l'histoire de l'humanit&#233; et du d&#233;veloppement de la religion et de la morale. &#187; Depuis septembre 1911, Freud et Jung travaillaient sur ce m&#234;me th&#232;me de l'origine de la religion. Fascin&#233; par l'&#233;trange signification du double, Freud admettait son malaise face &#224; l'id&#233;e qu'il avait un fr&#232;re jumeau par l'intellect : &#171; Cela me torture de penser que si maintenant il me vient une chose ou l'autre &#224; l'esprit, je vous enl&#232;ve par l&#224; facilement quelque chose ou que je m'approprie quelque chose qui aurait pu sans peine devenir votre acquisition&#8230; Pourquoi, au diable, fallait-il que je me laisse inciter &#224; vous suivre sur ce terrain ? &#187; [&lt;a href='#nb2-9' class='spip_note' rel='footnote' title='Lettre du 12 novembre 1911' id='nh2-9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Freud avait tenu t&#234;te aux efforts d'Adler et de ses disciples pour rester membres de la Soci&#233;t&#233; de Vienne. La susceptibilit&#233; de Freud quant aux probl&#232;mes li&#233;s au plagiat et aux priorit&#233;s &#233;tait bien connue de Jung. En 1908, par exemple, il avait parl&#233; d'un patient de Jung &#8212; un psychanalyste qui s'adonnait &#224; la drogue, Otto Gross : &#171; Je pensais originellement que vous ne le prendriez que pour la d&#233;saccoutumance et que moi, en automne, je poserais l&#224;-dessus le traitement analytique. C'est naturellement d'un &#233;go&#239;sme condamnable si j'avoue que c'est plus avantageux pour moi ainsi, car je suis oblig&#233; de vendre mon temps et ne travaille plus, malgr&#233; tout, avec la pleine r&#233;serve de force que j'avais il y a des ann&#233;es. Mais pour parler s&#233;rieusement, la difficult&#233; aurait bien plut&#244;t r&#233;sid&#233; dans l'abolition in&#233;vitable des limites de propri&#233;t&#233; dans la r&#233;serve d'id&#233;es productives ; nous ne serions plus parvenus &#224; nous lib&#233;rer l'un de l'autre la conscience pure. Depuis que j'ai trait&#233; le philosophe Swoboda [&lt;a href='#nb2-10' class='spip_note' rel='footnote' title='Hermann Swoboda (1873-1963), psychologue, ancien patient de Freud. Il fut (...)' id='nh2-10'&gt;10&lt;/a&gt;], je fr&#233;mis devant de telles situations difficiles. &#187; [&lt;a href='#nb2-11' class='spip_note' rel='footnote' title='Lettre du 19 mai 1908' id='nh2-11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si le sujet principal de &lt;i&gt;Totem et tabou&lt;/i&gt; avait contribu&#233; &#224; saper les sentiments de Freud &#224; l'&#233;gard de son h&#233;ritier, Jung ne le consid&#233;rait pals plus sereinement &#171; Il est bien opprimant pour moi que vous apparaissiez aussi sur le terrain de la mythologie de la religion. Vous &#234;tes un concurrent dangereux&#8230; &#187; [&lt;a href='#nb2-12' class='spip_note' rel='footnote' title='Lettre du 14 novembre 1911' id='nh2-12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Totem et tabou&lt;/i&gt;, Freud postulait que l'homme avait d'abord v&#233;cu en bande ou horde primitive domin&#233;e par un p&#232;re qui monopolisait toutes les femmes ; les fils se ligu&#232;rent et se rebell&#232;rent, assassinant le p&#232;re avant de le manger. Leur amour du p&#232;re assassin&#233; se mua pourtant bient&#244;t en sentiments de culpabilit&#233; pour leur crime et ils d&#233;cid&#232;rent d'un commun accord que jamais plus un m&#226;le ne poss&#233;derait le pouvoir qu'il avait exerc&#233; ; une fois ces limites pos&#233;s aux &#233;lans impulsifs, pensait Freud, on pouvait dire que c'&#233;tait le d&#233;but de la civilisation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En faisant remonter les d&#233;buts de la soci&#233;t&#233; &#224; ce crime originel &#8212; ou, ainsi que l'ont sugg&#233;r&#233; certains, &#224; une s&#233;rie de tels meurtres &#8212; Freud &#233;largissait l'importance du complexe d'&#339;dipe, que Jung avait essay&#233; d'&#233;noncer dans une perspective diff&#233;rente. En interpr&#233;tant la signification de la religion tot&#233;mique par le biais d'une concr&#233;tisation des d&#233;sirs &#339;dipiens, et non des fantasmes incestueux perturbant les n&#233;vros&#233;s, Freud pensait avoir trouv&#233; &#171; les d&#233;buts, dans le complexe d'&#339;dipe, de la religion, de la morale, de la vie sociale et de la naissance de l'art. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les anthropologues n'ont jamais &#233;t&#233; &#224; m&#234;me de confirmer l'existence de ces hordes primitives ; dans celles que l'on a pu observer, on trouve un peu de la possessivit&#233;, ou de la jalousie, ou de n'importe quoi qui ressemble &#224; l'institution d'un m&#226;le dominant qui monopolise les femelles dont parle Freud. Il s'&#233;tait appuy&#233;, en guise de sources, sur une anthropologie qui fut ensuite discr&#233;dit&#233;e. Mais, dans la vie intellectuelle du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, c'&#233;tait un lieu commun que d'identifier l'esprit primitif avec celui des &#171; sauvages &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'accent mis par Freud sur l'h&#233;ritage phylog&#233;n&#233;tique de l'homme est au moins aussi suspect ; car il soutenait la transmission par h&#233;ritage d'un caract&#232;re acquis &#8212; la culpabilit&#233; du meurtre du p&#232;re primitif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est frappant qu'avant 1910, on aura peine &#224; trouver une quelconque mention de la phylogen&#232;se dans la doctrine de Freud. Il reconnut qu' &#171; en 1912&#8230; les remarques de Jung relatives aux analogies tr&#232;s pouss&#233;es entre les productions mentales des n&#233;vrotiques et celles des primitifs m'incit&#232;rent &#224; porter mon attention sur ce th&#232;me. &#187; C. G. Jung fut le premier &#224; attirer explicitement l'attention sur la frappante similarit&#233; entre les fantasmes d&#233;sordonn&#233;s de ceux qui souffrent de d&#233;mence pr&#233;coce et les mythes des peuples primitifs ; l'auteur relevant pour sa part, que les deux d&#233;sirs qui se combinent pour former le complexe d'&#339;dipe co&#239;ncident pr&#233;cis&#233;ment avec les deux interdictions principales impos&#233;es par le &lt;i&gt;tot&#233;misme&lt;/i&gt; &#8212; ne pas tuer l'anc&#234;tre originel et n'&#233;pouser aucune femme de son propre clan &#8212; tira, de ce fait, des conclusions de grande port&#233;e. Jung &#233;tait bien plus enclin que Freud lui-m&#234;me &#224; invoquer des interpr&#233;tations phylog&#233;n&#233;tiques, m&#234;me s'il appara&#238;t qu'apr&#232;s leur rencontre ce dernier adopta certains aspects de la m&#233;thode d'approche de Jung. Quoique, selon Freud, ce fut une &#171; erreur m&#233;thodologique &#187; de Jung que de se saisir &#171; d'une explication phylog&#233;n&#233;tique avant d'avoir &#233;puis&#233; les possibilit&#233;s ontog&#233;n&#233;tiques &#187;, lui-m&#234;me parla non seulement d'une &#171; h&#233;r&#233;dit&#233; organique &#187; , mais conclut, nous dit Jones, que &#171; certains fantasmes originaires, notamment ceux du co&#239;t et de la castration, &#233;taient transmis h&#233;r&#233;ditairement, sous une forme ou sous une autre&#8230; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque, cependant, Freud trouvait les id&#233;es de Jung pour le moins confuses, sinon inintelligibles ou d&#233;lirantes. Le 1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;er&lt;/sup&gt; juin 1913, Freud &#233;crivit &#224; Abraham : &#171; Jung est cingl&#233;, mais je ne vise pas la s&#233;paration, j'aimerais d'abord le laisser aller &#224; sa ruine. Il se peut que mon travail sur le totem, contre ma volont&#233;, acc&#233;l&#232;re la rupture. &#187; Abraham reste le disciple loyal, et l'expression de sa gratitude &#224; son &#233;gard pour ses commentaires sur &lt;i&gt;Totem et tabou&lt;/i&gt; donne une id&#233;e de ce que Freud attendait des ses &#233;l&#232;ves : &#171; La mani&#232;re dont vous voulez me prouver la valeur de mon travail, par des contributions, des ajouts et des d&#233;ductions, est, bien s&#251;r, la plus merveilleuse. &#187; [&lt;a href='#nb2-13' class='spip_note' rel='footnote' title='Lettre du 1er juillet 1913' id='nh2-13'&gt;13&lt;/a&gt;] C'est la &#171; confusion &#187; de Jung que Freud r&#233;prouva &#224; plusieurs reprises. Il ne s'agissait pas tant d'un d&#233;saccord avec lui, comme avec d'autres &#171; dissidents &#187; en psychanalyse ; il trouvait simplement son travail inintelligible. Freud &#171; se proposait toujours de comprendre &#224; fond &#187; ; et c'est en vertu de la m&#234;me logique que &#171; la musique ne l'int&#233;ressait pas, parce qu'il la consid&#233;rait comme un langage inintelligible. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Freud n'&#233;tait pas un &#234;tre d&#233;pressif, aussi n'&#233;tait-il pas enclin &#224; se critiquer lui-m&#234;me pour ce qu'il avait fait &#224; d'autres ; il &#233;tait plus dans sa nature de rechercher ce que les autres lui avaient fait. Mais en juillet 1913, apr&#232;s avoir achev&#233; &lt;i&gt;Totem et tabou&lt;/i&gt; et avant sa derni&#232;re rencontre avec Jung, Freud traversa une d&#233;pression qui lui permit peut-&#234;tre de voir le r&#244;le jou&#233; par sa personnalit&#233; dans l'&#233;chec de sa relation avec Jung. L'hiver suivant n&#233;anmoins, il se polarisa sur la conduite de Jung en tant que pr&#233;sident ; le congr&#232;s, rapporta-t-il, fut pr&#233;sid&#233; par Jung qui se montra peu courtois et peu correct. Les auteurs des communications ne disposaient que d'un temps limit&#233; ; les discussions, par leur longueur, faisaient oublier les communications&#8230; &#192; la suite de n&#233;gociations p&#233;nibles et peu r&#233;jouissantes, Jung fut r&#233;&#233;lu pr&#233;sident de l'Association Internationale de Psychanalyse, fonction qu'il n'h&#233;sita pas &#224; accepter, bien que les deux cinqui&#232;mes des votants lui eussent refus&#233; leur soutien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jones rapporta que Jung lui avait dit &#224; la fin du congr&#232;s, par allusion &#224; leur nouvel antagonisme : &#171; Je croyais que vous &#233;tiez chr&#233;tien. &#187; Puisque Jones &#233;tait l'un des rares Gentils du congr&#232;s, on pourrait croire de ce fait que Jung comptait sur lui, mais dans son autobiographie, inachev&#233;e au jour de sa mort, Jones donna de l'affaire une version diff&#233;rente et plus d&#233;taill&#233;e : &#171; En me disant au revoir, il me fit sournoisement remarquer &#171; Je croyais que vous aviez des principes &#233;thiques &#187; (expression qu'il prisait). Mes amis interpr&#233;t&#232;rent le mot &lt;i&gt;&#233;thique&lt;/i&gt; comme signifiant ici &lt;i&gt;chr&#233;tien&lt;/i&gt; et d&#232;s lors, comme antis&#233;mite. &#187;. Que l'interpr&#233;tation soit due &#224; Jones ou &#224; ses &lt;i&gt;amis&lt;/i&gt; du clan de Freud, dans sa biographie de celui-ci, il la rapporta comme une remarque litt&#233;rale de Jung, ce qui, d'apr&#232;s son r&#233;cit ult&#233;rieur, n'&#233;tait pas le cas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais &#224; la relecture des articles de Jung &#224; ce congr&#232;s, nul ne douterait que, pour Freud, sa position f&#251;t un affront intol&#233;rable. La &lt;i&gt;Contribution aux types psychologiques&lt;/i&gt; &#233;tait une brillante prestation o&#249; Jung introduisait les concepts d'&lt;i&gt;introversion&lt;/i&gt; et d'&lt;i&gt;extraversion&lt;/i&gt;. Il n'e&#251;t pas &#233;t&#233; dans l'esprit de Freud qui, &#224; l'&#233;poque, se pr&#233;occupait toujours principalement de la compr&#233;hension et du traitement des sympt&#244;mes, de rechercher pareils caract&#232;res types. Mais le plus ennuyeux f&#251;t peut-&#234;tre, pour ce dernier, un passage &#224; la fin de l'article, o&#249; Jung traitait l'&#339;uvre d'Adler et celle de Freud comme deux approches oppos&#233;es correspondant &#224; ses deux types psychologiques. La phrase par laquelle il concluait &#8212; &#171; La t&#226;che ardue de cr&#233;er une psychologie qui rendra &#233;galement justice aux deux types doit &#234;tre r&#233;serv&#233;e &#224; l'avenir &#187; &#8212; &#233;tait r&#233;ellement intol&#233;rable &#224; la lumi&#232;re de la controverse de Freud avec Adler &#224; Vienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Octobre 1913 marqua la fin de l'&#233;change de missives entre Jung et Freud, apr&#232;s plus de sept ans de correspondance. Ce mois l&#224;, Jung d&#233;missionna de son poste de r&#233;dacteur du &lt;i&gt;Jahrbuch&lt;/i&gt;, et, dans une lettre Freud &#233;crivit : &#171; J'ai &#233;t&#233; frapp&#233; par la compl&#232;te analogie que l'on peut d&#233;celer entre la premi&#232;re fuite de Breuer devant la d&#233;couverte de la sexualit&#233; derri&#232;re les n&#233;vroses et la conception que Jung a de celles-ci. Cela confirme d'autant mieux qu'il s'agit l&#224; du point central de la psychanalyse. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, peu de grands noms de la psychanalyse seraient troubl&#233;s par un analyste exposant des vues identiques &#224; celles de Jung en 1913 ; &#224; titre d'exemple, des ann&#233;es avant l'essor de la psychologie du moi, Jung affirma : &#171; Le fait que le n&#233;vros&#233; semble significativement influenc&#233; par ses conflits infantiles montre qu'il s'agit moins d'une fixation que d'un usage particulier qu'il fait de son pass&#233; infantile. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malgr&#233; ses descriptions ult&#233;rieures de la &#171; solitude &#187; dont il s'&#233;tait entour&#233;, Freud ne sembla pas reconna&#238;tre avoir lui-m&#234;me provoqu&#233; cet &#233;tat de choses. Il savait seulement : &#171; J'ai d&#251; me prot&#233;ger des gens qui, des ann&#233;es durant, se sont appel&#233;s mes &#233;l&#232;ves, et qui doivent tout &#224; mes encouragements. Maintenant je dois les accuser et les rejeter. Je ne suis pas un esprit querelleur, je ne partage pas plus l'opinion partout r&#233;pandue qu'une querelle scientifique entra&#238;ne clart&#233; et progr&#232;s. N&#233;anmoins, je ne penche pas en faveur de molles compromissions et ne voudrais pas davantage sacrifier quoi que ce soit pour une r&#233;conciliation improductive. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si le mouvement devait demeurer celui de Freud, si celui-ci devait imposer sa volont&#233; &#224; l'histoire, il devait paradoxalement affaiblir la psychanalyse, sur le plan du talent comme sur celui des effectifs. En 1913, Jung fut invit&#233; &#224; prendre la parole &#224; Londres &#171; en tant que repr&#233;sentant du mouvement psychanalytique &#187;. De peur qu'on dise que &#171; la psychanalyse avait chang&#233;, &#233;crivit Freud, je me suis vu oblig&#233; de dissiper ce malentendu, en d&#233;clarant que je ne consid&#232;re nullement les innovations introduites par les Suisses comme une suite logique de la psychanalyse dont je suis l'auteur &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au lieu de parler au nom de ses propres convictions, Freud pr&#233;f&#233;ra l'expression &#171; &lt;i&gt;doctrine psychanalytique&lt;/i&gt; &#187; de r&#233;sonance plus impersonnelle ; une fois les dissidents &#233;vacu&#233;s, Freud allait pouvoir, dans les ann&#233;es &#224; venir, parler de l'&#171; accord unanime de tous les psychanalystes &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En janvier et f&#233;vrier 1914, Freud r&#233;digea son essai &lt;i&gt;Contribution &#224; l'histoire du mouvement psychanalytique&lt;/i&gt; pour les lecteurs du &lt;i&gt;Jahrbuch&lt;/i&gt; ; il y stigmatisait Jung, &#171; en pleine retraite par rapport &#224; la psychanalyse &#187;. Freud esquissa les tendances scientifiquement r&#233;gressives que repr&#233;sentaient &#224; la fois Adler et Jung, et sa pol&#233;mique contre eux avait pour but de s'assurer que le public comprenait pourquoi ils avaient, d'apr&#232;s lui, &#171; abandonn&#233; &#187; la psychanalyse et &#171; fait s&#233;cession &#187;. Or c'est lui qui, dans les deux cas, s'&#233;tait senti en droit de prendre l'initiative. Jung aurait d&#251; savoir que, dans l'esprit de Freud, l'Association Internationale de Psychanalyse devait &#234;tre plus qu'un organisme officiel habilit&#233; &#224; dispenser des patentes ; c'&#233;tait &#233;galement une association politique. Jung ne renon&#231;a pas &#224; la pr&#233;sidence avant avril 1914 (Karl Abraham lui succ&#233;da pour remplir l'int&#233;rim).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque la pol&#233;mique de Freud fut publi&#233;e en juillet 1914, Jung se retira de l'Association Internationale de Psychanalyse avec le corps entier des analystes suisses ou presque. Comme dans le cas des d&#233;missions d'Adler, &#171; l'une es raisons avanc&#233;es&#8230; par les Zurichois fut le danger d'une recherche d&#233;pendante &#187;. En d&#233;pit de son attitude toujours plus critique envers l'&#339;uvre de Freud, Jung avait voulu poursuivre sa relation avec lui, mais ce dernier paraissait d&#233;cid&#233; &#224; l'exclure. Comme il l'&#233;crivit &#224; la fin du mois de juillet 1914 : &#171; Je meurs d'envie de recevoir officiellement la nouvelle que nous sommes d&#233;barrass&#233;s des ind&#233;pendants &#187;. Freud parlait de la psychanalyse comme il avait un jour parl&#233; de son &#233;tat d'esprit dans des lettres &#224; Fliess : &#171; Il est battu par les vagues, mais ne coule pas &#187; (citant la devise du blason de la ville de Paris). Freud avait au moins pr&#233;serv&#233; ce qui, &#224; l'en croire, constituait l'int&#233;grit&#233; de ses doctrines ; le temps venu, ses contributions originales seraient reconnues.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-1' id='nb2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Lettre du 17 mai 1912&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-2' id='nb2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Lettre du 29 novembre 1912&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-3' id='nb2-3' class='spip_note' title='Notes 2-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Lettre du 3 d&#233;cembre 1912&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-4' id='nb2-4' class='spip_note' title='Notes 2-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Lettre du 5 d&#233;cembre 1912&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-5' id='nb2-5' class='spip_note' title='Notes 2-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;strong&gt;I&lt;/strong&gt;hrigen [v&#244;tres] pour &lt;strong&gt;i&lt;/strong&gt;hrigen [leurs]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-6' id='nb2-6' class='spip_note' title='Notes 2-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] en fran&#231;ais dans le texte&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-7' id='nb2-7' class='spip_note' title='Notes 2-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] Lettre du 18 d&#233;cembre 1912&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-8' id='nb2-8' class='spip_note' title='Notes 2-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] Lettre du 3 janvier 1913&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-9' id='nb2-9' class='spip_note' title='Notes 2-9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] Lettre du 12 novembre 1911&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-10' id='nb2-10' class='spip_note' title='Notes 2-10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] Hermann Swoboda (1873-1963), psychologue, ancien patient de Freud. Il fut engag&#233; en 1904-1906 dans une dispute de priorit&#233; avec Fliess, dans laquelle Freud fut &#233;galement entra&#238;n&#233;. Cf. Jones, I, p. 346 et la lettre de Freud &#224; Karl Kraus du 12 janvier 1906, &lt;i&gt;Correspondance 1873-1939.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-11' id='nb2-11' class='spip_note' title='Notes 2-11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] Lettre du 19 mai 1908&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-12' id='nb2-12' class='spip_note' title='Notes 2-12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] Lettre du 14 novembre 1911&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-13' id='nb2-13' class='spip_note' title='Notes 2-13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] Lettre du 1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;er&lt;/sup&gt; juillet 1913&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#338;dipe</title>
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		<dc:date>2009-11-07T02:00:00Z</dc:date>
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		<description>&#192; l'apog&#233;e de ses difficult&#233;s avec Freud en 1912-1913, Jung pensait vraisemblablement que c'&#233;tait la fa&#231;on m&#234;me dont Freud dirigeait le mouvement qui &#233;tait &#224; l'origine de la mobilisation des vell&#233;it&#233;s de r&#233;volte contre lui. Dans une lettre &#224; Jung, qui ne fut pas envoy&#233;e, Freud &#233;voqua &#171; le reproche que vous me faites d'abuser de la psychanalyse pour maintenir mes &#233;l&#232;ves dans une d&#233;pendance infantile et d'&#234;tre, de ce fait, responsable de leur conduite infantile &#224; mon &#233;gard... &#187; La controverse avec Jung s'int&#232;gre (...)

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&lt;a href="http://www.passereve.com/spip/spip.php?rubrique3" rel="directory"&gt;C. G. Jung, le &#171; prince h&#233;ritier &#187;&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'apog&#233;e de ses difficult&#233;s avec Freud en 1912-1913, Jung pensait vraisemblablement que c'&#233;tait la fa&#231;on m&#234;me dont Freud dirigeait le mouvement qui &#233;tait &#224; l'origine de la mobilisation des vell&#233;it&#233;s de r&#233;volte contre lui. Dans une lettre &#224; Jung, qui ne fut pas envoy&#233;e, Freud &#233;voqua &#171; le reproche que vous me faites d'abuser de la psychanalyse pour maintenir mes &#233;l&#232;ves dans une d&#233;pendance infantile et d'&#234;tre, de ce fait, responsable de leur conduite infantile &#224; mon &#233;gard... &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La controverse avec Jung s'int&#232;gre &#224; un mod&#232;le d&#233;j&#224; bien &#233;tabli dans la vie de Freud. Il s'&#233;panchait parfois avec trop d'enthousiasme devant certaines personnes et avait tendance &#224; les id&#233;aliser. Il leur reprochait ensuite de ne pas poss&#233;der les qualit&#233;s qu'il leur avait lui-m&#234;me pr&#234;t&#233;es, de ne pas &#234;tre &#224; la hauteur de l'id&#233;e qu'il s'en &#233;tait fait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En observant les relations que Freud entretenait avec ses &#233;l&#232;ves pr&#233;f&#233;r&#233;s et ses mentors, on se rappelle ce qu'il avait &#233;crit dans &lt;i&gt;L'interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt; sur sa relation d'enfance avec son neveu John : &#171; Tous mes amis sont en un sens des r&#233;incarnations de cette premi&#232;re figure... Ma vie affective a toujours &#233;t&#233; marqu&#233;e par des amiti&#233;s intimes et des haines farouches ; je n'ai jamais pu m'en passer... &#187; Tout au long de sa vie, Freud entretint des relations amicales &#233;trang&#232;res &#224; ce mod&#232;le &#171; &lt;i&gt;oncle-neuveu&lt;/i&gt; &#187; &#8212; par exemple avec Oskar Rie ou L&#233;opold K&#339;nigstein &#8212; mais ces hommes savaient peu ou rien de son travail. Ses &#233;l&#232;ves fid&#232;les stigmatis&#232;rent la &#171; &lt;i&gt;l&#226;chet&#233;&lt;/i&gt; &#187;, la &#171; &lt;i&gt;r&#233;sistance&lt;/i&gt; &#187; et la &#171; &lt;i&gt;fuite devant l'inconscient&lt;/i&gt; &#187; des coll&#232;gues de jadis qui avaient abandonn&#233; Freud. Bien que ces accusations puissent comporter un &#233;l&#233;ment de v&#233;rit&#233;, il faut en m&#234;me temps envisager le probl&#232;me dans la perspective de ses disciples talentueux : pour Jung, comme pour Adler avant lui, il &#233;tait intol&#233;rable de se voir barrer la route par un g&#233;nie et, il dut aller son propre chemin pour d&#233;charger sa frustration et conserver sa cr&#233;ativit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certains traits particuliers du cercle de Freud favorisaient ces conflits. D'une part la psychanalyse &#233;tait une &#171; &lt;i&gt;science&lt;/i&gt; &#187; fond&#233;e sur des preuves objectives, d'autre part Freud soulignait parfois la nature autobiographique de ses d&#233;couvertes. Comment un disciple pouvait-il faire clairement la part des choses entre l'&#339;uvre qui constituait un apport &#224; la science neutre et celle qui se contentait de refl&#233;ter des idiosyncrasies personnelles ? Freud pensait poss&#233;der des droits de propri&#233;t&#233; sp&#233;ciaux dans son domaine et, en m&#234;me temps voulait concevoir la psychanalyse comme une partie de la science occidentale, ind&#233;pendante de la volont&#233; humaine. En d&#233;courageant la controverse et en pr&#244;nant la conformit&#233; &#224; la volont&#233; du groupe &#8212; sinon &#224; celle de Freud &#8212;, le cercle freudien a laiss&#233; passer beaucoup d'occasions de discuter ouvertement de ses diff&#233;rends et, par cons&#233;quent, les explosions ont souvent &#233;t&#233; d'une puissance hors de toute proportion. Comme Freud le fit observer lui-m&#234;me, en psychanalyse la nature des preuves est telle qu'on n'atteint jamais le degr&#233; de certitude que l'on peut obtenir dans d'autres domaines ; l'excommunication devient alors la m&#233;thode la plus souvent usit&#233;e pour aplanir les contestations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; l'apog&#233;e de ses difficult&#233;s avec Freud en 1912-1913, Jung pensait vraisemblablement que c'&#233;tait la fa&#231;on m&#234;me dont Freud dirigeait le mouvement qui &#233;tait &#224; l'origine de la mobilisation des vell&#233;it&#233;s de r&#233;volte conte lui. Dans une lettre &#224; Jung qui ne fut pas envoy&#233;e, Freud &#233;voqua &#171; le reproche que vous me faites d'abuser de la psychanalyse pour maintenir mes &#233;l&#232;ves dans une d&#233;pendance infantile et d'&#234;tre, de ce fait, responsable de leur conduite infantile &#224; mon &#233;gard... &#187; En maintenant ses &#233;l&#232;ves dans sa d&#233;pendance jusqu'&#224; ce que leur individualit&#233; ne puisse plus s'exprimer que dans la r&#233;volte, en faisant de la profession d'analyste une question de vie ou de mort, Freud contribuait &#224; cr&#233;er des r&#233;actions &#339;dipiennes. Wittels estimait que Freud &#171; avait certainement l'art de traiter ses &#233;l&#232;ves comme des enfants en faisant alterner r&#233;compenses et punitions et, en les tenant &#224; l'abri des mauvaises fr&#233;quentations &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans une lettre de mars 1913, Jung &#233;crivit : &#171; Pas mal de n&#233;vros&#233;s n'ont besoin de personne pour leur rappeler leurs devoirs et leurs obligations sociales, mais sont plut&#244;t n&#233;s (cr&#233;&#233;s), pour &#234;tre les porteurs de nouveaux id&#233;aux culturels. Tant que nous ne consid&#232;rerons la vie que r&#233;trospectivement, comme c'est le cas dans les &#233;crits psychanalytiques de l'&#201;cole de Vienne, jamais nous ne rendrons justice &#224; ces personnes et jamais nous ne leur apporterons la d&#233;livrance &#224; laquelle ils aspirent de tout leur &#234;tre. Car de cette mani&#232;re, nous ne les exer&#231;ons qu'&#224; &#234;tre des enfants ob&#233;issants et renfor&#231;ons, par l&#224; m&#234;me, les forces qui ont fait d'eux des malades &#8212; leur h&#233;sitation conservatrice et leur soumission &#224; l'autorit&#233; &#8212;, [...] l'impulsion qui les d&#233;gage de leur relation conservatrice au p&#232;re n'est nullement un d&#233;sir infantile d'insubordination ; c'est un besoin puissant et intense de d&#233;velopper leur propre personnalit&#233;, et le combat qui y m&#232;ne est pour eux un imp&#233;ratif. La psychologie d'Adler rend bien davantage justice &#224; cette situation que celle de Freud. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s leur rupture, Freud d&#233;crivit Jung comme &#171; une personne qui, incapable de supporter l'autorit&#233; d'un autre, &#233;tait encore plus incapable de s'imposer elle-m&#234;me comme une autorit&#233;, et dont l'&#233;nergie s'&#233;puisait dans la poursuite sans scrupules de ses int&#233;r&#234;ts personnels. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jones prit quelque peine &#224; d&#233;tromper le public sur la r&#233;putation d'intol&#233;rance que s'&#233;tait gagn&#233;e Freud, et s'en prit en particulier &#224; ceux qui comparaient la psychanalyse &#224; un mouvement religieux, avec Freud comme nouveau pape. Selon sa propre version de ces malentendus, Freud &#233;tait certes le pape de la nouvelle secte, voire un personnage de rang plus &#233;lev&#233; encore, auquel tous devaient ob&#233;issance ; ses &#233;crits &#233;taient le texte sacr&#233; auquel les gens qui se voulaient infaillibles... devaient pr&#234;ter foi. Comme toute &#201;glise, elle avait ses h&#233;r&#233;tiques qu'il fallait exclure. La caricature &#233;tait assez &#233;vidente, mais le minuscule &#233;l&#233;ment de r&#233;alit&#233; qu'elle renfermait &#233;tait bien fait pour prendre la place de la r&#233;alit&#233; pourtant bien diff&#233;rente. Jones avait beau douter que &#171; l'id&#233;e g&#233;n&#233;rale de pape &#187; f&#251;t d'un grand secours pour comprendre Freud, l'honn&#234;tet&#233; de ce dernier eu pour effet de saper les tentatives ult&#233;rieures du biographe pour clarifier la position du maitre. Ainsi que se le rem&#233;mora Ludwig Binswanger : &#171; Je demandai &#224; Freud [...] comment cela se faisait que ce soient pr&#233;cis&#233;ment les a&#238;n&#233;s, et peut-&#234;tre les plus talentueux de ses disciples, Jung et Adler pour citer des exemples, qui aient rompu avec lui. Il me r&#233;pondit, non sans un brin d'auto-ironie : &#171; Pr&#233;cis&#233;ment parce qu'ils voulaient &#234;tre papes. &#187; &#187; En 1924, Freud employa encore la m&#233;taphore religieuse en parlant de Jung et d'Adler comme de &#171; &lt;i&gt;deux h&#233;r&#233;tiques&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; peine Jung fut-il pr&#233;sent&#233; &#224; Freud que le th&#232;me de l'&#339;dipe vint sur le tapis. Le jour qui suivit la premi&#232;re visite de Jung, en f&#233;vrier 1907, Freud les interrogea dit-on &#8212; Jung et Binswanger &#8212;, &#224; propos de leurs r&#234;ves. D'apr&#232;s les souvenirs du compagnon de Jung : &#171; Je ne me rappelle pas le r&#234;ve de Jung, mais je me rappelle l'interpr&#233;tation qu'en fit Freud, &#224; savoir que Jung d&#233;sirait le d&#233;tr&#244;ner et prendre sa place. &#187; Jung aspirait sans nul doute &#224; accomplir au moins autant que Freud et entretint peut-&#234;tre des d&#233;sirs meurtriers envers lui vers la fin de leur relation. Mais la mythologie classique qui, pressentait Freud, d&#233;veloppe si souvent en th&#232;me conscient ce qui se trouve profond&#233;ment enfoui en nous, relate, outre le crime d'&#338;dipe, la tentative d'infanticide de son p&#232;re, et nous parle &#233;galement d'autres p&#232;res qui prirent l'initiative contre leurs fils ; Kronos an&#233;antit tout ses fils sauf un, Zeus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me lorsque leurs rapports furent les plus intimes, on d&#233;celait des signes de fatigue et de tension entre Freud et Jung. Jung v&#233;n&#233;rait Freud tout en cultivant son &#171; b&#233;guin &#187; pour la religion ; enfant, il avait &#233;t&#233; victime d'un attentat sexuel par un homme qu'il avait autrefois ador&#233;, aussi ses sentiments vis-&#224;-vis de Freud le mettaient-ils mal &#224; l'aise. Pour sa part, Freud pensait qu'&#171; un transfert empreint de religiosit&#233; serait particuli&#232;rement catastrophique et ne pourrait se terminer que par l'apostasie. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tous deux furent invit&#233;s &#224; prendre la parole au vingti&#232;me anniversaire de l'universit&#233; Clark en 1909 ; ils travers&#232;rent donc l'Atlantique (avec Ferenczi). Durant le voyage ils se firent mutuellement part de leurs r&#234;ves. Aux yeux de Freud, Jung et Ferenczi &#233;taient ses h&#233;ritiers en psychanalyse ; ils dirent plus tard &#224; Jones : &#171; le th&#232;me pr&#233;dominant et r&#233;current &#187; des r&#234;ves de Freud &#171; &#233;tait le souci et l'inqui&#233;tude que lui causaient l'avenir de ses enfants et celui de la psychanalyse. &#187;
Jung estima, dit-on, qu'en ce qui concerne ces r&#234;ves de Freud, le probl&#232;me venait de leur rapport avec le triangle form&#233; par Freud, sa femme et la s&#339;ur cadette de celle-ci : &#171; Freud n'imaginait pas que j'&#233;tais au courant du triangle et de la relation intime avec sa belle-s&#339;ur. Aussi, quand il me raconta le r&#234;ve dans lequel sa femme et sa belle-s&#339;ur jouaient des r&#244;les importants, je demandai &#224; Freud de le conter quelques associations personnelles avec le r&#234;ve. Il me regarda avec amertume et dit : &lt;i&gt;&#171; Je pourrais vous en dire plus, mais je ne puis risquer mon autorit&#233;. &#187;&lt;/i&gt; Ceci mit &#233;videmment fin &#224; ma tentative de m'attaquer &#224; ses r&#234;ves. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les signes de tension les plus spectaculaires survinrent lors de deux courts &#233;vanouissements de Freud. L'un eut lieu &#224; Br&#232;me, avant leur d&#233;part pour le voyage de 1909 aux &#201;tats-Unis.
Freud venait de r&#233;ussir &#224; persuader Jung de renoncer &#224; l'abstention de boissons alcoolis&#233;es sur laquelle insistait Bleuler ; il est curieux que Freud, qui d&#233;testait &#171; la l&#233;g&#232;re griserie que la moindre boisson provoque &#187;, ait entrepris de modifier l'attitude de Jung envers l'alcool. Mais la position de Jung sur ce point faisait partie de la tradition du Burgh&#246;lzli et, en prenant un peu de vin avec Freud et Ferenczi, le jeune m&#233;decin suisse leur signifiait qu'il changeait d'all&#233;gence.
Au moment de leur discussion sur l'alcool, Jung se dit fascin&#233; par certaines d&#233;couvertes r&#233;centes de &#171; cadavres conserv&#233;s dans la tourbe &#187; dans les n&#233;cropoles pr&#233;historiques de Copenhague. Il avait confondu ces corps avec des momies du XVII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle conserv&#233;es &#224; Br&#234;me ; Freud le corrigea, mais l'int&#233;r&#234;t persistant de Jung pour le th&#232;me des &#171; cadavres &#187;, &#171; lui porta sur les nerfs. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une autre fois, lors d'une r&#233;union &#224; Munich, en 1912, alors que les tensions entre Freud et Jung &#233;taient encore plus &#233;videntes, Freud reprocha, nous dit Jones, aux deux Suisses Jung et Riklin, de publier dans des revues de leur pays certains travaux psychanalytiques sans que son nom y f&#251;t mentionn&#233;. Jung r&#233;pondit que cette mention aurait &#233;t&#233; inutile puisque tout le monde &#233;tait bien au courant, mais Freud avait per&#231;u les premiers indices de la brouille qui devait se produire l'ann&#233;e suivante. &#171; Il insista et prit la chose d'une fa&#231;on assez personnelle... nous le v&#238;mes soudain tomber &#233;vanoui. &#187;
Jung transporta Freud dans la pi&#232;ce voisine o&#249; celui-ci remarqua : &#171; Comme il doit &#234;tre agr&#233;able de mourir. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les questions de priorit&#233;s, que Freud ne prenait jamais &#224; la l&#233;g&#232;re, avaient d&#233;j&#224; surgi dans les rapports de Jung avec la psychanalyse. Jones mentionna en 1908, &#171; une de ces stupides petites questions de priorit&#233; qui... n'ont jamais cess&#233; d'entraver le progr&#232;s scientifique... &#187; En fait Abraham avait omis de mentionner, dans sa communication au Congr&#232;s, les recherches de Bleuler et de Jung sur la d&#233;mence pr&#233;coce, auxquelles il n'accordait aucun cr&#233;dit. Jung le prit tr&#232;s mal &#224; l'&#233;poque.
Freud essayait ordinairement d'apaiser la &#171; susceptibilit&#233; en mati&#232;re de priorit&#233;s &#187; chez ses disciples et ce, en l'occurrence, avec succ&#232;s. Sa propre pr&#233;occupation &#224; cet &#233;gard ne le c&#233;dait pourtant en rien &#224; celle de ses adeptes. Du temps o&#249; il &#233;tait encore en bons termes avec Jung, il avait pu, plaisantant &#224; demi, parler &#224; propos du travail de son premier &#233;l&#232;ve de forme de plagiat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La syncope de Freud &#224; Munich &#8212; comme celle de Br&#234;me &#8212; avait un rapport tr&#232;s &#233;troit avec le probl&#232;me des d&#233;sirs meurtriers de Jung &#224; l'&#233;gard de Freud. Avant l'incident, Freud et Jung &#233;taient en train de discuter d'un r&#233;cent article d'Abraham sur Am&#233;nophis IV d'&#201;gypet ancienne (Akhnaton) ; Abraham avait &#233;t&#233; impressionn&#233; par &#171; l'importance accord&#233;e &#224; la v&#233;rit&#233; dans son enseignement &#233;thique et avait mentionn&#233; au passage que, sans &#234;tre &#233;pileptique, Am&#233;nophis enfant avait, disait-on, souffert de &lt;i&gt;&#171; crises &#187;&lt;/i&gt;. &#187;
Dans ses derni&#232;res ann&#233;es, Freud revint au probl&#232;me de l'origine du monoth&#233;isme &#233;gyptien ; dans &lt;i&gt;Mo&#239;se et le monoth&#233;isme&lt;/i&gt; il souleva alors &#224; nouveau le probl&#232;me des priorit&#233;s en disant que Mo&#239;se avait emprunt&#233; aux &#201;gyptiens une religion qu'il avait ensuite transmise aux Juifs. En 1912 cependant, le conflit entre Freud et Jung portait sur les pr&#233;occupations du ma&#238;tre quant &#224; l'avenir de ses id&#233;es entre les mains de son successeur d&#233;sign&#233;. Freud s'exprima lui-m&#234;me sur un mode th&#233;&#226;tral en s'&#233;vanouissant. Freud sentait qu'il d&#233;pendait de Jung et, l'interpr&#233;tation que ce dernier avait donn&#233; d'Am&#233;nophis &#8212; selon lui bien autre chose qu'un homme qui avait fait rayer le nom de son p&#232;re des monuments, un homme dont il n'&#233;tait pas aussi simple de se d&#233;barrasser puisqu'il &#233;tait le fondateur d'une grande religion &#8212; &#233;branla peut-&#234;tre la foi de Freud en l'homme auquel il voulait confier la psychanalyse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lors de ses deux syncopes, tout se passa comme si Freud avait &#233;t&#233; submerg&#233; de col&#232;re au point de ne pas supporter ses propres &#233;motions. En s'&#233;vanouissant, il tentait peut-&#234;tre aussi de montrer &#224; Jung ce qu'il consid&#233;rait comme un motif sous-jacent chez lui, &#224; savoir sa volont&#233; de voir dispara&#238;tre Freud. On peut sans doute aussi consid&#233;rer cette d&#233;faillance de Freud comme un geste d'apaisement de sa part, une tentative de regagner ce qu'il craignait de perdre. Jung, n&#233;anmoins, interpr&#233;ta cette syncope comme un signe d'&#233;vitement et de soumission ; d'une part Freud &#233;tait sensible aux critiques et &#224; tout d&#233;fi &#224; son autorit&#233;, d'autre part il &#233;tait r&#233;ticent &#224; s'engager dans un conflit ouvert en face &#224; face avec Jung. Freud &#171; ne pouvait supporter la moindre parole critique &#187;, est-il cens&#233; avoir dit en se rem&#233;morant ces incidents. &#171; Exactement comme une femme. Confrontez-la &#224; une v&#233;rit&#233; d&#233;plaisante : elle s'&#233;vanouit &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfant, c'est Jung qui avait eu de courts moments de syncope. Mais &#224; l'&#226;ge adulte, Freud connut au moins deux autres &#233;pisodes de ce genre, tous deux en rapport avec Fliess.
Au d&#233;but des ann&#233;es 1890, Fliess avait op&#233;r&#233; du nez une patiente de Freud, &lt;i&gt;&#171; Irma &#187;&lt;/i&gt; (Emma Eckstein) ; quelque temps apr&#232;s, celle-ci saigna abondamment du nez en pr&#233;sence de Freud, et il s'&#233;vanouit &#224; la vue du sang. Le surprenant dans ce &#171; moment du faiblesse &#187;, elle s'&#233;tait, dit-on, moqu&#233;e de lui par la remarque : &#171; c'est bien le sexe fort ! &#187;. Il se peut qu'en s'&#233;vanouissant Freud ait tent&#233; d'&#233;chapper &#224; la situation, pour ne pas avoir &#224; soigner l'h&#233;morragie de la patiente, ou bien avoir &#224; avouer que son ami avait pu commettre la moindre erreur.
Dans les ann&#233;es 1890 encore, lorsque Freud pensait ressentir des palpitations cardiaques d'origine non organique, il &#233;prouva, en compagnie de Fliess, &#171; des sympt&#244;mes tr&#232;s semblables, encore que moins intenses, dans la m&#234;me salle... &#187;, celle de Munich o&#249; il s'&#233;vanouit plus tard devant Jung.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jones pensa que &#171; la ressemblance entre les deux situations &#187;, celle avec Fliess d'abord, celle avec Jung ensuite, &#233;tait &#171; ind&#233;niable &#187; et mettait &#171; en lumi&#232;re la r&#233;pugnance g&#233;n&#233;rale de Freud pour les disputes ; abandonn&#233;es &#224; elles-m&#234;mes, ses &#233;motions &#233;taient propres &#224; le d&#233;passer, d'o&#249; la main de fer dans laquelle il s'emprisonnait habituellement &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En novembre 1912, Freud &#233;crivit &#224; Ferenczi : &#171; J'ai eu une crise d'angoisse, &#224; table, comme cela m'&#233;tait arriv&#233; au Essighaus [&lt;a href='#nb3-1' class='spip_note' rel='footnote' title='C'est dans ce restaurant que Freud, Ferenczi et Jung avaient d&#233;jeun&#233; la (...)' id='nh3-1'&gt;1&lt;/a&gt;] &#224; Br&#234;me ; j'ai voulu me lever et j'ai perdu connaissance un moment &#187;. Et le mois suivant Freud &#233;crivit &#224; Binswanger : &#171; &#192; la suite de mon accident de Munich, je m'attends &#224; &#234;tre d&#233;clar&#233; bon pour l'&#233;ternit&#233;. Stekel a &#233;crit r&#233;cemment &#224; mon sujet que mon comportement montrait d&#233;j&#224; le trait hipocritique &lt;i&gt;(sic !)&lt;/i&gt;. Ils br&#251;lent tous d'impatience, mais je peux leur r&#233;pondre comme Mark Twain le fit dans un cas semblable : Nouvelles annon&#231;ant ma mort vraiment tr&#232;s exag&#233;r&#233;es [&lt;a href='#nb3-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Au cours d'une tourn&#233;e de conf&#233;rences de Mark Twain en Europe, la rumeur de sa (...)' id='nh3-2'&gt;2&lt;/a&gt;] &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Freud multiplia ses efforts d'auto-investigation apr&#232;s ces &#233;pisodes :
&#171; Mon &#233;vanouissement de Munich fut s&#251;rement l'effet d'&#233;l&#233;ments psychog&#232;nes, avec de forts renforcements somatiques (une semaine de tracas, une nuit blanche, l'&#233;quivalent d'une migraine, les t&#226;ches du jour). J'avais eu plusieurs autres acc&#232;s de ce genre ; chaque fois il y eut des causes annexes similaires, souvent un rien d'alcool, que je ne supporte absolument pas. Parmi les &#233;l&#233;ments psychiques, le fait que j'avais eu une crise absolument semblable au m&#234;me endroit &#224; Munich, en deux occasions ant&#233;rieures, il y a quatre et six ans de cela. &#192; la lumi&#232;re d'un diagnostic plus attentif, il semble &#224; peu pr&#232;s impossible d'attribuer ces acc&#232;s &#224; une cause plus grave, &#224; une faiblesse cardiaque par exemple. Des sentiments refoul&#233;s, dirig&#233;s cette fois contre Jung, comme autrefois contre un de ses pr&#233;d&#233;cesseurs, jou&#232;rent naturellement le r&#244;le essentiel &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce que Freud &#233;crivit en 1927 &#224; propos des crises de Dosto&#239;evski &#8212; &#171; bien avant l'incidence de l'&#233;pilepsie &#187;, pensait-il &#8212; peut en partie expliquer comment il comprit, &#224; l'&#226;ge de la maturit&#233;, ces pr&#233;c&#233;dentes syncopes :
&#171; Ces attaques &#233;taient li&#233;es &#224; l'id&#233;e de mort [...] Nous connaissons la signification et l'intention de ces crises l&#233;thargiques. Elles impliquent une identification avec un mort, une personne qui est vraiment morte, ou qui vit encore et dont on souhaite la mort ; ce dernier cas est le plus significatif. La crise se trouve avoir alors la valeur d'un ch&#226;timent : on a souhait&#233; la mort d'autrui, on est &#224; pr&#233;sent cet autrui et on est mort &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En s'&#233;vanouissant alors en pr&#233;sence de Jung, il se peut que Freud ait expi&#233; la haine criminelle par laquelle il r&#233;agissait aux d&#233;sirs meurtriers qu'il discernait chez son disciple contre lui-m&#234;me. En s'&#233;vanouissant, Freud avait &#233;perdument fuit une situation d&#233;sagr&#233;able. Mieux vaut parfois mourir en imagination que d'avoir &#224; assumer sa propre agressivit&#233;. En m&#234;me temps, Freud battait en retraite dans la discussion, tout en indiquant &#224; Jung, de la mani&#232;re la plus th&#233;&#226;trale qui soit, que les th&#232;mes d&#233;battus &#233;taient de la plus grande importance. L'implication affective de Freud vis-&#224;-vis de Jung &#233;taient exalt&#233;e par le caract&#232;re politique de son choix : en favorisant un &#233;tranger, dans le but d'op&#233;rer une ouverture plus large dans le monde, Freud s'&#233;tait ali&#233;n&#233; ses disciples locaux &#224; Vienne. D'autres membres du mouvement consid&#233;raient qu'en s'appuyant sur Jung, il cherchait &#224; se gagner les faveurs du monde des non-juifs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'ann&#233;e 1912, o&#249; il &#233;tait &#224; l'&lt;i&gt;&#171; apog&#233;e &#187;&lt;/i&gt; de son travail psychanalytique, ainsi que l'&#233;crivit Freud plus tard, se r&#233;v&#233;la critique dans la s&#233;paration des deux hommes. Freud estimait que Jung lui t&#233;moignait plus de froideur d&#232;s qu'il omettait de r&#233;pondre sur-le-champ &#224; l'une de ses lettres. Freud &#233;tait de temp&#233;rament jaloux, et d&#233;sapprouvait toute n&#233;gligence chez ses correspondants. Sa rage &#233;pistolaire provenait autant de son besoin de s'exprimer &#224; lui-m&#234;me ses pens&#233;es, qu'elle &#233;tait une mani&#232;re de s'ext&#233;rioriser devant les autres. Freud, contrairement &#224; Jung, &#233;tait un homme extraordinairement s&#233;rieux en ce qui concernait les aspects quotidiens de la vie, prompt &#224; d&#233;celer des &#233;l&#233;ments de trahison inconsciente. Lorsque Jones attira un jour l'attention de Freud sur un lapsus de Jung, sa r&#233;action fut : &#171; Un gentleman ne devrait pas faire des choses comme &#231;a, m&#234;me inconsciemment &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Freud et Jung envisageaient de mani&#232;re si diff&#233;rente la psychologie humaine, chacun &#224; partir de ses propres exp&#233;riences, que leurs points de vue rivaux paraissent presque in&#233;luctablement en porte-&#224;-faux. Freud, par exemple, tenait les croyances religieuses pour un tissu de mensonges inflig&#233;s &#224; la foule stupide. Dans les cas individuels qu'il avait en traitement, il lui arrivait d'appr&#233;cier le r&#244;le constructif que pouvait jouer la religion, mais sur le plan des g&#233;n&#233;ralit&#233;s, il se serait rang&#233; au vieil adage selon lequel la t&#226;che de celui qui gouverne est le meurtre, et celle du pr&#234;tre l'imposture.
L'id&#233;e que Freud se faisait de la religion &#233;tait, &#224; l'origine, patriarcale : &#171; L'ambivalence des sentiments envers le p&#232;re, sous-jacente &#224; toutes les religions [...] &#187;. Freud ignorait le personnage de la Vierge Marie ; il &#171; envisageait l'impulsion religieuse comme une pulsion absolument n&#233;gative et d&#233;riv&#233;e de la peur, bas&#233;e non sur l'amour mais sur la culpabilit&#233; ; non sur la communion avec une figure aim&#233;e, mais sur la pacification angoiss&#233;e d'un figure ha&#239;e &#187;.
Sa r&#233;sistance aux id&#233;es religieuses s'apparentait &#224; son rejet plus g&#233;n&#233;ral de la d&#233;pendance et de la passivit&#233;, associ&#233;s pour lui &#224; la f&#233;minit&#233;. Chaque fois que Freud se montrait intol&#233;rant une menace pesait sans doute sur quelque chose en lui, et peut-&#234;tre le probl&#232;me de la religion le toucha-t-il plus qu'il ne voulut l'admettre.
S'il n&#233;gligea la religion en tant que moyen pour l'homme de ma&#238;triser ses angoisses et de trouver un support &#224; ses aspirations, on peut peut-&#234;tre aussi faire remonter ses propres sentiments contre la religion &#224; la signification passive que rev&#234;tait pour lui le juda&#239;sme. L'attitude qu'adopta Freud envers la religion fut coh&#233;rente par rapport au reste de son &#339;uvre.
La recherche psychanalytique se pr&#233;occupait du &#171; &lt;i&gt;monde souterrain&lt;/i&gt; &#187; de la vie pulsionnelle, non des normes &#233;thiques religieuses traditionnelles. Et Freud avait une conception relativement limit&#233;e, biologique, de ce que l'on pourrait appeler pulsions : &#171; Beaucoup d'entre nous se r&#233;signeront difficilement &#224; renoncer &#224; la croyance, inh&#233;rente &#224; l'homme, qu'il existe une tendance &#224; la perfection &#224; laquelle il serait redevable du niveau actuel de ses facult&#233;s intellectuelles et de sa sublimation morale, et dont on serait en droit d'attendre la transformation progressive de l'homme actuel en surhomme.
Je dois avouer que je ne crois pas &#224; l'existence d'une pareille tendance interne et que je ne vois aucune raison de m&#233;nager cette illusion bienfaisante. &#192; mon avis, l'&#233;volution de l'homme, telle qu'elle s'est effectu&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent, ne requiert pas d'autre explication que celle des animaux [...] &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si intens&#233;ment qu'il ait aspir&#233;, dans sa jeunesse comme dans sa vieillesse, &#224; la compr&#233;hension philosophique, Freud souligna &#224; Jung la n&#233;cessit&#233; de mettre un frein &#224; ses tendances &#224; la sp&#233;culation, dans la mesure o&#249; il devait redouter pour lui que sa psychanalyse ne soit li&#233;e de trop pr&#232;s au mysticisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sans &#234;tre un grand adepte des religions &#233;tablies, Jung respectait les philosophies religieuses et, plus tard dans sa vie, se livra a une &#233;tude comparative des croyances religieuses du monde. Il tenta d'emp&#234;cher que la psychoth&#233;rapie ne se rigidifie pr&#233;matur&#233;ment en un jargon scientifique, et le respect de la religion &#233;tait un moyen de pr&#233;server le c&#244;t&#233; humain de la psychanalyse, estimait-il. Pour Freud, cependant, tout accent sur les fonctions positives de la religion &#233;tait &#224; proscrire, et s'il conclut finalement que la religion refl&#233;tait une n&#233;vrose collective, Jung pr&#233;tendit &#224; l'inverse que la n&#233;vrose refl&#233;tait la perte d'un avoir : &#171; Si le n&#233;vros&#233; est malade, ce n'est pas de la perte de sa foi ancienne, mais de ne pas avoir trouv&#233; une nouvelle forme &#224; ses aspirations les plus hautes &#187;.
Jung &#233;tait certes fils de pasteur - fait qui, tout d'abord, avait s&#233;duit Freud ; mais r&#233;trospectivement, celui-ci pensa que ses probl&#232;mes avec Jung venaient &#171; des ant&#233;c&#233;dents th&#233;ologiques de tant de Suisses &#187;. Ce fut d'autant moins facile pour Freud que, tout ce temps, il soup&#231;onna Jung d'antis&#233;mitisme d&#233;guis&#233;.
Alors que, comme Juif il s'&#233;tait mis en qu&#234;te de Jung afin d'ouvrir une br&#232;che dans le l'environnement &#233;touffant du milieu juif viennois, Jung avait choisi de mettre l'accent sur la fa&#231;on dont divers groupes culturels d&#233;veloppent des syst&#232;mes psychologiques diff&#233;rents, et en particulier comment la psychologie &#171; &lt;i&gt;aryenne&lt;/i&gt; &#187; pouvait diff&#233;rer de la psychologie juive. Mais pour Freud, toute attitude qui ne menait pas &#224; accepter la psychanalyse comme universellement vraie pour toute l'humanit&#233;, malgr&#233; les diff&#233;rences superficielles des caract&#232;res nationaux, &#233;quivalait &#224; du racisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Freud dut se sentir passablement horrifi&#233; lorsque, au cours de sa rupture avec Jung, il relata : &#171; Dans les derniers travaux de l'&#233;cole de Zurich, on constate un effort en vue d'introduire dans l'analyse, par une opposition voulue, des repr&#233;sentations religieuses &#187;. Freud &#233;tait fier de l'habilet&#233; de la psychanalyse &#224; r&#233;voquer &#171; tant d'id&#233;aux conventionnels &#187;, ce qui ne semblait pas toujours co&#239;ncider parfaitement avec les buts de Jung. En 1907, Freud lui avait &#233;crit en guise d'encouragement : &#171; Nous ne pouvons pas nous &#233;pargner des r&#233;sistances, pourquoi ne pas plut&#244;t les provoquer tout de suite ? [&lt;a href='#nb3-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Lettre du 7 avril 1907' id='nh3-3'&gt;3&lt;/a&gt;] &#187; Freud pr&#233;tendit qu'en 1912, Jung &#171; se vantait d'avoir, par les modifications qu'il avait fait subir &#224; la psychanalyse, vaincu les r&#233;sistances qu'elle rencontrait de la part d'un grand nombre de personnes qui, jusqu'alors n'avaient rien voulu savoir &#187;. Freud d&#233;sapprouvait cette attitude consistant &#224; &#171; diminuer th&#233;oriquement la valeur et l'importance du facteur sexuel &#187;, et en 1919 encore soutint : &#171; Le facteur de la sexualit&#233; est notre Schibboleth [&lt;a href='#nb3-4' class='spip_note' rel='footnote' title='mot h&#233;breu dont les gens de Galaad se servaient pour reconna&#238;tre ceux (...)' id='nh3-4'&gt;4&lt;/a&gt;] &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au plus fort de ses d&#233;m&#234;l&#233;s avec Jung, le fondateur de la psychanalyse expliqua la raison de son attitude belliqueuse : &#171; Nous poss&#233;dons la v&#233;rit&#233;. J'en suis aussi convaincu maintenant qu'il y a quinze ans &#187;. La querelle avec Jung for&#231;a Freud &#224; r&#233;affirmer les traits essentiels de son syst&#232;me d'id&#233;es : &#171; La th&#233;orie du refoulement et de la r&#233;sistance, la conception de la sexualit&#233; infantile, l'interpr&#233;tation des r&#234;ves et leur utilisation pour la connaissance de l'inconscient &#187;. Aussi donnait-il un conseil sp&#233;cifique &#224; ses disciples afin qu'ils viennent &#224; bout de leurs croyance : &#171; Il convient vraiment de traiter les m&#233;decins de la m&#234;me mani&#232;re que nos malades, non par la suggestion donc, mais en faisant ressortir leurs r&#233;sistances et le conflit [...] c'est pourquoi je crois que chacun doit se contenter de faire conna&#238;tre son point de vue et ses exp&#233;riences sans trop se soucier des r&#233;actions de l'auditoire &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-1' id='nb3-1' class='spip_note' title='Notes 3-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] C'est dans ce restaurant que Freud, Ferenczi et Jung avaient d&#233;jeun&#233; la veille de leur d&#233;part pour les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-2' id='nb3-2' class='spip_note' title='Notes 3-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Au cours d'une tourn&#233;e de conf&#233;rences de Mark Twain en Europe, la rumeur de sa mort se r&#233;pandit dans les journaux am&#233;ricains. Quelques-uns de ses amis t&#233;l&#233;graphi&#232;rent aussit&#244;t &#224; son adresse &#224; Londres pour savoir si la rumeur reposait sur la r&#233;alit&#233;. Twain lui-m&#234;me r&#233;pondit par le t&#233;l&#233;gramme suivant : &#171; Nouvelle de ma mort pour le moins fortement exag&#233;r&#233;e &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-3' id='nb3-3' class='spip_note' title='Notes 3-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Lettre du 7 avril 1907&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-4' id='nb3-4' class='spip_note' title='Notes 3-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] mot h&#233;breu dont les gens de Galaad se servaient pour reconna&#238;tre ceux d'Ephra&#239;m, qui pronon&#231;aient &lt;i&gt;sibboleth&lt;/i&gt;, et qu'ils &#233;gorgeaient aussit&#244;t.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'occulte</title>
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		<description>Si Bleuler, le ma&#238;tre de Jung, avait fait une &#171; d&#233;sagr&#233;able &#187; impression &#224; Freud au Congr&#232;s de Salzbourg, on peut peut-&#234;tre expliquer cet incident sp&#233;cifique par le principe freudien plus g&#233;n&#233;ral : &#171; On dit aussi d'un homme qu'il est unheimliche, &#233;trangement inqui&#233;tant, quand on lui suppose de mauvaises intentions. &#187; (Bleuler &#233;tait un chef rival dont Freud r&#233;ussit, &#224; son profit, &#224; d&#233;tourner Jung.) Mais on peut vraisemblablement penser que ce sont les aspirations mystiques de Freud, et son int&#233;r&#234;t inconfortable (...)

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&lt;a href="http://www.passereve.com/spip/spip.php?rubrique3" rel="directory"&gt;C. G. Jung, le &#171; prince h&#233;ritier &#187;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Si Bleuler, le ma&#238;tre de Jung, avait fait une &#171; d&#233;sagr&#233;able &#187; impression &#224; Freud au Congr&#232;s de Salzbourg, on peut peut-&#234;tre expliquer cet incident sp&#233;cifique par le principe freudien plus g&#233;n&#233;ral : &#171; On dit aussi d'un homme qu'il est &lt;i&gt;unheimliche&lt;/i&gt;, &#233;trangement inqui&#233;tant, quand on lui suppose de mauvaises intentions. &#187; (Bleuler &#233;tait un chef rival dont Freud r&#233;ussit, &#224; son profit, &#224; d&#233;tourner Jung.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais on peut vraisemblablement penser que ce sont les aspirations mystiques de Freud, et son int&#233;r&#234;t inconfortable pour l'occulte, qui, hormis des divergences scientifiques objectives, favoris&#232;rent la rupture entre lui et son successeur d&#233;sign&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Freud et Jung partageaient un m&#234;me int&#233;r&#234;t pour l'occulte. Freud &#233;crivit quelque part que l'un des deux th&#232;mes qui l'avaient &#171; toujours rendu perplexe jusqu'&#224; lui faire perdre la t&#234;te &#187; &#233;tait celui de l'occultisme ; or les probl&#232;mes de l'occultisme, du spiritisme et de la parapsychologie int&#233;ressaient Jung depuis longtemps.
Freud craignait que, vu son int&#233;r&#234;t personnel tout particulier pour la t&#233;l&#233;pathie (ou &#8220;&lt;i&gt;transmission de pens&#233;es&lt;/i&gt;&#8221;, comme il pr&#233;f&#233;rait la nommer), le grief de mysticisme ne se port&#226;t sur ses autres travaux. Mais Freud et Jung avaient toutes les raisons de s'ent&#234;ter dans cette direction de recherche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par ses &#233;tudes sur le r&#234;ve, Freud avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; soup&#231;onn&#233; de non-scientificit&#233;, voire de mysticisme ; mais ce n'est que parce qu'il n&#233;gligea la sagesse scientifique re&#231;ue qu'il fut en mesure d'apporter une confirmation &#224; certaines croyances populaires sur la signification des r&#234;ves. La t&#233;l&#233;pathie et l'onirisme avaient tous deux &#171; suscit&#233; le m&#234;me m&#233;pris et la m&#234;me morgue de la part de la science officielle &#187;, ce qui incita Freud &#224; affirmer la l&#233;gitimit&#233; de ses investigations dans le domaine (pour lui) toujours obscur de la t&#233;l&#233;pathie.
D&#233;sireux de justifier son int&#233;r&#234;t pour l'occulte, Freud en revint &#224; ses premi&#232;res d&#233;couvertes sur le r&#234;ve : &#171; Il faut d&#233;clarer ses couleurs et s'inqui&#233;ter aussi peu du scandale &#224; cette occasion qu'&#224; d'autres peut-&#234;tre plus importantes... Une fois de plus, il me fallait envisager de r&#233;p&#233;ter, sur une &#233;chelle r&#233;duite, la grande exp&#233;rience de ma vie : &#224; savoir, proclamer une conviction sans rencontrer aucun &#233;cho provenant du monde ext&#233;rieur. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, si Freud parlait dans ses lettres et ailleurs, de son besoin d'&#171; audience &#187;, il voulait aussi rester seul. Il croyait avoir tir&#233; le terrain intellectuel des r&#234;ves des brumes du mysticisme ; et puisque les r&#234;ves avaient longtemps &#233;t&#233; associ&#233;s &#224; la folie, Freud se sentait habilit&#233; &#224; explorer les zones plus t&#233;n&#233;breuses encore de l'occulte, dans son effort pour comprendre la n&#233;vrose.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les premi&#232;res personnes &#224; s'int&#233;resser aux id&#233;es de Freud furent, dans une large mesure, des gens pr&#233;occup&#233;s surtout de ph&#233;nom&#232;nes para-psychologiques. Parmi ses &#233;l&#232;ve, Jung fut celui qui alla le plus loin dans ce domaine, tentant de comprendre la graphologie et l'astrologie, l'alchimie et m&#234;me par la suite les soucoupes volantes. Non seulement il avait du respect pour le mysticisme religieux mais m&#234;me la communication entre les vivants et les morts lui semblait probable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certains &#233;l&#233;ments de l'&#339;uvre de Jung permirent &#224; un opposant comme Jones de le taxer de &#171; personnalit&#233; d&#233;sinvolte &#187;, dont &#171; la pens&#233;e manquait &#224; la fois de clart&#233; et de constance &#187;. Jung avait un &#171; esprit confus &#187; et m
arqu&#233; d'&#171; obscurantisme mystique &#187;, soutenait-il.
Si Jones porta ce jugement cinglant sur le caract&#232;re et l'&#339;uvre de Jung dans son ensemble, c'est que, pendant un certain temps, il avait craint la puissance de l'influence qu'il paraissait avoir sur Freud ; plus tard, il essaya de mettre Freud en garde contre la tentation de prendre la t&#233;l&#233;pathie au s&#233;rieux.
Il n'&#233;tait pas le seul &#224; &#233;prouver ces angoisses. Karl Abraham en particulier, &#171; r&#233;prouvait &#187; ce qu'il appelait &#171; la propension &#224; l'occultisme, &#224; l'astrologie et au mysticisme existant &#224; Zurich... &#187; Pour rassurer Abraham, Freud lui dit que la valeur scientifique de la psychanalyse n'allait pas sombrer &#224; cause de (...) Jones eut beau essayer de se pencher sur le pass&#233; en d&#233;crivant l'int&#233;r&#234;t de Freud pour l'occulte, son propre scepticisme le conduisit &#224; exclure ce qu'il n'&#233;tait pas &#224; m&#234;me de comprendre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un simple coup d'&#339;il sur l'&#339;uvre de certains autres &#233;l&#232;ves de Freud nous montre l'importance du r&#244;le que jou&#232;rent les probl&#232;mes de t&#233;l&#233;pathie dans sa vie. Sandor Ferenczi, par exemple, un de ses amis proches et l'analyste hongrois le plus renomm&#233;, croyait avec enthousiasme &#224; la r&#233;alit&#233; de la t&#233;l&#233;pathie. Freud dit un jour voir, dans ses &#233;tudes sur l'occultisme, la preuve de son aptitude &#224; se d&#233;velopper en toute autonomie au sein de la psychanalyse, sans c&#233;der davantage &#224; la r&#233;bellion qu'&#224; une soumission exag&#233;r&#233;e. Ferenczi semblait pr&#234;t &#224; accr&#233;diter l'existence d'un pouvoir de proph&#233;tie, et un jour, avant le premi&#232;re guerre mondiale, il amena un t&#233;l&#233;pathe m&#233;dium &#224; une r&#233;union de la Soci&#233;t&#233; Psychanalytique de Vienne : quelqu'un devait noter quelque chose sur une feuille et le m&#233;dium devait deviner ce que c'&#233;tait.
Chaque fois que l'un de ses disciples faisait une communication sur un r&#234;ve t&#233;l&#233;pathique ou rendait compte des performances suppos&#233;es de quelque personne aux dons particuliers &#8212; sans du tout nier l'existence de pareils ph&#233;nom&#232;nes &#8212; Freud conseillait &#224; tous la plus grande prudence. Les &lt;i&gt;Minutes de la Soci&#233;t&#233; Psychanalytique de Vienne&lt;/i&gt; font &#233;tat d'une &#171; longue discussion &#187; en 1910, &#171; sur les ph&#233;nom&#232;nes du spiritisme, de l'occultisme et de la clairvoyance (...) &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Durant la p&#233;riode qui pr&#233;c&#233;da la premi&#232;re guerre mondiale, et parce que l'avenir de la psychanalyse &#233;tait trop incertain peut-&#234;tre, pour permettre d'y englober une discipline comme la t&#233;l&#233;pathie, Freud demeura sceptique ; en public tout au moins. Lorsqu'il prit la parole &#224; la fin de cette s&#233;ance de la Soci&#233;t&#233; o&#249; il avait &#233;t&#233; question du &#171; spiritisme, de l'occultisme et de la clairvoyance &#187;, il dit : &#171; &#192; supposer que de telles choses existent, elles sont physiologiques et non psychologiques. &#192; part cela, il semble que &lt;i&gt;subjectivement&lt;/i&gt;, le d&#233;sir de tromper soit toujours pr&#233;sent. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;N&#233;anmoins, les disciples les plus loyaux de Freud continu&#232;rent &#224; consacrer des travaux &#224; la t&#233;l&#233;pathie et &#224; l'occulte &#8212; indice qui en vaut bien un autre quand il s'agit de montrer la persistance de son int&#233;r&#234;t pour le sujet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si Freud pouvait admettre l'&#233;ventualit&#233; de la t&#233;l&#233;pathie, et si le th&#232;me de l'occultisme le troublait, il savait aussi &#234;tre coriace pour ce qui avait trait au royaume du myst&#233;rieux ou du miraculeux. Lorsqu'il parlait de la &#171; tendance g&#233;n&#233;rale de l'humanit&#233; &#224; &#234;tre cr&#233;dule et &#224; croire na&#239;vement au miraculeux &#187;, c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce qu'il entendait vaincre par la psychanalyse qu'il faisait allusion.
Freud &#233;crit avec regret que &#171; lorsque la psychanalyse et l'occultisme (...) se rencontrent (...) la premi&#232;re voit se dresser contre elle toutes nos pulsions mentales, si j'ose dire, alors que de puissantes et myst&#233;rieuses sympathies nous conduisent &#224; mi-chemin du second &#187;. Pour Freud, cette opposition signifiait que l'on avait touch&#233; &#224; une v&#233;rit&#233; profonde ; un accueil favorable signifiait que l'on se conformait, intentionnellement ou non, &#224; ce que les gens voulaient croire, dans leur d&#233;sir de se leurrer eux-m&#234;mes.
Persuad&#233; que &#171; l'humanit&#233; aspire irr&#233;m&#233;diablement au mysticisme (...) et d&#233;ploie d'incessants efforts pour faire gagner au mysticisme le terrain dont l'a priv&#233; &lt;i&gt;L'interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt;, &#187; Freud se devait de s'expliquer &#224; ce sujet. Il finit par affirmer, dans le mysticisme, l'existence d'&#171; une obscure auto perception de la sph&#232;re ext&#233;rieure au moi, c'est-&#224;-dire du &#231;a &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les sentiments humains qu'il d&#233;couvrait derri&#232;re les croyances mystiques &#233;taient reli&#233;s aux autres &#233;motions qu'il avait du mal &#224; comprendre et &#224; tol&#233;rer. Les sentiments de &lt;i&gt;&#8220;passage&#8221;&lt;/i&gt;, ou encore le &lt;i&gt;&#8220;sentiment oc&#233;anique&#8221;&lt;/i&gt; &#233;taient difficilement assimilables par l'id&#233;al de rationalit&#233; de Freud ; on aurait dit qu'il soup&#231;onnait toute forme d'extase de perturber la maitrise intellectuelle qui avait tant d'importance pour lui.
Pour Freud, la science &#233;tait, en son essence, &#171; le plus profond renoncement au principe de plaisir dont notre travail psychique soit capable &#187;. Il &#233;tait fier de sa facult&#233; d'exhumer une cause mentale l&#224; o&#249; le sens commun &#233;tait souvent incapable de d&#233;celer quoi que ce soit de probl&#232;matique ; il r&#233;cusa l'opinion selon laquelle &#171; lorsqu'il s'agit, au contraire, de r&#233;solutions insignifiantes, indiff&#233;rentes, on affirme volontiers qu'on aurait pu tout aussi bien se d&#233;cider autrement, qu'on a agi librement, qu'on a accompli un acte de volont&#233; non motiv&#233; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Freud admettait aussi la pr&#233;sence du hasard : &#171; Je crois au hasard ext&#233;rieur (r&#233;el), mais je ne crois pas au hasard int&#233;rieur (psychique). C'est le contraire du superstitieux &#187;. En rationaliste froid, il pensait qu'il serait superstitieux de trouver partout une causalit&#233;, alors que les co&#239;ncidences existent bel et bien. Il &#233;tait contre &#171; un respect exag&#233;r&#233; &#224; l'&#233;gard du &#8220;myst&#233;rieux inconscient&#8221;. Il n'est que trop facile d'oublier qu'un r&#234;ve n'est, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, qu'une pens&#233;e comme une autre &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Freud alla jusqu'&#224; nier la l&#233;gitimit&#233; de l'intuition en psychologie. &#171; La connaissance de l'univers ne peut d&#233;couler que d'un travail intellectuel, d'observations soigneusement contr&#244;l&#233;es, de recherches rigoureuses, mais non d'une r&#233;v&#233;lation, d'une intuition ou d'une divination (...) L'intuition et la divination, si elles existaient vraiment, seraient capables de nous ouvrir de nouveaux horizons, mais nous pouvons, sans h&#233;siter, les ranger dans la cat&#233;gorie des illusions et parmi les r&#233;alisations imaginaires d'un d&#233;sir &#187;.
Relier l'intuition &#224; la &lt;i&gt;&#8220;r&#233;v&#233;lation&#8221;&lt;/i&gt; et &#224; la &lt;i&gt;&#8220;divination&#8221;&lt;/i&gt;, c'&#233;tait la condamner comme une sorte de supercherie. Ailleurs, Freud &#233;crivit que &#171; l'&lt;i&gt;Einf&#252;hlung&lt;/i&gt; l'&#8220;empathie&#8221; (...) joue un tr&#232;s grand r&#244;le, gr&#226;ce aux possibilit&#233;s qu'elle nous offre de p&#233;n&#233;trer l'&#226;me de personnes &#233;trang&#232;res &#224; notre &lt;i&gt;moi &#187;&lt;/i&gt;. Pourtant, il &#233;tait si rationaliste que, s'agissant des processus qui pr&#233;sident &#224; la construction des th&#233;ories, il fit observer : &#171; Dans les travaux de ce genre je ne me fie pas beaucoup &#224; ce qu'on appelle l'intuition &#187;. et : &#171; Pour autant que je puisse juger, l'intuition m'apparait plut&#244;t comme l'effet d'une certaine impartialit&#233; intellectuelle &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme l'a observ&#233; une biographe, Freud pr&#233;sentait au moins deux visages distincts, l'un sombre, passionn&#233;, port&#233; au tourment et &#224; la superstition, tendre parfois jusqu'&#224; la sentimentalit&#233;, dou&#233; d'humour (...) l'autre raisonnable et un peu raisonneur, toujours pr&#234;t &#224; reconnaitre ses torts pourvu qu'on les lui d&#233;montre, avec une propension &#224; donner des le&#231;ons et &#224; tirer de tout un enseignement.
Avec l'&#226;ge, ces deux aspects &#8212; le romantique respectueux de l'inconnu et le chercheur scientifique rationaliste &#8212; ne cess&#232;rent de s'accentuer. Si &#233;trange que cela paraisse, Freud se mit &#224; croire &#224; la transmission de pens&#233;e dans les ann&#233;es 1920, p&#233;riode de sa vie o&#249; il mettait de plus en plus en exergue le c&#244;t&#233; purement scientifique de la psychanalyse, par opposition &#224; son c&#244;t&#233; artistique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien que nombre de ces courants de la pens&#233;e freudienne aient pris place alors que Jung avait depuis longtemps quitt&#233; son cercle, celui qui veut comprendre ce qui avait uni les deux hommes et de qui provoqua leur rupture doit envisager la carri&#232;re de Freud comme un tout. Freud &#233;voqua, en 1901, l'&#233;poque de ses fian&#231;ailles avec Martha : &#171; Lorsque, jeune homme, j'habitais une ville &#233;trang&#232;re, seul et loin des miens, il m'a souvent sembl&#233; entendre subitement prononcer mon nom par une voix connue et ch&#232;re et je notais ce moment pr&#233;cis o&#249; s'&#233;tait produite l'hallucination, pour me renseigner aupr&#232;s des miens sur ce qui s'&#233;tait pass&#233; chez eux &#224; ce moment l&#224;. On me r&#233;pondit chaque fois qu'il ne s'&#233;tait rien pass&#233;. &#187;
En 1924, toutefois, l'attitude de Freud envers la t&#233;l&#233;pathie s'&#233;tait assez modifi&#233;e pour qu'il compl&#232;te d'une nouvelle phrase le r&#233;sum&#233; du r&#233;cit de de qu'il avait appel&#233; ses exp&#233;riences d'&lt;i&gt;&#8220;hallucination&#8221;&lt;/i&gt; : &#171; Je dois cependant confesser que dans les derni&#232;res ann&#233;e, j'ai fait quelques remarquables exp&#233;riences que l'on aurait ais&#233;ment pu expliquer &#224; partir de l'hypoth&#232;se d'une transmission t&#233;l&#233;pathique des pens&#233;es &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Freud participa &#224; une s&#233;ance de t&#233;l&#233;pathie au moins, et il &#233;tait aussi ouvert &#224; l'occulte que le grand psychologue William James, qui, il est vrai, s'en laissait parfois conter. Ce que Freud avait principalement &#224; l'esprit, ce n'&#233;tait pas la communion avec les morts, mais la communication non verbale parmi les vivants. Que deux esprits puissent entrer en contact sans le secours d'un pont conscient le fascinait et lui faisait horreur &#224; la fois.
Le concept de t&#233;l&#233;pathie s&#233;duisait Freud car il aurait pu accro&#238;tre l'importance de l'inconscient. Mais il craignait d'&#171; avoir l'air de retourner &#224; la superstition, en passant par-dessus la science &#187;. Et il s'empressa, un jour, de r&#233;cuser un semblant d'exemple de t&#233;l&#233;pathie entre m&#232;re et enfant, &#233;tablissant qu'en l'occurrence leurs inconscients se trouvaient en contact si &#233;troit qu'il ne fallait aucune transmission de pens&#233;e pour l'expliquer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s 1889 au moins, Freud fit allusion, dans ses &#233;crits, &#171; aux probl&#232;mes obscurs &#224; la fronti&#232;re de l'hypnose (transmission de pens&#233;es, etc.) &#187;. Dans la mesure o&#249; il s'&#233;tait lui-m&#234;me appuy&#233; sur la technique de l'hypnose dans ses premi&#232;res psychoth&#233;rapies, les pr&#233;dispositions plus ou moins &#8220;magiques&#8221; de la psych&#233; humaine lui &#233;taient famili&#232;res.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Le sommeil &#187;, pensait-il, &#171; parait particuli&#232;rement favorable &#224; la r&#233;ception du message t&#233;l&#233;pathique &#187; ; l'&#233;tude de la transmission des pens&#233;es semblait donc d&#233;couler logiquement de ses premiers &#233;crits sur le r&#234;ve. Non seulement il releva &#171; le fait incontestable que le sommeil cr&#233;e des conditions favorables &#224; la t&#233;l&#233;pathie &#187; mais , pensant peut-&#234;tre au sommeil comme &#224; une forme temporaire de mort, il soutint que &#171; l'immense majorit&#233; des injonctions t&#233;l&#233;pathiques portent sur la mort ou une possibilit&#233; de mort &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si impartial qu'ait tent&#233; d'&#234;tre Freud en mati&#232;re de t&#233;l&#233;pathie, sa pr&#233;occupation de la mort &#233;tait excessive, au point de confiner &#224; la superstition. Une rencontre avec quelqu'un qui lui ressemblait lui rappelait la croyance populaire que la vision de son double constituait une proph&#233;tie de mort. Il &#233;crivit ouvertement &#171; Je trouve, dans ces op&#233;rations inconscientes sur les nombres, une tendance &#224; la superstition (...) &#187; et, invariablement, ces nombres portaient sur la date de sa mort : &#171; J'en vins g&#233;n&#233;ralement &#224; sp&#233;culer sur la dur&#233;e de ma propre vie et celle de ceux qui me sont chers (...) &#187;
Jones rapporte qu'&#224; soixante ans, Freud &#171; croyait superstitieusement n'avoir plus que peu d'ann&#233;es &#224; vivre &#187;, et lors d'un voyage en Italie, il fut hant&#233; par le nombre soixante-deux. &#192; diff&#233;rentes &#233;poques, il crut qu'il mourrait &#224; un &#226;ge d&#233;termin&#233; ; &#224; quatre-vingt et un ans, il nourrissait l'id&#233;e qu'il mourrait au m&#234;me &#226;ge que son p&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La g&#232;ne de Freud &#224; propos de la t&#233;l&#233;pathie avait un lien &#233;troit avec le probl&#232;me de la mortalit&#233;. Si son &#8220;double&#8221; &#233;tait &#171; un &#233;trangement inqui&#233;tant signe avant-coureur de la mort &#187;, il repr&#233;sentait aussi &#171; une assurance de survie (...) &#187;. Freud pensait que la croyance en un &#8220;double&#8221; &#233;tait originellement une assurance contre la destruction du moi, &#171; un &#233;nergique d&#233;menti &#224; la puissance de la mort &#187;, comme le dit Rank, et probablement l'&#226;me immortelle &#233;tait -elle le premier double du corps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pr&#233;cis&#233;ment, chaque fois qu'une pens&#233;e de Freud se r&#233;alisait, ses craintes superstitieuses s'en trouvaient ranim&#233;es. En l'honneur de son cinquanti&#232;me anniversaire, en 1906, ses disciples lui firent frapper un m&#233;daillon, avec un &lt;i&gt;motto&lt;/i&gt; tir&#233; de l'&lt;i&gt;&#338;dipe-Roi&lt;/i&gt; de Sophocle : &lt;i&gt;&#171; qui r&#233;solut l'&#233;nigme fameuse et fut un homme de tr&#232;s grand pouvoir &#187;&lt;/i&gt;. Cette inscription fit une d&#233;sagr&#233;able impression sur Freud, dans la mesure o&#249; c'&#233;tait exactement la m&#234;me qu'il avait choisie des ann&#233;es auparavant, pour son propre buste &#224; l'universit&#233; de Vienne. Lorsqu'il vit le message du m&#233;daillon, &#171; Freud p&#226;lit, s'agita, et, d'une voix &#233;trangl&#233;e demanda qui y avait song&#233; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La sensibilit&#233; aigu&#235; de Freud &#224; la m&#233;moire, &#224; ses s&#233;lections et ses d&#233;formations, venait, en toute logique, &#224; l'appui de son int&#233;r&#234;t pour les sentiments de &lt;i&gt;&#8220;d&#233;j&#224; vu&#8221;&lt;/i&gt;. Mais sa recherche sur de telles illusions s'accompagnait aussi d'un jeu de sentiments personnels qui offrait davantage mati&#232;re &#224; controverse, &#224; savoir sa r&#233;action de g&#234;ne sinon de d&#233;go&#251;t envers ce qu'il discuta sous la rubrique &lt;i&gt;Das Unheimliche&lt;/i&gt;, d'&#171; inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; &#187;. Pour Freud, cela signifiait d&#233;sagr&#233;able et, dans son essai, il y voyait un &#171; concept apparent&#233; &#224; ceux d'effroi et d'angoisse &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sa curiosit&#233; &#224; ce sujet n'&#233;tait pas exempte d'angoisse. Avec assez d'&#224;-propos pour un homme si int&#233;ress&#233; par le probl&#232;me du double, il connaissait d'autres auteurs qui avaient fouill&#233; dans le surnaturel. De mani&#232;re significative, Freud consid&#233;ra sa vision du probl&#232;me comme totalement d&#233;nu&#233;e d'originalit&#233;. Comme son essai avait &#233;t&#233; compos&#233; dans l'isolement qu'imposaient les conditions d'existence &#224; Vienne durant la premi&#232;re guerre mondiale, il &#233;crivit : &#171; Je dois convenir toutefois que, pour des raisons faciles &#224; comprendre et tenant &#224; l'&#233;poque o&#249; il a paru, la litt&#233;rature dans ce petit article, et en particulier la litt&#233;rature &#233;trang&#232;re, n'a pas &#233;t&#233; consult&#233;e &#224; fond, ce qui lui enl&#232;ve aupr&#232;s du lecteur tout droit &#224; la priorit&#233;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est difficile, en repensant aux d&#233;boires de Freud avec Adler et Steckel, de ne pas conclure que, tout l&#233;gitime qu'il f&#251;t, son souci de priorit&#233;s d&#233;rivait aussi d'angoisses personnelles. &#192; cet &#233;gard il est int&#233;ressant de noter que le second probl&#232;me qui, outre celui de l'occultisme, &#171; le rendait perplexe jusqu'&#224; lui faire perdre la t&#234;te &#187;, &#233;tait une controverse &#224; propos de l'auteur pr&#233;sum&#233; des pi&#232;ces de Shakespeare.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Freud choisit d'envisager la face n&#233;gative des sentiments d'&#171; &lt;i&gt;inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Il pensait que &#171; chaque fois elle se laisse ramener au refoul&#233; de choses autrefois famili&#232;res &#187; puisqu'elle &#233;tait pour lui &#171; cette vanit&#233; de l'effrayant qui se rattache aux choses connues depuis longtemps, et de tous temps famili&#232;res. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si Bleuler, le ma&#238;tre de Jung, avait fait une &#171; d&#233;sagr&#233;able &#187; impression &#224; Freud au congr&#232;s de Salzbourg, il est peut-&#234;tre possible d'expliquer cet incident sp&#233;cifique par le principe freudien plus g&#233;n&#233;ral : &#171; On dit aussi d'un homme qu'il est &lt;i&gt;unheimliche&lt;/i&gt; &#233;trangement inqui&#233;tant , quand on lui suppose de mauvaises intentions. &#187; (Bleuler &#233;tait un chef rival dont Freud r&#233;ussit, &#224; son profit, &#224; d&#233;tourner Jung.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Freud devait avoir avec Jung certains probl&#232;me qu'il avait eus jadis avec Fliess et Adler, tout au moins dans leurs pol&#233;miques pour d&#233;terminer &#171; qui avait eu telle ou telle id&#233;e le premier. &#187; Le traitement psychanalytique tournait autour du transfert de pens&#233;es, conscientes autant qu'inconscientes, du patient &#224; l'analyste ; il n'&#233;tait donc pas surprenant que Freud tente de comprendre les ph&#233;nom&#232;nes de communication t&#233;l&#233;pathique et d'en donner une explication rationnelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Peut-&#234;tre un analyste contemporain verrait-il, dans les tourments de Freud &#224; propos de la transmission de pens&#233;e (comme dans son angoisse des nombres), un reliquat de son pass&#233; infantile : une peur panique que quelqu'un puisse lui enlever quelque chose et une r&#233;affirmation du fait qu'il &#233;tait le premier sinon le seul enfant de sa m&#232;re. Il faut au moins quelques explications de ce genre pour expliquer qu'un homme de science aussi consciencieux que Freud soit all&#233; jusqu'&#224; accepter la r&#233;alit&#233; de la t&#233;l&#233;pathie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avant la premi&#232;re guerre mondiale, il lui arriva, tard dans la nuit et dans un caf&#233;, d'&#233;voquer devant ses disciples sa croyance en quelque chose de mystique dont il ne d&#233;sirait pas parler. Le temps aidant n&#233;anmoins, il gagna en audace et, en 1921 lut &#224; un petit groupe d'adh&#233;rents un article sur &#171; &lt;i&gt;la psychanalyse et la t&#233;l&#233;pathie&lt;/i&gt; &#187; qui demeura &#224; l'&#233;tat de manuscrit jusqu'&#224; sa mort et plus tard encore. Tout en pr&#233;tendant que son attitude personnelle envers la question restait ambivalente et peu enthousiaste, il devint plus franc au fil des ann&#233;es. En 1932 Freud &#233;crivit :&#171; Quand, il y a cela plus de dix ans, je vis surgir dans mon horizon ces ph&#233;nom&#232;nes occultes, je ressentis moi aussi la crainte qu'ils n'en vinssent &#224; menacer notre conception scientifique du monde, qui aurait d&#251; c&#233;der la place au spiritisme ou &#224; la mystique si certaines donn&#233;es de l'occultisme s'&#233;taient confirm&#233;es. Actuellement, j'ai chang&#233; d'avis. &#187; Il en vint &#224; croire que ses exp&#233;riences cliniques lui avaient fourni assez de mat&#233;riaux sur la t&#233;l&#233;pathie pour conclure &#171; la balance penche ici encore du c&#244;t&#233; de la transmission de pens&#233;es &#187;. Comme dans le cas de ses id&#233;es ant&#233;rieures, &lt;strong&gt;Freud insistait pour d&#233;crire sa contribution comme factuelle plut&#244;t que conceptuelle&lt;/strong&gt; : &#171; Dans l'ensemble, &#233;crivait-il &#224; pr&#233;sent, la balance semble pencher vers la v&#233;ritable transmission de pens&#233;e. &#187; Ainsi qu'il l'&#233;crivit dans une lettre la m&#234;me ann&#233;e, &#171; tous les ph&#233;nom&#232;nes dits occultes recouvrent quelque chose de neuf et d'important &lt;strong&gt;le fait&lt;/strong&gt; de la transmission de pens&#233;e, c'est-&#224;-dire le transfert de processus psychiques &#224; d'autres gens &#224; travers l'espace &#187;. Comme les r&#234;ves, les ph&#233;nom&#232;nes occultes cachaient leur signification secr&#232;te derri&#232;re un contenu manifeste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On ne devrait pas &#234;tre surpris de ce que Freud cr&#251;t parfois autant &#224; la t&#233;l&#233;pathie de Jung. En expliquant les racines de la superstition, il avait not&#233; : &#171; La pr&#233;dilection des obs&#233;d&#233;s pour l'incertitude et le doute devient chez eux une raison d'appliquer leur pens&#233;e &#224; des sujets qui sont incertains pour tous les hommes et pour lesquels nos connaissances et notre jugement doivent n&#233;cessairement rester soumis au doute &#187; ; il faisait allusion ici &#224; la mort et aux souvenirs, en m&#234;me temps qu'&#224; la paternit&#233; et &#224; l'immortalit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour quelles raisons Jung s'int&#233;ressa-t-il &#224; l'occulte ? Le temp&#233;rament obsessionnel personnel de Freud fournit, en ce qui le concerne, des motifs suffisants. Assur&#233;ment Freud pensait : &#171; Ma propre superstition prend racine dans une ambition &#233;touff&#233;e &#8212; l'immortalit&#233; &#8212; et, dans mon cas prend la place de l'angoisse de mort devant la pr&#233;carit&#233; normale de la vie... &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Freud et Jung d&#233;siraient tous deux ardemment l'immortalit&#233; et, la querelle qui naquit entre eux illustre bien le principe freudien en vertu duquel on interpr&#232;te parfois la motivation inconsciente des autres afin de rester aveugle &#224; la sienne propre. La m&#233;thode de traitement de Freud poussait &#224; surestimer l'importance de la r&#233;alit&#233; psychique et, il soutenait que cette tendance &#233;tait &#224; l'origine de la superstition. Freud &#233;crivit en 1901 que chez des gens souvent tr&#232;s intelligents, la superstition s'enracine dans des tendances refoul&#233;es d'un caract&#232;re hostile et cruel. La superstition signifie avant tout attente d'un malheur et, celui qui a souvent souhait&#233; du mal &#224; d'autres mais qui, dirig&#233; par l'&#233;ducation, a r&#233;ussi &#224; refouler ces souhaits dans l'inconscient, sera particuli&#232;rement enclin &#224; vivre dans la crainte perp&#233;tuelle qu'un malheur ne vienne le frapper &#224; titre de ch&#226;timent pour sa m&#233;chancet&#233; inconsciente. Pareilles caract&#233;ristiques correspondraient assez bien &#224; Freud. D'apr&#232;s lui, ceux qui ont des tendances obsessionnelles d&#233;couvrent d'inhabituelles co&#239;ncidences &#8212; telle la rencontre r&#233;it&#233;r&#233;e du nombre soixante-deux &#8212;, de r&#233;elles projections de leurs propres sentiments intimes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Freud cependant, pr&#233;tendit un jour : &#171; Je suis oblig&#233; d'avouer que je fais partie de cette cat&#233;gorie d'hommes indignes devant lesquels les esprits suspendent leur activit&#233;, et auxquels le suprasensible &#233;chappe ; de sorte que je ne me suis jamais trouv&#233; capable d'&#233;prouver quoi que ce soit qui p&#251;t faire na&#238;tre en moi la croyance aux miracles. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais l'engagement de Freud par rapport &#224; l'occultisme ne peut faire aucun doute ; il &#233;crivit un jour : Si je devais refaire ma vie, je me consacrerais &#224; la recherche psychique plut&#244;t qu'&#224; la psychanalyse. Le fait qu'un homme de science aille aussi loin que lui dans cette direction n'est paradoxal qu'&#224; premi&#232;re vue. M&#251; par ses propres n&#233;cessit&#233;s int&#233;rieures, Freud avait fond&#233; une technique th&#233;rapeutique et un syst&#232;me th&#233;orique et, dans son traitement des patients, il avait trouv&#233; une aide pour sa propre cure. M&#234;me si l'on pouvait se faire une id&#233;e assez nette de la personnalit&#233; de Freud, il &#233;tait cependant assez difficile &#224; comprendre dans la vie r&#233;elle. On peut n&#233;anmoins penser que ce sont vraisemblablement les aspirations mystiques de Freud et son int&#233;r&#234;t inconfortable pour l'occulte qui, hormis les divergences scientifiques objectives, favoris&#232;rent la rupture entre lui et son successeur d&#233;sign&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La science psychiatrique</title>
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&lt;a href="http://www.passereve.com/spip/spip.php?rubrique3" rel="directory"&gt;C. G. Jung, le &#171; prince h&#233;ritier &#187;&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;A l'&#233;poque, Jung &#233;tait le premier assistant d'Eugen Bleuler, le directeur du Burgh&#246;lzli et l'un des experts mondiaux en mati&#232;re de schizophr&#233;nie ; son concept d' &#171; ambivalence &#187; est peut-&#234;tre ce qui fait l'essentiel de sa notori&#233;t&#233; aujourd'hui. Bleuler s'int&#233;ressait &#224; la psychologie, et il avait r&#233;ussi &#224; cr&#233;er un centre cosmopolite de formation pour les psychiatres.
Freud avait particuli&#232;rement besoin de Jung qui n'&#233;tait pas juif. En effet, le groupe psychanalytique de Vienne se composait presque enti&#232;rement de Juifs, et Freud voulait faire de la psychanalyse autre chose qu'une secte juive. Apr&#232;s l'avoir, ainsi qu'il l'exprima lui-m&#234;me, &#171; formellement adopt&#233; comme fils a&#238;n&#233;... sacr&#233; successeur et prince h&#233;ritier &#8212; in partibus infidelium &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Du point de vue de Freud, Carl Gustav Jung (1875-1961) est &#224; l'origine de la plus douloureuse des &#171; scissions &#187; dans la psychanalyse ; car, de tous les &#233;l&#232;ves que Freud eut dans sa vie, ce fut lui qui, intellectuellement, joua le r&#244;le le plus substantiel. Freud le d&#233;clara &#171; h&#233;r&#233;tique &#187; peu de temps apr&#232;s ses d&#233;boires avec Adler et Stekel ; il y avait cependant une relation entre ces trois controverses. Ces hommes avaient &#233;tabli la tradition r&#233;volutionnaire au sein de la psychanalyse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par la suite, tous les psychanalystes allaient &#224; la fois &#234;tre tent&#233;s et terrifi&#233;s par la perspective d'une r&#233;bellion ouverte ; dans les ann&#233;es 1920, comme ce fut le cas pour Otto Rank, on allait m&#234;me voir certains &#233;l&#232;ves en pousser d'autres dans la carri&#232;re de &#171; d&#233;viant &#187;. Ceci &#224; c&#244;t&#233; d'un large spectre de strat&#233;gies d&#233;tourn&#233;es qui permirent &#224; d'autres analystes d'&#234;tre eux-m&#234;mes tout en restant freudiens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De toutes les accusations possibles, celle de &#171; jungien &#187; est probablement toujours la plus difficile &#224; supporter parmi les descendants intellectuels de Freud. Chaque sous-culture a ses b&#234;tes noires et, si Jung est un personnage si particuli&#232;rement odieux, c'est en partie parce que Freud avait plac&#233; de si grands espoirs en lui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les contacts qu'il eut plus tard avec les nazis ne firent que sceller l'opinion d&#233;sobligeante des &#233;l&#232;ves de Freud &#224; propos d'un homme qu'ils avaient appris &#224; d&#233;tester. Jung est toujours au ban aujourd'hui ; sous l'&#233;gide de Freud, on le tient pour un &#171; mystique &#187; aussi peu scientifique qu'Adler, le socialiste.
Les difficult&#233;s que rencontr&#232;rent les responsables du Fonds Jung lorsqu'ils demand&#232;rent l'acc&#232;s aux lettres que celui-ci avait &#233;chang&#233;es avec Freud permettent de se faire une id&#233;e de l'immense amertume des freudiens &#224; son &#233;gard. Quand, bien apr&#232;s la mort de Freud mais toujours du vivant de Jung, ce Fonds offrit aux Archives Freud un &#233;change mutuel de leurs pi&#232;ces respectives de la correspondance prolifique des deux hommes, Minna Freud ne put retrouver les lettres de Jung &#224; son p&#232;re.
Le Fonds Jung lui envoya alors des copies des lettres de Freud, mais sans contrepartie. Pourtant, lorsque Jones eut besoin des lettres de Jung pour sa biographie, elles r&#233;apparurent, et m&#234;me aux Archives Freud, on trouva le proc&#233;d&#233; assez maladroit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut avoir en t&#234;te, afin de comprendre pourquoi la carri&#232;re de Jung finit par occuper cette place de pivot dans la vie et l'&#339;uvre de Freud, le sentiment d'ali&#233;nation absolue de celui-ci par rapport &#224; la science m&#233;dicale de son &#233;poque. Avec sa formation de neurologue, Freud consid&#233;rait que la psychiatrie de son temps ne s'int&#233;ressait pas &#224; l'&#233;tude des processus psychologiques, se contentant... sans en dire davantage, de donner des noms aux diverses obsessions.
Comme se le rappela plus tard un &#233;l&#232;ve de Freud qui &#233;tait aussi psychiatre, avant Freud, les observations que l'on faisait sur les patients &#233;taient st&#233;r&#233;otyp&#233;es : &#171; &lt;i&gt; le patient ne parle pas&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt; le patient dit des b&#234;tises&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt; le patient est sale&lt;/i&gt; &#187;, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La chaire de psychiatrie la plus prestigieuse de l'Empire austrohongrois &#224; l'Universit&#233; de Vienne, &#233;tait occup&#233;e par un ancien camarade de classe de Freud, Julius Wagner von Jauregg. Avec un humour mordant et un rire morbide, Wagner avait tendance &#224; tourner en d&#233;rision le travail de Freud. Tout en l'admirant personnellement, peut-&#234;tre &#8212; ils &#233;chang&#232;rent quelques lettres amicales &#8212; sa haute fonction dans la psychiatrie for&#231;ait Wagner &#224; prendre position vis-&#224;-vis de la psychanalyse.
Ce qui apparaissait &#224; Freud comme de grandes d&#233;couvertes &#233;tait pour lui autant de sottises. Non que son orientation f&#251;t trop peu scientifique ; il fut par la suite le seul psychiatre laur&#233;at du prix Nobel, pour son traitement de la fi&#232;vre en cas de par&#233;sie g&#233;n&#233;rale. Il ne se d&#233;sint&#233;ressait pas non plus de la th&#233;rapie ; avec ses mani&#232;res brusques, parfois rudes, c'&#233;tait un homme bon, et il est &#233;vident qu'il se pr&#233;occupait beaucoup des patients.
Wagner &#233;tait plus moqueur qu'agressivement hostile aux id&#233;es de Freud. Mais il jouait le jeu, et permettait &#224; ses assistants d'agir comme bon leur semblait. Malgr&#233; tout, pour la plupart, ils ne partageaient pas son respect personnel pour Freud, et &#233;taient plut&#244;t hostiles au travail psychanalytique. Freud savait que la clinique de l'Universit&#233; de Vienne se trouvait entre des mains ennemies et qu'il y avait peu de chance pour que ceux qui &#233;tudiaient sous la direction de Wagner aient une attitude amicale envers ses innovations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Freud eut donc toutes les raisons de se r&#233;jouir quand, au printemps 1906, Jung lui &#233;crivit une lettre &#233;logieuse de l'un des centres de formation psychiatrique les plus prestigieux d'Europe, le Burgh&#246;lzli &#224; Zurich, en Suisse. (Lorsque Jung avait d&#233;cid&#233; de se sp&#233;cialiser dans cette branche, des amis bien-pensants avaient craint qu'il ne mette en danger sa carri&#232;re : n'&#233;tait-ce pas &#233;galement un signe de la pi&#232;tre estime en laquelle on tenait, &#224; l'&#233;poque, la psychiatrie elle-m&#234;me ?) Jung &#233;tait membre du personnel de la clinique depuis la fin de l'an 1900 et, peu de temps apr&#232;s son arriv&#233;e, on lui avait demand&#233; de faire un compte rendu de l'&lt;i&gt;Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt;.
En 1906, Jung avait acquis un statut respectable dans la communaut&#233; scientifique. Outre sa th&#232;se de doctorat sur la psychologie des exp&#233;riences occultes, il s'&#233;tait employ&#233; &#224; perfectionner la technique des associations verbales. L'exp&#233;rimentateur pronon&#231;ait un mot, puis chronom&#233;trait le temps de r&#233;action verbale au stimulus ; le but de Jung &#233;tait de d&#233;tecter les conflits affectifs refoul&#233;s, ou encore ce qu'il finit par appeler &#171; complexes &#187;, par le biais des r&#233;ponses et des cha&#238;nes d'associations inappropri&#233;es.
Plus il s'appuyait sur la psychanalyse pour interpr&#233;ter les associations des patients, moins il avait de peine &#224; trouver un sens aux sympt&#244;mes psychotiques qui, jusque-l&#224;, ne frappaient que par leur bizarrerie. En novembre 1906, Jung publia une r&#233;ponse &#224; une critique de la th&#233;orie de l'hyst&#233;rie de Freud, et en f&#233;vrier 1907, rendit visite &#224; Freud &#224; Vienne. On rapporte qu'&#224; leur premi&#232;re entrevue ils parl&#232;rent pendant treize heures cons&#233;cutives.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#201;tant donn&#233; le statut de paria de Freud &#224; l'Universit&#233; de Vienne, sans parler de l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale que rencontraient ses travaux, on comprendra ais&#233;ment comment il succomba &#224; une tendance parfois manifeste chez lui de surestimer l'importance d'une reconnaissance officielle.
&#192; l'&#233;poque, Jung &#233;tait le premier assistant d'Eugen Bleuler, le directeur du Burgh&#246;lzli et l'un des experts mondiaux en mati&#232;re de schizophr&#233;nie ; son concept d'&lt;i&gt;ambivalence&lt;/i&gt; est peut-&#234;tre ce qui fait l'essentiel de sa notori&#233;t&#233; aujourd'hui. Bleuler s'int&#233;ressait &#224; la psychologie, et il avait r&#233;ussi &#224; cr&#233;er un centre cosmopolite de formation pour les psychiatres.
De futurs analystes tels qu'Ernest Jones, Sandor Ferenczi, Karl Abraham et Abraham Brill y firent quelques recherches, et m&#234;me apr&#232;s la rupture finale avec Jung, Freud fut assez g&#233;n&#233;reux pour reconna&#238;tre, en 1914, que la plupart de ses actuels disciples et collaborateurs &#233;taient venus &#224; lui par Zurich, m&#234;me ceux qui, g&#233;ographiquement &#233;taient plus proches de Vienne que de la Suisse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bleuler et Jung repr&#233;sentaient ce que la psychiatrie acad&#233;mique avait &#224; offrir de meilleur &#224; l'&#233;poque. Pour Freud, la p&#233;riode allant de 1906 &#224; 1909 constitua une rupture avec le pass&#233;, il d&#233;passa l'&#233;troite sph&#232;re de Vienne pour la psychiatrie europ&#233;enne dans son ensemble. D'un an l'a&#238;n&#233; de Freud, Bleuler se m&#233;fiait du caract&#232;re sectaire de la psychanalyse.
Plus tard, Freud reconnut &#224; Bleuler et &#224; Jung le m&#233;rite d'avoir &#171; jet&#233; les premiers ponts entre la psychologie exp&#233;rimentale et la psychanalyse &#187; en se servant du chronom&#232;tre comme instrument d'&#233;tude des associations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bleuler accompagna Jung au 1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;er&lt;/sup&gt; Congr&#232;s de Psychanalyse &#224; Salzbourg en 1908, &#224; la suite de quoi Freud &#233;crivit : &#171; Bleuler m'a fait une impression inqui&#233;tante &#224; Salzbourg ; les choses ne doivent pas tr&#232;s bien se passer pour lui. &#187; Quand Jung d&#233;missionna de son poste &#224; la clinique de Bleuler afin de se vouer totalement &#224; la psychanalyse, Freud &#171; s'en retourna tout heureux &#187;, nous dit Jones. En 1907, Jung avait publi&#233; un livre sur la psychologie de la d&#233;mence pr&#233;coce, ouvrage o&#249; il tentait de montrer comment aborder cette forme de folie selon la th&#233;orie de la n&#233;vrose de Freud. Jung &#171; s'est constamment efforc&#233; de p&#233;n&#233;trer la signification la plus profonde des hallucinations et d'interpr&#233;ter le mat&#233;riel si caract&#233;ristiquement riche en symboles que pr&#233;sente la schizophr&#233;nie ; il est ainsi devenu l'un des champions de l'approche psychoth&#233;rapique du traitement de la schizophr&#233;nie &#187;.
Comme Bleuler et Jung avaient tous deux travaill&#233; sur les motivations dynamiques menant aux comportements psychotiques, ils essay&#232;rent tout naturellement de mettre ce savoir en pratique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vu sa pi&#232;tre opinion des pr&#233;tendues m&#233;diocrit&#233;s de son groupe de Vienne, Freud voulait transf&#233;rer le centre de la psychanalyse &#224; Zurich. Cette attitude refl&#233;tait entre autres sa haine omnipr&#233;sente pour Vienne. Si difficile qu'il soit de juger les r&#233;flexions souvent haineuses de Freud &#224; propos de Vienne, peut-&#234;tre n'&#233;tait-ce de sa part que pose romantique, par exemple, puisque c'est quand m&#234;me l&#224; qu'adulte, il choisit de vivre &#8212; il &#233;crivit un jour dans une notice autobiographique anonyme, aux environs de 1890 : &#171; Je ne me suis jamais senti r&#233;ellement &#224; l'aise dans cette ville. &#187;
Il n'en reste pas moins que lorsque Sandor Ferenczi, l'&#233;l&#232;ve hongrois pr&#233;f&#233;r&#233; de Freud, e&#251;t prononc&#233; en 1910, au Congr&#232;s de Nuremberg, &#171; de tr&#232;s d&#233;sobligeantes paroles &#224; l'&#233;gard des analystes viennois et sugg&#233;r&#233; que le si&#232;ge du futur organisme ne pourrait &#234;tre que Zurich avec Jung comme pr&#233;sident &#187;, la sc&#232;ne &#233;tait dress&#233;e pour les quelques ann&#233;es de trouble qu'allait conna&#238;tre le groupe viennois de Freud.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si Freud avait une pr&#233;f&#233;rence pour les Suisses, ce n'&#233;tait pas uniquement parce qu'il voulait, dans un pur souci d'organisation, s'assurer de la coop&#233;ration d'hommes dot&#233;s des meilleurs cerveaux pour faire progresser la psychanalyse ; c'&#233;tait aussi parce qu'il voulait personnellement &#233;largir son identit&#233; et appartenir &#224; une communaut&#233; scientifique plus &#233;tendue que celle dont il avait dispos&#233; jusqu'alors.
Freud avait particuli&#232;rement besoin de Jung qui n'&#233;tait pas juif. En effet, le groupe psychanalytique de Vienne se composait presque enti&#232;rement de Juifs, et Freud voulait faire de la psychanalyse autre chose qu'une secte juive. Apr&#232;s l'avoir, ainsi qu'il l'exprima lui-m&#234;me, &#171; formellement adopt&#233; comme fils a&#238;n&#233; (...) sacr&#233; successeur et prince h&#233;ritier &#8212; in partibus infidelium &#187; [&lt;a href='#nb4-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Lettre de Freud &#224; Jung du 16 avril 1909' id='nh4-1'&gt;1&lt;/a&gt;], Freud dut prot&#233;ger le Suisse de la jalousie de ses autres disciples.
Comme il l'&#233;crivit un jour &#224; Abraham : &#171; Soyez tol&#233;rant et n'oubliez pas qu'&#224; vrai dire il vous est plus facile qu'&#224; Jung de suivre mes pens&#233;es, car premi&#232;rement, vous &#234;tes enti&#232;rement ind&#233;pendant, et ensuite, par notre m&#234;me appartenance raciale, vous &#234;tes plus proche de ma constitution intellectuelle, tandis que lui, comme chr&#233;tien et comme fils de pasteur, trouve son chemin vers moi seulement en luttant contre de grandes r&#233;sistances int&#233;rieures. Son ralliement a donc d'autant plus de valeur.
Je dirais presque que c'est seulement &#224; partir de son arriv&#233;e que la psychanalyse a &#233;t&#233; soustraite au danger de devenir une affaire de la nation juive. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Freud sentait en Abraham une &#171; m&#233;fiance plut&#244;t excessive &#187; &#224; l'&#233;gard de Jung, &#171; la trace d'un complexe de pers&#233;cution &#187;. Dans la mesure o&#249; il visait &#224; r&#233;aliser son ancien r&#234;ve, et &#224; fonder un grand mouvement intellectuel, il ne pouvait pas esp&#233;rer r&#233;ussir avant d'avoir des disciples non juifs ; et en tant que Juif qui s'employait &#224; renverser et &#224; vaincre les normes morales chr&#233;tiennes, Freud devait forcer les portes des cercles juifs de Vienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s la rupture avec Freud, les &#233;l&#232;ves de Jung entreprirent de nier (comme l'avaient fait les partisans d'Adler) que leur chef e&#251;t jamais &#233;t&#233; un disciple de Freud. Freud, n&#233;anmoins, tenait un langage qui ne pouvait laisser &#224; ses disciples aucun doute sur sa propre mani&#232;re d'envisager la chose. Son visage rayonnait lorsqu'il parlait de Jung &#171; c'est mon fils ch&#233;ri, celui qui me procure le plus de joie. &#187; Depuis longtemps, il s'identifiait &#224; Mo&#239;se, le chef d'un peuple qui allait le r&#233;compenser par la d&#233;sob&#233;issance et la col&#232;re. &#171; Jung serait le Josu&#233; destin&#233; &#224; explorer la terre promise de la psychiatrie que Freud, tel Mo&#239;se, avait &#233;t&#233; seul autoris&#233; &#224; apercevoir de loin. &#187; Freud appelait Jung son &#171; &lt;i&gt; h&#233;ritier &lt;/i&gt; &#187; et son &#171; &lt;i&gt; fils &lt;/i&gt; &#187; : &#171; Lorsque l'empire que j'ai cr&#233;e sera orphelin, nul, sinon Jung, ne doit en h&#233;riter. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le th&#232;me de la succession avait une importance cruciale pour un homme patriarcal comme Freud et, apr&#232;s la perte de Jung, Freud dit : &#171; Pour vivre comme pour mourir, un p&#232;re juif a l'imp&#233;rieux besoin de savoir l'avenir de son enfant assur&#233;. Je comptais sur Jung pour cela. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Freud avait dix-neuf ans de plus que Jung, et &#233;tait le chef indiscut&#233; d'un mouvement en pleine expansion ; Jung n'essaya pas d'&#234;tre l'organisateur qu'&#233;tait Freud ; qu'elles fussent ou non siennes, il n'avait pas d'amour r&#233;el pour les organisations. C'est onze ans plus tard que l'on vit s'&#233;tablir quelque chose &#233;voquant un mouvement jungien ; et m&#234;me alors, Jung ne le prit pas fort au s&#233;rieux.
Il est donc peu vraisemblable qu'il ait jamais aspir&#233; &#224; prendre, pour son propre compte, la t&#234;te du mouvement freudien. A plusieurs reprises, Jung se sentit fl&#233;chir sous le poids des t&#226;ches d'organisation que Freud r&#233;clamait de lui et, celui-ci lui reprocha parfois de ne pas prendre assez au s&#233;rieux ses fonctions de pr&#233;sident. Jung finit par aboutir &#224; la conclusion que son &#339;uvre personnelle devait prendre le pas sur ses travaux pour l'Association Internationale de Psychanalyse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si peu critique que p&#251;t &#234;tre Freud &#224; l'&#233;gard de ses nouveaux partisans, il &#233;tait s&#251;r d'avoir trouv&#233; en Jung un jeune homme d'extraordinaire talent. L'un de ses fils d&#233;crivit le caract&#232;re exceptionnel des diners auxquels participait Jung dans la famille de Freud : &#171; Jung ne faisait jamais la moindre tentative pour &#233;changer quelques paroles polies avec ma m&#232;re ou nous, les enfants, mais poursuivait avec Freud la discussion interrompue par l'annonce du diner. En ces occasions, c'&#233;tait Jung qui tenait le crachoir et mon p&#232;re qui, visiblement combl&#233;, incapable de r&#233;primer son bonheur, se contentait d'&#233;couter. La conversation restait un myst&#232;re pour nous, mais je me souviens d'avoir, tout comme mon p&#232;re, trouv&#233; tr&#232;s fascinante sa mani&#232;re d'exposer &#224; grands traits les cas dont il parlait. Ses caract&#233;ristiques les plus remarquables &#233;taient la vitalit&#233;, la vivacit&#233;, et son aptitude &#224; captiver son auditoire. Jung avait de la pr&#233;sence et beaucoup d'autorit&#233;. Il &#233;tait grand et large d'&#233;paules... &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Freud ne mesurait qu'environ 1,72 m, alors que Jung mesurait plus de 1,85 m ; il &#233;tait sensible &#224; cel&#224;, tout au moins lorsqu'il s'agissait de cet &#233;l&#232;ve. Quand, en 1909, Freud voyagea aux &#201;tats-Unis avec Jung, on prit d'eux une photographie qui les montre assis c&#244;te &#224; c&#244;te : Jung a l'air plus grand que Freud. Par contre sur une photo de groupe prise au Congr&#232;s de Weimar en 1911, c'est Freud qui semble le plus grand ; effet obtenu non seulement parce qu'il avait grimp&#233; sur un support mais, la chose est visible, parce que Jung s'accroupit loyalement afin de permettre &#224; Freud de ressortir comme chef du mouvement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au moment de leur premi&#232;re rencontre, Freud, qui venait d'avoir cinquante ans, poss&#233;dait non seulement un ensemble de th&#233;ories &#233;tablies mais avait confiance en lui-m&#234;me ; Jung avait une trentaine d'ann&#233;es et &#233;tait toujours en pleine recherche. En 1909, Jung admit, dans une lettre adress&#233;e &#224; Freud, que la grande s&#251;ret&#233;, la grande s&#233;r&#233;nit&#233; qui le caract&#233;risaient tant n'&#233;taient pas encore son fort... Freud se montrait admiratif sur leur diff&#233;rences : &#171; En effet, j'ai toujours senti que quelque chose de ma personne, dans mes paroles, dans mes id&#233;es, heurtait les gens, tandis que tous les c&#339;urs vous sont ouverts. Si vous, personne normale, vous vous consid&#233;rez comme relevant du type &#8220;hyst&#233;rique&#8221;, je dois alors, moi me classer dans le type &#8220;obsessionnel&#8221; dont chacun des membres vit dans un monde ferm&#233; aux autres. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme il avait eu besoin du public constitu&#233; par Fliess autrefois, Freud se reposait &#224; pr&#233;sent, avec plus de retenue, sur Jung : &#171; Cette certitude me commanda de patienter jusqu'&#224; ce qu'une voix du dehors me r&#233;pond&#238;t. Cette voix ce fut la v&#244;tre ! &#187; (Par la suite, Freud allait tenir presque le m&#234;me langage &#224; plus d'un &#233;l&#232;ve, leur expliquant combien il avait besoin d'entendre leurs voix &#171; de l'inconnu &#187;).
Un trait cl&#233; de leurs personnalit&#233;s &#8212; un esprit d'insurrection commun &#8212; les r&#233;unit quelque temps, avant de rendre finalement la poursuite de leur coop&#233;ration impossible. Jung faisait grand cas de ses affinit&#233;s naturelles avec l'h&#233;r&#233;sie, et le d&#233;fi lanc&#233; par Freud &#224; la sagesse psychologique en vogue &#224; l'&#233;poque, &#233;tait &#224; l'origine de son attrait pour la psychanalyse. &#171; Je suis moi-m&#234;me un h&#233;r&#233;tique &#187;, &#233;crivit Freud plus d'une fois. Avant leur premi&#232;re entrevue, Freud &#233;crivait &#224; Jung : &#171; En psychiatrie, apr&#232;s tout, les noms illustres signifient peu de chose ; l'avenir nous appartient &#224; nous et &#224; nos id&#233;es et partout les jeunes prennent notre parti. &#187; Lors de leur voyage en Am&#233;rique en 1909, une remarque de Freud surprit Jung tandis qu'ils entraient dans le port de New-York. Alors qu'il &#233;tait lui, impressionn&#233; par la vue qui s'ouvrait &#224; l'horizon, Freud fit observer : &#171; Quelle ne sera pas leur surprise d'entendre ce que nous avons &#224; leur dire... &#187; &#171; Quel ambitieux vous faites ! &#187; s'exclama Jung. &#171; Moi ? &#187; s'&#233;cria Freud, &#171; je suis le plus humble des hommes et le seul &#224; ne pas avoir d'ambition. &#187; Comme le rappela Jung, il avait alors fait remarquer &#224; Freud : &#171; C'est d&#233;j&#224; beaucoup, &#234;tre le seul ! &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Freud reconnut que la diff&#233;rence de temp&#233;raments, qui finit par rendre leur s&#233;paration apparemment in&#233;vitable, s'expliquait de fa&#231;on l&#233;gitime par des m&#233;thodes de travail compl&#232;tement oppos&#233;es. En ce qui concerne l'&#233;tude de la formation du caract&#232;re, par exemple, Freud estimait que Jung pouvait &#234;tre meilleur que lui dans la mesure o&#249; il &#233;tudiait les hommes en profondeur en partant des couches superficielles alors qu'il proc&#233;dait lui, en sens contraire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En d&#233;cembre 1910 encore, Freud nota apr&#232;s avoir rencontr&#233; Jung : &#171; Il a &#233;t&#233; magnifique, ce qui a eu sur moi un effet salutaire. Je lui ai dit tout ce que j'avais sur le c&#339;ur : l'histoire d'Adler, mes propres difficult&#233;s, mes soucis &#224; propos de ce qu'il convient de faire touchant la question de la t&#233;l&#233;pathie. &#187; Freud fit allusion &#224; ses doutes quant &#224; l'int&#233;r&#234;t de Jung pour la mythologie : &#171; Je lui ai cependant enjoint de revenir en temps voulu aux n&#233;vroses. Nous avons l&#224; une m&#232;re patrie et il faut y fortifier notre empire contre tout et contre tous. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il &#233;tait typique de Freud de ne pas nouer volontiers de relations d'amiti&#233; intimes ; mais lorsqu'il s'autorisait &#224; d&#233;pendre de quelqu'un, c'&#233;tait souvent la correspondance qui donnait un souffle &#224; cette intimit&#233;. (Pendant des ann&#233;es, Freud tint une liste des lettres envoy&#233;es et re&#231;ues.) Si pour Jung, cette correspondance avec Freud &#233;tait moins cruciale, elle signifiait pour ce dernier que, tant que les lettres allaient et venaient, il contr&#244;lait &#233;pistolairement leur relation. Aucun de ces &#233;l&#233;ments ne devait porter ombrage &#224; l'enthousiasme de Freud pour son jeune ami. Jung ayant attir&#233; son attention sur un roman contemporain d'asses pi&#232;tre valeur litt&#233;raire mais int&#233;ressant pour une personne baignant dans la psychologie freudienne, Freud lui consacra un essai &#171; sp&#233;cialement pour faire plaisir &#224; Jung &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Contrairement &#224; Freud, qui avait grandi dans le remue-m&#233;nage d'une ville, Jung avait &#233;t&#233; en classe avec des fils de paysans et &#233;tait, des deux, le plus terre &#224; terre ; quand l'un des &#233;l&#232;ves de Freud fit remarquer que les &#171; plaisanteries de Jung &#233;taient plut&#244;t crues &#187;, il r&#233;pondit : &#171; C'est une saine trivialit&#233; ! &#187;
La vie priv&#233;e de Jung &#233;tait, dans ses aspects essentiels, fort diff&#233;rente de celle de Freud. Contrairement &#224; la femme de Freud, Martha, Emma Jung approuva et comprit le travail de son mari ; elle eut elle-m&#234;me une pratique de th&#233;rapeute. Avec leurs cinq enfants, Jung et sa femme fond&#232;rent une famille &#233;norme qui prit bien plus d'extension que celle de Freud et, selon toute apparence, Jung restait le digne repr&#233;sentant d'un comportement familial conventionnel. Antonia Wolff, psychiatre et ancienne patiente de Jung, devint pourtant de longues ann&#233;es sa ma&#238;tresse ; m&#234;me apr&#232;s leur liaison ils rest&#232;rent des amis proches, et les &#233;crits de Jung renferment de nombreuses allusions &#224; son travail.
Les dates de cette liaison ne sont pas encore connues, mais il est peu probable que Jung ait jamais parl&#233; &#224; Freud des deux femmes qu'il avait dans sa vie. Mais il fit allusion &#224; ses composantes &#8220;polygames&#8221; et soutint que le pr&#233;alable &#224; tout bon mariage &#233;tait la possibilit&#233; d'&#234;tre infid&#232;le. Emma Jung parla de quelques-uns de ses probl&#232;mes conjugaux avec Freud (elle essaya aussi de se d&#233;marquer par rapport &#224; la femme de Fliess dans la vie de Freud : &#171; Ne me comptez pas au nombre des femmes qui, comme vous me le disiez un jour, troublent constamment vos amiti&#233;s &#187;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si aust&#232;re, si renferm&#233; en lui-m&#234;me et si distant qu'il f&#251;t parfois avec ses &#233;l&#232;ves, Freud &#233;tait intime et absolument ouvert avec Jung. Il fit &#224; la femme de Jung la confidence de l'extinction graduelle de ses relations sexuelles avec sa femme Martha et, en 1910 &#233;crivit &#224; Jung : &#171; Mon &#233;t&#233; indien d'&#233;rotisme qui nous a occup&#233; pendant le voyage a lamentablement fondu aux peines du temps de travail. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par la suite &#8212; lorsque Freud et ses &#233;l&#232;ves fustig&#232;rent la &#8220;couardise&#8221; de Jung &#224; l'&#233;gard des faits de la sexualit&#233; infantile &#8212; il dut sembler ironique &#224; ce dernier d'avoir men&#233;, en fait, une vie de frustrations sexuelles bien moins grandes que Freud n'en avait &#233;videmment connues. Jung rejeta peut-&#234;tre les concepts de Freud portant sur la sexualit&#233; ; mais il avait moins de raisons personnelles, quant &#224; lui, de faire du sexe un &#233;l&#233;ment aussi primordial.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-1' id='nb4-1' class='spip_note' title='Notes 4-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Lettre de Freud &#224; Jung du 16 avril 1909&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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